‹ Histoire de la nation française (volume 5)Chapitre 55 sur 64 · PLAN TYPIQUB DE LA MAISON ALSACIENNE · texte numérisé non relu

PLAN TYPIQUB DE LA MAISON ALSACIENNE

GÉOGRAPHIE HUMAINE DE LA FRANGE

maison surveille tout à la fois et les allées et venues de la grande porte d'entrée et tout le travail intérieur de Texploitation.

Du Sud au Nord de TAlsace^ — de Dannemarie à Wissembourg, — et de TEst à rOuest^ — de Saveme à Strasbourg, — eztraordinairement fixe, le même type de maison, — avec des variantes de caractère secondaire, malgré les variétés du cadre géographique, — aflSrme la vitaUté tenace d'un groupe humain très fort, très conscient et toujours fidèle à lui-même.

Bref, la maison lorraine, bâtie de belle pierre, mais aux toits plats et aux murs bas, offre aux regards des lignes monotones et droites conmie les horizons meusiens. Tout au contraire, la maison d'Alsace est une él^ante cossue, qui joue de l'agencement de ses pignons et des encorbellements de ses balcons. Elle vit en village, mais point à la manière de sa voisine de Lorraine. Les maisons s'assemblent pour exprimer visiblement la solidarité de tous les habitants de ces munidpes démocratiques; mais elles ne sont point contigues ; chacune est séparée de la plus proche et affirme l'indépendance d'opiniâtres individualités. Très rare type de village, parmi tous les villages de France et du monde, qui sait associer la fantaisie personnelle dç chaque demeure fimiiliale à la cohésion disciplinée dé l'agglomération et à la coquette et belle ordonnance de la rue.

Du VILLAGE Des maisons nos r^ards sont allés aux hameaux, aux bourgs,

A LA VILLE aux villages ; car le village est lié à la maison, comme la maison au village; les villages sont bien souvent déjà de petites villes... La curiosité investigatrice de nos leaeurs devra nous suivre jusqu'à la forme la plus concentrée et la plus vigoureuse des agglomérations humaines : la grande ville.

Cependant, qu'est-ce qui fait la ville?... De nos jours comme dans le passé, la vie rurale s'ojppose à la vie urbaine. H parait bien légitime de distinguer la ville du village, mais où chercher le principe et le signe de démarcation?

Pour les statisticiens, est considérée comme population urbaine toute population d'une agglomération d'au moins 2 000 habitants (i). Discrimination arithmétique qui ne peut pas ne pas être contestable. Il est des agglomérations de 2 000 habitants qui ne sont autres que des villages ; il est au contraire de petites dtés de quelques dues d'habitants qui ont gardé de grands airs de vraies petites villes : et Coucy-

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(i) « La population urbaine est la popiiladon totale de toutes les communes dont la population a^lomérée au chef-Ueu dépasse 2 000 habitants. La population rurale est la population de toutes les autres communes. > (Statistique générale de la France. Résultats statistiques du recensement général de la population effectué le 5 mars 19x1, Paris, Imprimerie nationale, 19x3, 1. 1, i" partie, p. 33.)

MAISONS, VILLAGES ET RÉGIONS

le-CMteau avec ses 700 habitants» et Vézelay» et Gagnes. Uzerche» si fièren!ient et somptueusement dressée sur un beau méandre de la Vézère» n'a que 1 500 habitants dggiomérésy mais elle porte la physionomie d'une ville de plusieurs milliers... Il s'agit en tous ces cas d'anciennes villes dont le caractère urbain s'est conservé. Q est par ailleurs des régions» on l'a vu» où la population s'est de tout temps agglomérée en groupes de maisons serrées et comme tassées. On pourrait sans doute remarquer qu'il y a au moins embryon de ville là où les maisons sont accolées ; le mur mitoyen est l'expression d'intérêts voisins — et d'ailleurs souvent rivaux — qui sont en relation directe avec les sentiments élémentaires qui constituent l'état d'esprit urbain. Mais les murs sont souvent rapprochés sans être accolés; même dans certains pays d'agglomération» les habitations gardent leur indépendance; et les maisons des beaux villages alsaciens nous en ont fourni le témoignage.

Il s'agit donc d'étudier dans leur réalité géographique les différents types des villes» sans nous préoccuper de découvrir un principe de démarcation trop simple entre le village et la ville. Il s'agit plutôt de gradations que de délimitation...

Les calculs des statisticiens doivent du moins nous aider à concevoir de quelle importance grandissante est dans nos sociétés contemporaines le phénomène d'agglutination humaine qui aboutit à la constitution des villes et des grandes villes*

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