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LES TROIS COURS D'EAU DE LA MAINE

LA LOIRE, SES AFFLUENTS ET SES VOISINS

Front). Ainsi constituée, die coule droit au Sud, passe à Mayenne, ville qui donna son nom à la rivière ou lui prit le sien, à Laval (54 m.)» — c'est-à-dire « la Val », la Vallée, — à Château-Gontier. Longeant les confins de la Bretagne, « la Val de Mayenne » ouvre, entre Angers et Caen, par Laval, Mayenne, Fiers, Condé-sur-Noireau, une route directe. Elle reçoit, sur sa rive droite, TOudon, de Craon et de S€gîé ; mais elle arrive au rendez-vous de la Maine beaucoup plus pauvre en eaux moyennes ou basses que laSarthe, parce que son coiurs est tout entier dans les terrains primitifs ou les schistes primaires ; d'autre part elle a des crues parfois violentes, et même méchantes.

La Maine porte le même nom que la Mayenne (ce sont là deux orthographes d'un mot qui jadis s'est toujours prononcé Maine). Elle est la vigoureuse synthèse de ces trois cours d'eau si bien disposés pour l'installation et pour la circulation humaines, et qui à ce titre paraissent avoir tout spécialement tenté ceux qui ont baptisé nos départements : Motne-et-Loirey Eure^t'-Loiry Sarihe et Mayenne.

LA iiOiBS ' Nantes et ses faubourgs d'aval sur la rive gauche dessinent MARimiE le creux d'une troisième courbe en demi-cerde, bombée vers le Sud, et qui va d'Ancenis à l'embouchure (Jig. 71). C'est donc, comme Bordeaux, \m port en croissant, un « port de la Lime », occupant ime situation prédestinée pour la grande place de commerce qu'elle fut aux siècles passés et qu'elle est en train de redevenir. D'une part, comme Rouen, Anvers, Hambourg, Londres, Bordeaux;, elle occupe la situation classique au contact de la partie maritime du fleuve, de l'estuaire gonflé par la marée, et du lit fluvial, plus étroit, moins profond, mais où l'on peut jeter les derniers ponts. Des îles fidsant la chaîne (comme aux Ponts-de-Cé) ^alitaient le passage du fleuve, qui se divisait là en six bras (le pont Maudit est sur l'un de ces bras ; voir aussi It frontispice du présent chapitre) ; puis des coteaux aboutissaient au fleuve : entre autres le Sillon de Bretagne, le premier des reliefs Sud-est-Nord-ouest de l'Armorique, vient imposer au fleuve son dernier étranglement; enfin un double confluent forme ime « croisée des chemins » d'eau : au Nord l'Erdre, profonde et large comme un fjord, et qui est probablement im reste de la mer tertiaire, avec ses « plaines » d'eau élargies jusqu'à im kilomètre; au Sud la Sèvre Nantaise, de Mortagne, de Tifi&uges et de Qisson, avec son petit faisceau d'affluents, dont l'un, la Moine, passe au pied de l'active petite ville de Cholet. Telles sont les prédestinations naturelles qui firent de Nantes, dès l'époque de la Ligue hanséatique, et au temps où la France disputait l'Amérique à l'Angleterre et à l'Espagne, un de nos deux

OÉOOBAPHXG HUMAINE DE iJk FRANCE

phis grands ports (avec Bordeaux). Les lenoncements politiques, et rensablement de la Loire, causèrent le dépérissement de Nantes jusqu'à l'ouverture du canal maritime de la basse Loire.

En présence de cette décadence, les riches armateurs du quai de la Fosse, toujoais pleins d'initiative transformèrent, grâce au charbon à bon marché, la ville maritime en cité industrielle. Les usines englobent aujourd'hui les îles du fleuve

et les terres basses de la rive gauche; elles s'étendent sui la rive droite jusqu'à Chantenay, et bien plus bas en aval, où s'est constitué, au temps des « forges anglaises », avec la houille anglaise, un centre industriel autonome comprenant Indre, Zndret, dans ime ne, la Basse-Indxe.

Toutes les îles qui se succèdent, verdoyantes, prairies et jardins, dénoncent cette zone où la lutte entre l'eau douce et l'eau salée précipite sur place les sédiments, où les masses énormes de vase noire, remuées et ramenées vers l'amont par la maré^ tombent au fond et y constituent des bancs noirâtres. On estime qu'il se dépose, entre Nantes et Saint-Nazaire, 600000 mètres cubes de boue par an, et l'ingénieur Collin a évalué à 43 millions de mètres cubes les apports qui se sont disséminés dans la basse Loire, de 1821 à 1853. Ainsi la Loire est un fleuve « travailleur », au grand dam des mariniers et des pilotes qui, d'une aimée à l'autre, ne reconnaissent plus les passes, et constatent que leur bateau « touche » là où il passait jadis sans encombre. An après an, la profondeur diminuait ainsi, au moment même où augmentait la cale des navires. La basse Loire était peu à peu délaissée par ses clients habituels, qui disaient escale à Saint-Nazaire, tandis que les quais et les docks de Nantes restaient déserts. U était temps de sauver Nantes de la ruine, et c'est alors que fut construit.

FlG. 71. — LA LOntB MARITIME ET LES COURS d'eAD VENDÉENS.

LA LiOIRE, SBS AFFLUENTS ET SES VOISINS

sur la rive gauche du fleuve, le canal maritime commencé en 1882, long de 15 kilomètres, large de 22 m. 50, profond de 6 à 6 m. 50, moitié en Loire et moitié dans les terres, qui part du Carnet près de Paimbœuf et aboutit à la Martinière, à 16 kilomètres en aval de Nantes. Le trafic se releva aussitôt : nous le dirons plus tard.

Donc la Loire ne s'approfondit pas comme la Gironde (qui atteint 32 mètres de creux), mais elle s'élargit et eUe embrasse, en dessous de Le Pellerin, des îles de plus en plus grandes, de plus en plus nombreuses ; elle atteint jusqu'à 4 à 5 kilomètres de largeur en amont et en aval de Donges, au plus large de cet estuaire qui a 50 kilomètres de longueur. La rive Sud, serrée par le pays de schistes cristallins, reste nette et précise i elle délimite le pays de Retz et s'entr'ouvre pour laisser passer la Chenau, « chenal » de décharge de cette nappe d'eau si peu profonde du lac de Grand-Lieu, tout enveloppé de roselières marécageuses plus étendues que luimême. Sur la rive Nord, jusqu'au pied du Sillon.de Bretagne (91 m.), un pays de c( brières » (c'est-à-dire « terre de bri » (i), terre de vase marine) annonce cette région plus méridionale de marais qui borde tout le Bas-Poitou ; entre la Loire et la Vilaine s'étend la « Grande Brière », dont les « paludiers » gardent des mœurs si curieuses.

Des deux ports de l'embouchure, l'im, escale traditionnelle de Nantes, Paimbœuf (formé sur le mot breton « Pen », tête), est situé en terre ferme, sur le granit ; l'autre, Saint-Nazaire, est une fondation artificielle du second Empire : il a développé (comme Port-Saint-Louis-du-Rhône) ses bassins à flot en terre basse, en plein marécage, et ce fut dans tous les sens une création. Destiné à être (comme Pauillac) le port en eau profonde, où débarquaient les paquebots, où s'allégeaient les cargos à destination de Nantes, il a reçu, de par la guerre de 1914-1918, du jour où il est devenu base anglaise, puis base américaine, une impulsion imprévue et magnifique, et il a été doté d'un nouvel outillage tout à fait modeme de voies ferrées.

La Loire débouche entre les pointes de Chemoulin et de Saint-Gildas, toutes deux granitiques, distantes de 12 kilomètres. Si l'on consulte la carte des fonds, au large, on constate qu'au-dessous des flots de cet estuaire s'étale en réalité un delta, et que les branches de ce delta se dessinent chacune entre deux traînées d'alluvions jusque bien loin en pleine mer. Les Courants qui longent la côte ramènent d'ailleurs vers le Sud quantité des apports du fleuve, et ce sont ces sédiments qui, charriés et déposés avec le bri dans la baie de Bourgneuf, ont exhaussé lentement le fond,

(i) C'est Jules Welsch qui a nettemnt distingué des alluvions provenant des sédiments d'eau douce cette vase marine dite bri qui forme le revêtement de tous les « Marais » : de Pocddental et septentrional dit Marais Breton, comme du Marais méridional, vrai nom vendéen du Marais Poitevin. (Le Marais Poitevifiy Armales de géographie^ 15 septembre 1916, p. 336.)

GÉOGRAPHIE HUMAINE DE LA FRANCE

ont rattaché peu à peu à la terre ferme les Ûots, les « étiers a, les anses du Marais Breton et f(mt tous les jouis, durant quelques heures à marée basse, de l'Ue deNcnrmoutier une presqu'île.

LB8 rumna côtiebb La presquHe Bretonne reçoit des pluies pndon-

ARHOBiCAixB g^ gt finçg (^u « crachin ») qui finissent par constituer

une couche d*un mètre au bout de l'an ; il y aurait 1& de quoi alimenter un grand

FiG. 72. — LES FLEUVES CÔTIERS ARMORICAINS.

fleuve médian, qui coulerait par exemple d'Est en Ouest. Tel n'est pas le cas : tous les fleuves bretons sont périphériques, ce sont des « fleuves côtiers » ; ils s<mt innombrables, mais peu développés, peu abondants aussi, et contrarient les communications plutôt qu'ils ne les servent (J^. 72).

Pourtant, aux approches de la mer, ils font grande figure ; les chemins de fer les enjambent sur de grands viaducs, tels que ceux de Morlaix, de Châteaulin, de Dinan, les navires de mer les remontent toutes voiles dehors, les vaisseaux de guerre pourraient y trouver, comme dans le Trieux, un asile sûr et des profondeurs suffisantes. Là où le fleuve devient bras de mer se trouve, avec le dernier pont, le passage obligatoire : ainsi Pont-Aven,Pontrieuz et les nombreuses localités m «Font».

hA LOIRE, SES AFFLUENTS ET SES VOISINS

En partant du Gouesncm, qui, a par sa foUe, mit Saint-Michel en Normandie >, énuménms simidement les principaux cours d'eau, qui se terminent en général en &ce d'une ville vivant de la mer, port de cabotage, port de pêche pour Terre- Neuve, port militaire, comme le sont restés Brest et Lorient, comme le furent autrefois Saint-Malo, Paimpol, Fort-Louis. La Rance, ou rivière de Dinan, dont un affluent passe sous les murs du château de Combourg, finit entre les trois villes de Saint-Malc^ Saint-Servan et Dinard ; sa directitm et son ampleur de belle « ria » en font une voie de communication importante (Jig. 73). Puis viennent l'Ai^uenon,

FiG. 73. — l'estuaire de la range. (A. Liipère.

Ar-Ouenn, c'est-à-dire « la blanche », le Gouet qui coule en contre-bas de Saint- Brieuc et forme le port du L^é, le Trieux de Guingamp, qui passe à Pontrieux et Lézardrieuz, noms formés sur celui de la riviire, le Tr^uier de Tréguia (ancien évêché), le hégasi de Lannion, le Dossen de Morlaix : petites rivières, grands viaducs.

Dans la rade de Brest, débouchent le Penfeld, qui forme le port militaire où s'allonge Tarsenal, l*Ëloro ou Rivière de Landemeau, l'Aulne, en breton le Steir Aoun, la a profonde eau » ou Rivière de Châteaulin, qui termine le canal de Nantes à Brest. Sur la façade du Sud, à partir de la pointe de Penmarch (ou mieux Fenmarc'h), les rivières ont toutes à traverser le plateau méridional, ce qui accidente leva cours pittoresque. C'est l'Aven de Pont-l'Abbé, c*est l'Odet de Quimper (Ken^ier s^jiifie aussi Confluent, comme dans Quimperlé, sur la Lfûta), c'est l'Aven de Pont-Aven. Dans la rade de Ixnient débouchent le Scor£f, de P<Hit-Scorff, et le Blavet, qui donna son nom à Blavet, aujourd'hui Port-Louis, en f✠de Lorient : petit fleuve.

GÉOGRAPHIE HUMAINE DE Z.A FBANCB

qui débute assez loin pour drainer le bassin intérieur» le Blavet passe au carrefour de rivières de Goarec, à Mûr de Bretagne, à Pontivy, ville ancienne restée solitaire au milieu de sa lande, et perce les Landes de Lanvaux avant de s'épanouir en estuaire sous Hennebont. Le Loc, ou Rivière d'Auray, débouche dans la « petite mer » du Morbihan, où ime autre « Rivière », celle de Vannes, abrite Pandcnne capitale des Venètes.

Aucune de ces rivières ne reçoit d'affluent transversal notable et ne constitue

un réseau fluvial, possédant des bras ou des branches : seule la Vilaine ùât exception. C'est Ut un petit fleuve, au même titre que la Somme et l'Adour.

Vilaine, vilain nom, et point mérité. Dans les cartulaires du moyen âge, elle s'appelle « Visnonîa >, HVitisnonia»^ cVicenonia», ce qui devrait dcmner en français Visncdney donc un mot analogue à k Vienne du Limousin, la VigncmSi comme disent les paysans. Elle coule Est-Ouest, venant des collines du Haut-Maine hautes de 200 à 225 mètres, passe à Vitré, vieille ville plaisante, et atteint à 25 mètres à peine le carrefour important de Condate (le c confluent u), d'où est née la ville qui a pris le nom de la peuplade des Redones, aujourd'hui Rennes. Elle se coude dès lors vers le Sud, prolongée vers le Nord par l*Ille, laquelle communique avec la Rance, rivière de Dinan, par un seuil abaissé, utilisé par le canal dlUe-et-Rance; telle est la grande communication Nord-Sud de la Bretagne, tracée selon l'axe d'une dépression qui, si la mer se relevait de moins de 100 mètres, ferait de la Bretagne une fle.

De Rennes à Redon, dans im cours à peu près Nord-Sud, le fleuve reçoit des affluents qui s'alignent selon les bandes schisteuses ou granitiques, dont la Seiche, le Semnon, le Don. Redon, dont le nom conserve aussi le souvenir des anciens ReâorteSy est un carrefour fluvial plus important encore que Rennes ; en œs parages

FiG. 74. — EN PLEIN MARAIS POITEVIN. (A. Lepèn: )

LA LOIHE, SES AFFLUENTS ET SES VOISINS

confluent trois cours d'eau. Ouït ou Oust, Arz, Isac, et là pénètre le flot de marée. La Vilaine s'élargit en estuaire et passe sous la travée du pont de La Rocher-Bernard.

Le canal de Nantes à Brest s'en sépare pour gagner la Loire par l'Erdre. Vers le Nord ce canal, dont Napoléon prétendit faire l'axe commercial intérieur de la Bretagne, à l'abri des croisières de la flotte anglaise, remonte l'Oust, puis le Blavet qu'il atteint à Pontivy, ville à laquelle Napoléon voulut donner la même importance stratégique (Napoléonville) qu'à la Roche-sur-Yon (Napoléon-Vendée), et finalement se confond avec l'Aulne, en Rivière de Châteaulin.

Au Sud de la Loire, le Lay, formé du Grand-Lay et du Petit-Lay, rainasse des eaux qui courent aussi sur des roches cristallines après avoir traversé la bande allongée si typique (liasique, oolidiique et houillère) de la Champagne de Chantonnay. Il reçoit l'Yon de la Roche-sur-Yon.

La Sèvre Niortaise, qui arrose Saint-Maixent, Niort et Marans si délicieusement dépeint par Henri IV (i) mais beaucoup plus vivant alors qu^aujourd'hui, s'achève en se traînant en plein Marais Poitevin {fig. 74). Elle accueille cette modeste et calme Vendée, de Fontenay-le-Comte, dont le nom, à cette frontière extrême du Massif Armoricain, a eu en vérité un surprenant destin (2).

(i) Voir plus haut, le Visage de la Franu^ p. 26.

(2) Voir plus loin la fin du chapitre zl^, la Divisian en dépanemems : Origines, principes, critiqués.

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