LES HABITANTS DE
SONT DITS
DEPARTEMENTS
Castelnaudary,
les Chauriens.
(Aude).
Bourges,
les Berruyers.
(Cher).
Châteauroux,
les Castelrodolphiens*
(Indre).
Épinal,
les Spinaliens.
(Vosges).
Pont-à-Mousson,
les Mussipontins.
(Meurthe-et-Moselle).
Pau,
les Palois.
(Basses-Pyrénées).
Charleville,
les Carolipolitains.
(Ardennes).
Méziëies,
les Macériens.
(Ardennes). 1
mm
GÉOGRAPHIE HUMAINE DE LA FRANGE
La vie des noms se manifeste encore par leur mort ; les noms vivent et par conséquent ils meurent. Ce n'est pas en subissant l'érosion de l'usage courant qu'ils finissent par disparaître : les noms les plus employés sont précisément les plus vivants. C'est au contraire lorsqu'ils deviennent inutiles^ lorsque le fait géographique qu'ils désignent n'a plus de raison d'être ou n'existe plus. Rares sont les noms morts qui appartiennent à la géographie physique; le cimetière des noms est surtout rempli de noms se rapportant à la géographie de l'homme^ beaucoup plus instable que la géographie du sol^ noms de villes disparues ou vieilles es^ressions conune l'Ocdtanie ou comme le Ponant signifiant la côte atlantique par opposition à la Méditerranée, mais surtout noms de divisions territoriales abandonnées : Ostrasie, Neustrie, Septimanie, Lugdunaise, Novempopulanie...
LES ANNSzss : ABTi- Rarement les noms de lieux restent seuls, ils ont
eus ET ADJECTIFS bcsoiu d'auncxes pour les préciser et les différencier les uns des autres, ils entraînent avec eux de modestes compagnons ou associés : articles, prépositions, adjectifs, surnoms...
Presque tous les noms de villes sont sans article : Paris, Toulouse, Bordeaux ; cependant ceux qui tirent leur appellation de l'aspect physique des lieux conservent l'artide : le Havre, la Rochelle, le Boucau, la Bassée, Lille qui s'écrivait jadis l'De.
Au contraire les petits hameaux et habitations isolées portent beaucoup plus souvent l'artide, leur nom rappelant le propriétaire fondateur : la Renaudie, les Rivailles. Parfois même l'artide est remplacé par une préposition : Chez Tandaud, Chez Pourret.
Les noms de provinces et régions ont tous l'article : la Picardie, la Limagne, et quelquefois le plurid ou du moins le signe du plurid, sans qu'on puisse toujours l'es^liquer : les Flandres, les Charentes, les Landes, la Dombe.
Les noms des grands systèmes montagneux ont en général l'artide au pluriel : les Alpes, les Pyrénées, les Vosges ; le Jura fait* exception. On dit aussi : le Morvan. On dit : les Ârdennes et l'Ârdenne, mais le seul vrai nom authenthique et autochtone est « l'Ârdenne », « les Ârdennes » étant devenu le nom du département.
Les adjectifs sont les plus prédeux auxiliaires pour distinguer les uns des autres des noms identiques, en les opposant par leur différence de site ou de forme. L'adjectif peut marquer une différence de hauteur ; nombreux sont dans les montagnes les villages superposés qui portent le même nom suivi de l'épithète : le Haut, le Bas, et qudquefois même le Moyen... Ex. : Valadon-du-Haut, Valadon-du-Milieu et Valadon-du-Bas (Jura).
Pour distinguer ces commîmes étagées, on se sert aussi de certaines préposi-
LES NOUS DE LIEUX, LA JONCHÉE DES HOHS DE FRANCE
tions. On trouve par exemple, dans les Pyrénées, Ardzans-Avant et Ardzans-Dessus, A^ut-Dessous et Argut-Dessus. En Corse, le village du bas qui est le moins important, contraiiement à ce qui se passe dans nos montagnes, porte simplement le nom du village principal du plateau avec wa diminutif : Bas^ca et Bastelicacda, Ghisoni et Ghisonacda.
Les ^ithètes de Haut et Bas sont souvent ajoutées à des noms de provinces ou
FiG. 107. — CRÈVECŒUK-LE-GRAND (OISE). (A. Lepire.)
r^ons et, dans ce cas, elles n*indiquent pas toujours ime difiérence d'altitude. Ainsi la Vendée s'appelait autrefois Bas-Poitou, bien que ce soit précisément la partie la phis élevée du Poitou. L'épithàte « Bas » semble dés^^ner dans tout TOuest de la France une région déshéritée par rapport à la région voisine qui se qualifie de « Haute ». Ainsi s'e3q)liquent Bas-Maine et Haut-Maine, Basse-Beauce et Haute- Beauce, Bas-I^bourd et Haut-Labourd. Par ailleurs, et au contraire, on reconnaît dans Haute-Marche et Basse-Marche, Haute-Auvergne et Basse-Auvergne, Hautes- Pyrénées et Basses-Pyrénées..., le véritable sens du qualificatif.
GÉOGRAPHIE HUMAINE DE LA FRANGE
Les épithètes « grand » et « petit » sont également très employées et parfois dans un sens qui ne correspond plus à la réalité actuelle. Le Grand-Baisieux (Nord) a moins d'habitants que lePetit-Baisieux ; de même pour le Grand-Ronchin et le Petit-Ronchin près de Lille. D'autre part, les deux MarseiUe-le-Petit, de la Charente-Inférieure et de l'Oise, n'ont aucune prétention à se comparer et s'opposer au grand Marseille. Toutefois la règle générale est bien qu'une agglomération dite Grande s'oppose à sa voisine dite Petite : Crèvecoror-le-Grand (J^. 107) et Crèvecœur-le- Petit (Oise).
Il est une autre catégorie de tels adjectifs qui a poxyr origine non plus la nécessité secondaire de distinguer des appellations semblables, mais le besoin d'exprimer la caractéristique dominante du lieu; l'adjecdf s'est en quelque sorte imposé au nom. Ainsi, dans les montagnes, on rencontre beaucoup de «firoid» : Fay-le-Froid (Haute-Loire), G>gnac-le-Froid (Haute-\^enne), Saulzet-le- Froid (Puy-de-Dôme). De même sur les calcaires jurassiques, terrains extrêmement perméables, et sur bien d'autres territoires calcaires, abondent les villages dits « le Sec » : Âmpelly-le-Sec, Coulmiers-le-Sec, Savigny-le-Sec sur le plateau bourguignon, Villars-le-Sec dans le Jura, etc.
Beaucoup d'adjectifs sont des épithètes de couleur : la blancheur de la craie picarde a doimé des': Blanc Mont, Blanc fossé. Plaine Blanche, Blanquetaque..* L'épithète « noire » est accolée à de nombreuses montagnes, pour indiquer la végé* tation qui les couvre : la Montagne Noire, les Bois Noirs (Monts du Forez), la Forêt Noire, lePérigord Noir, les Maures qui signifie les Noires, et aussi le Causse Noir, jadis couvert d'arbres. L'épithète dorée ou d'or est réservée aux coins privil^és, Côte-d'Or, Val-d'Or près Sèvres, Vallée-Dorée près de Creil...
n y a même des noms qui ne sont formés que d'un adjectif pris substantivement, comme la rivière « la Creuse » ; les petites villes : La Souterraine et Le Blanc.
D'autres villages ont des qualités plus bizarres : Trucy-l'OrgueiUeux^ près damecy, Brive-la-GaiUarde (Corrèze), Màntes-la- Jolie (Seine-et-Oise).
Les épithètes deviennent alors de véritables surnoms et ceux-ci abondent en France; tantôt ils ont trait à des cultures ou à une industrie particulière : Saint- Priest-les-Fougères (Dordogne), Âzat-le-Pommier (Haute-Vienne), Grézieux-le-Fromental, près Montbrison, Saint-Hilaire-la-Treille (Haute-Viemie), Saint-Cyr-les- Vignes (Loire), QuevreviUe-la-Poterie (Seine-Inférieure), Saulzais-le-Potier, près Montluçon, Saint-Christophe-en-Boucherie (Allier), Villedieu-les-Poêles (Manche), qui a pris ce nom depuis que l'industrie de la chaudronnerie s'y est établie (jadis le bourg s'appelait Villedieu-de-Saultchevreuil)« Ou bien ces surnoms ont trait
LES NOMS DE LIEUX, LA JONCHÉE DES NOMS DE FRANGE
à la nature physique : Lezeunes-aux-Blancs-Cailloux (première apparition des calcaires au Sud de Lille)^ Saint-Ânuoid-les-Boues (Nord), G>ncoures-Canq)agne (Âveyron). Ou bien encore à un événement historique : Domrémy-la-Pucelle, Saint- Jean-de-Losne-Bdle-Défense, Vîtry-le-Brûlé (aujourd'hui Vitry-cn-Perthois), Ivryla-Bataille, Saint-Midid-Montaigne, Saint-Amans-Soult, La Bastide-Murat. Mais il en est de plus inattendus comme Saint-Maurice-aux-Riches-Horomes (Yonne), Saint-Geraiain-les-Belles-Filles (Haute-Vienne), Baigneux-les-Jui& (Gôte-d'Or), Saint-Merd-la-Brouille (G>rrèze), Saint- Yrieix-la-Perche (Haute-Vienne)* Enfin nous avons de véritables noms doubles : le même lieu peut porter deux appellations différentes ; ce Mt arrive surtout lorsqu'il y a opposition de deux langues dont chacune marque son empreinte par un mot spécial : Lille s'appelle Rijssel pour les Flamands et Toumay Darmcky Saint- Jean-Pied-de-Port et Tardets deviennent en langue basque Dan lané Garatzi et Atharetzé...
Cependant, pour un très grand nombre de noms se répétant maintes fois, on n'a point fût Tefifort de leur trouver une dénomination propre ; et Ton s'est contenté de les différencier en les disant sur tel cours d'eau, près de telle ville ou dans td petit pays : Boulogne-sur-Seine, Châlons-sur-Mame, Chalon-sur-Saône, Mercy-lez- Metz, Lorcy-devant-Metz, Rosières-en-Santerre, Fère-en-Tardenois... Mais il fiiut se défier parfois de ces appellations, données souvent après coup, par suite d'exigences administratives ou postales. Maintes agglomérationls se disent sur teUe rivière alors qu'elles en sont éloignées : Monistrol-sur-Loire, par exemple (i) ; d'autres se placent « en-Brie », « en-GoheUe », « en-Vexin », sans qu'il fiûlle pour cela étendre jusqu'à elles les limites de ces a pays ».
Au terme de cette étude sur les noms de lieux, comment ne pas admirer la richesse et la saveur de notre patrimoine toponymique ! Il se d^;age de certains de ces noms une sonorité qui est une poésie, toute expressive d'histoire ou révélatrice de terroir : mots beaux et grands dans leur simplicité comme Loire, Âdour, Rhin, mots qui sonnent gai comme Toulouse, Marseille, mots rudes corome Rouergue ou Cahors, mots qui semblent tristes comme Morvan ou Ârdenne ! Pendant le cours des siècles, ils se sont identifiés aux parcelles de terre qu'ils désignent et ont ainsi acquis ce rang privilégié qu'ils détiennent aujourd'hui parmi les vocables des horomes.
(i) Un déoet de 1919 vient de déclarer qu'en Haute-Vienne, Bessines se dirait « sur-Gartempe », et Morterolles « sur^Senune » ; or, ces deux communes ne sont ni Ttme ni l'autre sur ces rivières ni même dans leurs vallées étroites, creuses, tout à fait impropres à l'établissement d'agglomérations. Un cas plus curieux est celui de Fontaine-sur-Maye (Somme). Aujourd'hui la source de la Maye a émigré vers l'aval et Fontaine n'est plus que dans tme vallée sèche.
GÉOGRAPHIE HUHAHŒ DE I.A FRANCE
Anciens noms communs, ils sont montés lentement aux grades les plus élevés dans la hiérarchie des noms propres. Certains de ces noms piopies ont acquis une telle difiusion qu'ils ont créé à côté d'eux de véritables noms communs ; des noms géographiques sont parfois en effet redevenus des noms communs» tant le produit, rattaché d'abord à un lieu précis de la surface de la terre et en portant le nom, est lui-même devenu un produit universel. Notre France, avec ses cognacs ou son calvados, avec ses champagnes, ses bordeaux, ses bourgognes, ou eacace ses camemberts, ses bries, ses coulominiers, ses roqueforts, a une collection excq)tionneUe de noms de lieux devenus des noms de produits. La valendennes, le chantiUy, Talençon et le climy sont des dentelles, le tulle (qui ne se fabrique plus qu'à Calais) et le guingamp sont des mousselines, les soissons sont des haricots, les guines des cerises et les limousines des automobiles. Ces exemples sont encore plus typiques que ceux des produits locaux qui ont gardé leur étiquette d'origine (drap d'Elbeuf, toile de Cambrai, moutarde de Dijon), ou même ■ rouenneries > qui est devenu un mot général issu du nom de la ville de Rouen.
n est enfin des villages d<nit le nom a une telle destinée que presque personne ne sait plus qu'ils ont été des villages. Qui reconnaîtrait aujourd'hui, soxis le mot de « tricot », l'anden petit village du Beauvaisis où le tricot fut inventé?
Noms communs sont devenus noms de lieux; et, par un curieux mouvonent inversa des noms de lieux sont ainsi et aussi devenus de vrais noms communs.
A. Lepère del.