CHARLES VI ENFANT
'apparition II y a plus de fantaisie, plus d’amertume aussi,
de jean de meung >» dans ce petit livre du moine provençal Honoré Bonet, alors résidant à Paris (1398). C’est un dialogue (en vers, avec quelques morceaux en prose) engagé, dans le jardin et sous la présidence du grand satirique, entre un Juif et un Sarrasin : tels Rica et Usbek dans les Lettres persanes , ils soumettent la société de leur temps à de justes critiques, mollement réfutées par un dominicain plus préoccupé des affaires de son ordre que des grands intérêts de la chrétienté.
HISTOIRE DES LETTRES
Œuvres Les trente années qui suivirent comptent parmi les plus
politiques tristes de notre histoire. On ne s’en douterait guère, nous l’avons vu, en parcourant les productions poétiques de cette époque. Nous éprouvons donc un véritable soulagement en constatant que les auteurs mêmes de ces fades élucubrations n’ont pas été insensibles aux maux de la patrie, qu’ils ont souvent décrits et déplorés dans leurs œuvres en prose.
En 1405, alors que la rivalité entre les ducs d’Orléans et de Bourgogne apparaissait comme une évidente menace de guerre civile, Christine de Pisan exhortait
« moyenneresse de paix entre les deux princes » ( Lettre a la royne ma dame Y sahel ) ; en 1410, quand la guerre eut éclaté, et comme s’il en était temps encore, elle adjurait le duc de Berry de jouer le même rôle ( Lamentation sur la guerre civile ) ; en 1412 et 1413, trop confiante dans les accords précaires d’Auxerre et de Pontoise, elle félicitait le dauphin Louis, duc de Guyenne, d’avoir rétabli la paix, et, lui traçant un plan de gouvernement, remettait sous ses yeux à chaque page les exemples de son aïeul, le sage roi Charles.
Pénétrée de reconnaissance envers Louis d’Orléans, inféodée à son parti, la douce Christine n’est pas tendre pour les Bourguignons et les démagogues sur qui ils s’appuient : plusieurs chapitres du Livre de Paix , pleins de transparentes allusions, insistent sur « le péril que c’est de donner à menu peuple plus autorité qu’il ne lui afiert » ; de lui confier « les charges et estats de la cité ». Le tableau qu’elle trace des assemblées populaires est une véritable charge :
« Que cuides tu que ce soit, d’un malostru qui tout à coup cuide devenir maistre ? Mais que il se herice bien au visage, a tout un pic en sa main, jurant laidement et menaçant chascun, trop bien cuide
UN ATELIER D’IMPRIMERIE (Enluminure du Manuscrit fr. 1587. -
AU XVIe SIÈCLE Bibliothèque Nationale).
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