LE MAINE VEUT SE RENDRE INDÉPENDANT
ils firent quelque temps après leur paix avec le duc de Normandie. '
A la nouvelle de la cruauté exercée contre le châtelain de Saint-Sereric, les autres châteaux-forts cessèrent de faire résistance ; et Robert , qui se lassait déjà de la campagne militaire, licencia ses troupes, et revint à Rouen pour reprendre sa vie indolente.
Il relâcha Robert de Belléme , et la famille des Talvas continua d'inquiéter, de tourmenter, d'opprimer les nobles de leur voisinage. Ceux qui souffraient le plus de ces querelles acharnées , c'étaient toujours les bourgeois et les paysans, que l'on tuait, mutilait ou emprisonnait, et dont on brûlait les maisons , et ravageait les moissons ou les ateliers. *
Le Maine jugea que le moment était venu de secouer enfin le joug normand; il s'occupa du choix d'un comte indépendant. En vain l'évéque Ouël, tout dévoué aux Normands, à qui il devait son évéché, excommunia les chefs de ce complot ;
Orderic Vital, lib. 8.
« Misera itaque regio in desolalionem redibat. » Ibid.
FOULQUES L1-: RECHIN. SO^
ils le saisirent un jour qu'il faisait sa tournée avec ses clercs dans le diocèse, et le jetèrent en prison. A cette nouvelle les prêtres de la cathédrale suspendirent les offices divins , et mirent par terre les statues et les reliques des saints ' ; cependant le JMans n'en voulut pas moins être libre.
Pendant que Robert -Courteheuse ne savait quel parti prendre pour retenir le Maine dans son obéissance, Foulques, surnommé le Réchin, comte d'Anjou , homme énergique , et presque toujours brouillé avec le clergé ', vint le trouver, et lui dit qu'il s'engageait à apaiser les troubles de ce pays; mais il y mettait mie condition. « J'aime éperdûment, dit-il , Bertrade , fille de Simon de Montfort , et niècedu comte d'Evreux qui en a la tutelle : faites que je l'aie en mariage , et mes bons offices vous sont dévolus, n Foulques avait eu successivement
' Order. Vital , lib. 8.
* Aussi le moine de Saint-Evroult dit de lui : « Hic in miiltis reprehensibilis et infamis erat, multisque vitiorum pestibiis obsecundabat. » Order. Vital , lib. 8. C'est à ce comte que le moine attribue l'invention des chaussures à long bec, dans lesquelles Foulques cherchait à cacher ses pieds difformes, et qui furent l)ientôt imitées partout. « Ob hoc ipse Cornardus cognominatus. » Orderic Vital , lib. 8.