ÉPILOGUE
cela est manifeste; mais s'agit-il de l'étendue brute? ou s'agit-il précisément de rétendue comme assurant l'assemblage«.d'un plus grand nombre de régions hétérogènes? Sans nous occuper de prédire l'avenir, considérons le passé. Des Ëtats ont vécu et vivent encore, sains et prospères, quoique petits. Même après la crise historique redoutable que nous venons de traverser, l'élimination des petits Ëtats prédite par les historiens et les sociologues d'Allemagne ne s'est pas produite; tout au contraire, plus d'Etats sont nés des anciens complexes politiques, et ceux qui se développeront ne seront pas ceux qui seront géographiquement le plus homogènes. Le Mt que tous tendent à la mer et cherchent à associer une part de l'activité maritime mondiale à leur activité intérieure n'est-elle pas une preuve, plus visible que toute autre, de cette nécessité pour toute société politique vigoureuse d'unir des contraires ou du moins d'associer des disparités ?
Notre France historique, quoique petite avec son demi-million de kilomètres carrés (et même moins à certaines heures de son histoire), a été grande parce qu'elle est née et qu'elle s'est développée sur une France géographique dont les parties diverses ont une incomparable variété de natures, d'aptitudes et de vocations.
À qui veut organiser une nouvelle division politique et économique de la France intérieure, ces considérations fondamentales s'imposent; le principe de la division doit être de chercher à créer des ensembles régionaux qui aient cette vie complexe et robuste qui a fait jadis la fortime historique d'une Bourgogne, d'une Normandie ou d'une Provence ; les provinces à créer ne sont pas les anciennes provinces, mais des régions neuves.
Pour la coordination de forces opposées et pour la fusion féconde de ressources complémentaires^ la ville (et dès le début du second volimie on examinera pourquoi) est appelée à jouer un rôle primçrdial. La r^ian future ne doit pas être spécialisée au sens étroit du mot, mais fondée sur une adaptation aux conditions naturelles et humaines telle qu'elle s'oriente, — si l'on nous permet d'user d'une expression technique de l'économie industrielle la plus moderne, — vers Vint^adon. Or, la région dépendra de son « chef », c'est-à-dire de la ville ; la distribution nouvelle de la France en régions doit être fonction des <( centres de nodalité » (Vidal de la Blache), c'est-à-dire des vraies capitales provinciales. Celles-ci d'ailleurs ne seront rien, si elles ne savent pas unir — pour les interpréter et les diriger — les intérêts métropolitains de leur activité financière, intellectuelle, artistique, commerciale et industrielle à ceux de l'activité rurale et agricole de toute la « province ».
Le progrès humain tend à faire»passer la nature et la terre du stade purement et proprement géographique au stade historique (à la fois économique et politique).
GÉOGRAPHIE HUMAINE DE I.A FRANCE
La ccmquêK rationnelle de la terre par les hommes ne peut s'effectuer que par ime connaissance et une onnpréhension de plus en plus perspicaces et de plus en plus ^édses des phénomènes atmosphériques, océaniques ou terriens ; mais le développement politique, économique et social travaille à opérer sans cesse une réelle et puissante « transmutation » de la matière terrestre.- S'il nous est permis de rappeler une chimère qui fiit presque un mythe multiséculaire, disons que c'est par la « pierre philosophale » de l'effort humain que l'or véritable est créé ; car c'est par Teffort humain que la dvilisation modifie tous nos rapports fondamentaux avec le cadre naturel et que de la géographie natureUe et mécanique sort ime gét^raphie humaine de plus en plus osmpUquée et méthodique, et si Ton peut dire aussi, de plus en plufi volontaire.
L'épiderme de notre France, tout impr^né de tenaces et longs efforts, a été manié, ameubli et pétri à tel point que la géographie physique est partout suivie et enveloppée, dominée ou même contredite par la géographie humaine.
UNE VIBILLB RUE DE OtlMAm) (VAS). (A. Upire.)
TABLE DES ILLUSTRATIONS