EN VENDEE. LE MOULIN
Lepère.)
GÉOGRAPHIE HUMAINE DE LA FRANCE
Lors des guerres de 1793, les mots de Vendée et de Vendéen prirent une si ardente signification qu'ils ont dépassé les limites du département originel. Aujourd'hui, la Vendée paraît bien s'étendre jusqu'à la Loire, jusqu'à la rive Sud de la Loire inférieure.
On pourrait presque dire que la Vendée est devenue un nom de province, et
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FlG. 150. — DANS LE DÉPARTEMENT DE L'YONNE, A LA LISIÈRE MÊME DU MORVAN : LE VIEUX PONT DE LA CURE A PIERRE-PERTHUIS. (A. Lepère.)
que cette province, à la fois naturelle, religieuse et politique, ne commence, dans le département même de la Vendée, qu'au bocage vendéen. Le cours d'eau de Vendée, qui fut appelé à une destinée inattendue, se trouve couler seulement enbordure de toute la région à laquelle les hommes appliquent maintenant son nom.
•■-^roits et titres GÉOGRA- Les « provinces » ou les « régions » naissent
J-r phiques du régionalisme ou renaissent au gré des événements ; elles sont ce que nous les faisons. De là vient notre droit à envisager non seulement
LA DIVISION EN DÉPARTEMENTS
comme possible, mais comme légitime et normal, un groupement nouveau de la France en grandes unités régionales. Au vrai, l'on sourire, dans la situation économique et politique présente, de cette extrême division de notre France en petits casiers administratifs ; les départements, sans être aussi factices qu'on l'a souvent prétendu, ne correspondent plus, il faut le reconnaître, à la vie de circulation, de consommation et de production d'aujourd'hui. Ils ont été délimités en vertu de cette considération générale que, de tous les points, on pût arriver au chef-lieu dans un délai de vingt-quatre heures.
Condition éphémère qui doit forcément rendre caduque l'œuvre accomplie dans la mesure même où les progrès des transports ont modifié les relations entre les hommes !
Aussi, depuis plus d'un demi-siècle, les projets se succèdent pour tenter une œuvre révolutionnaire, analogue à celle des Constituants. Auguste Comte, dès 1 854, Le Play, dès 1864, et après eux de très nombreux géogra-
FlG. 151. — DÉPARTEMENT DE L'AISNE. L'ARCHITECTURE DES
plateaux AU nord de l'aisne (voir page 384) : PAISSY.
(A. Lepère.)
phes, économistes et parlementaires, parmi lesquels on doit citer P. Foncin, Vidal de la Blache, Henri Mazel, Morlot, Charles-Brun, Henri Hauser, F. Jean-Desthieux, de Ramel, Jean Hennessy, Clémentel, etc., ont esquissé des plans de réorganisation administrative et de distribution de la France par « régions ». Cependant la formule définitive ne paraît pas encore trouvée; une réforme d'un tel ordre doit être calquée sur les réalités géographiques de la vie sociale la plus profonde et de la vie économique la plus nouvelle. Il nous appartient sans doute d'aider à les discerner ;
GÉOGRAPHIE HUMAINE DE LA FRANCE
au cours de toutes les études de nos deux volumes, — sur les maisons et les villages, sur les villes en général et sur nos capitales régionales, sur les voies et moyens de communication, sur les cultures et sur les élevages, sur les exploitations maritimes et minières, sur la houille blanche, sur les genres de vie enfin et sur la démographie sociale et politique, — nous nous laisserons discrètement accompagner par cette salutaire et si opportune préoccupation.
Il y a dix ans, dans notre Géographie humaine, nous avons déjà noté que, de tous les « faits essentiels » par lesquels s'inscrit l'activité des hommes sur l'épiderme terrestre, la maison est sans doute le plus géographique et le plus révélateur : « Elle est un fait souvent considérable qui utilise en général des ressources naturelles toutes proches, et elle est un fait qui dure sur un emplacement déterminé... Phénomène localisé et fixe, l'habitation est par excellence un phénomène géographique... » Nous avons ajouté : « Il n'y a pas d'oeuvre géographique de l'homme en un point de l'espace sans que s'y ajoutent, s'y juxtaposent ou s'y superposent des faits d'habitations. Tout aboutit à la maison et aux agrégats de maisons, villages ou villes, si bien qu'au terme extrême de toute étude de géographie humaine, quels qu'ils soient, nous serons contraint d'examiner et de constater comment ils se traduisent encore et en outre — corollaires ou conséquences — par des maisons éparses ou agglomérées. » (2" édition, 1912, p. 52, 53.)
C'est en vertu de cette prééminence que tout d'abord les chapitres qui suivent sont consacrés à des études régionales de types de maisons et de types de villages. Rien ne saurait mieux manifester les réalités fondamentales et différentielles des « provinces » et des « pays » de France : nous Talions démontrer.