‹ Histoire de la Normandie sous le règne de Guillaume-le-Conquérant et de ses successeurs, depuis la conquête de l'Angleterre jusqua la réunion de la Normandie au royaume de FranceChapitre 121 sur 255 · RÉBELLION DU MÉMi · texte numérisé non relu

RÉBELLION DU MÉMi

latioli odieuse de l'hospitalité commise par Moavbrai, et vit d'mi oeil tranquille les troubles épouvantables que le meurtre commis sur Malcolm produisit en Ecosse , où les frères et les fils de ce roi se disputèrent le trône par des combats sanglans. L'assassin était comte du Northumberland, et l'un des plus riches seigneurs d'Angleterre, ajant hérité de son oncle , l'évéque de Coutances Geoffroy, 280 manoirs que ce belliqueux prélat avait reçus pour sa part de la conquête de l'île. Robert était un homme vigoureux, avec un visage basané et farouche. Il ne tarda pas à recevoir le châtiment de ses crimes , comme d'autres Normands que l'opulence avait rendus arrogans et cruels. Ayant enfreint la paix publique , en pillant des bâtimens marchands norvégiens qui étaient venus aborder en Angleterre , il fut cité , sur la plainte des étrangers, à la cour du roi pour la fête de Pentecôte de l'an iog4- Robert n'eut garde d'y comparaître. On lui enjoignit de resti-tuer les objets enlevés aux Norvégiens; l'oppresseur du Northumberland refusa. Guillaume savait d'ailleurs que Robert avait pris part h l'insurrection d'Eudes , évéque de Bayeux , et qu'il était h la tête des Normands, mal disposés contre lui à cause

ROBERT DK MOWBRAI. 2^3

des ordres sévères renouvelés au sujet des chasses dans les forêts royales. Bientôt on crut avoir des preuves d'une conspiration tramée par lui, le comte d'Eu et d'autres seigneurs contre la vie du roi, qu'ils voulaient remplacer par Etienne d'Aumale ' . Le roi crut que le temps était venu de réduire ce vassal puissant. 11 convoqua donc le ban de ses gens d'armes, et marcha avec eux contre le Northumberland, où Robert possédait un grand nombre de châteaux-forts. Il lui fit la guerre pendant près d'un an, en lui prenant un château après l'autre. Robert lui tendit un piège dans une forêt; mais averti à temps , le roi put l'éviter, et n'en poursuivit qu'avec plus d'ardeur la guerre qu'il avait déclarée au comte.

A la fin, s'étant sauvé du château de Bamborough, assiégé par les troupes royales, Mowbrai tomba, avec quelques uns de ses chevaliers, entre les mains des assiégeans , après avoir été blçssé en se défendant dans une église '. Le roi le

' Florent. Wigorn. Chronic, ad ann. 1095.

• Ibid. — Selon G. Gaimar, Mowbrai se sauva par une poterne qui donnait sur la mer, et s'enfuit à Tinemouth ; mais il fut repris et condamné à une prison perpe'tuelle.

« Mes en prison fut mis xx ans ,

l[\L\ PUNITION

condamna à la pprte de ses biens , et à une capti-^ Tité perpétuelle. 11 resta près de trente ans dans les fers; le pape prononça la dissolution de son mariage avec sa femme Mathilde , qui épousa ensuite Néel d'Aubigny ; mais ce second mariage ne fut pas plus heureux pour elle que le premier, car Néel d'Aubignj prétexta dans la suite sa parenté avec Robert de Mowbrai pour répudier cette femme et en épouser une autre. C'est avec cette légèreté que se nouaient et dénouaient alors les noeuds sacrés du mariage. Morel , ne\eu et complice de Robert de Mowbrai, fut justement enve-*^ loppé dans la disgrâce et la punition de son onclei Dépouillé de tout en Angleterre, il passa dans l'étranger, et y mourut pauvre et obscur. Le comte d'Eu fut cité en justice et obligé de se battre en duel contre celui qui se constituait son accusateur. Vaincu dans ce combat, il eut les jeux airachés et les membres mutilés. Le sénéchal de ce comte fut pendu ; le comte Eu de Champagne , et

En la prison finit nrkorrant.

ï*rodom devint einz q'il morut , Jà ne veia riens q'il éust. »

Chroniq. des rois Engles.

DE SES COMPLICES. '^l\0

Philippe, fils du comte de Shiewsbury , furent condamnés à être enfermés. '

Robert de Lascy eut ses terres confisquées , et fut banni d'Angleterre. D'autres furent condamnés à de fortes amendes qui leur enlevaient le fruit de leurs rapines. Les Anglo-Saxons voyaient punir ceux de leurs oppresseurs qui se révoltaient contre le roi ; mais les Normands qui ne violaient que les lois de l'humanité, restaient pour la plupart impunis, et ceux à qui le roi donnait les terres confisquées sur les vassaux rebelles valaient rarement mieux que leurs prédécesseurs. Guillaume-le-Roux réprimait les rébellions et les brigandages particuliers; mais il laissait les vassaux maîtres dans leurs fiefs; il donnait lui-même l'exemple de la rapacité, surtout à l'égard des biens ecclésiastiques ; les évéchés et les abbayes restaient vacans , et il en percevait le revenu. Étant tombé malade, il promit au clergé de se corriger ; mais revenu à la santé , il exerça la même rapa.cité qu'auparavant.

On racontait dans la suite que saint Alban avait paru en vision à l'archevêque de Cantorbéiy,

' Florenti Wigorn. Chronic. , ad ann. 1096.

a46 NOUVEAUX TROUBLES

affligé de l'oppression exercée par le roi contre l'Eglise , et qu'à la vue du prélat le saint anglosaxon avait dirigé sur le roi normand une flèche ardente reçue de la main de Dieu ' . D'autres visions furent racontées publiquement au sujet de la fin prochaine du roi , à qui elles ne restèrent pas cachées". Le peuple accusait le favori du roi , qu'on surnommait Flambard , et qui de valet de chambre et de parasite était parvenu à se faire donner un évêché, tout illétré qu'il était, d'être l'instigateur de ces empiétemens sur les droits de l'Eglise. Ainsi le haut clergé normand en Angleterre éprouvait aussi une partie de ces vexations , qu'il exerçait depuis la conquête sur les gens qui lui étaient subordonnés.

Robert Courteheuse, en revenant d'Angleterre dans son duché de Normandie , y retrouva rallumées ces petites guerres féodales que la présence du roi d'Angleterre avait suspendues pendant quelques mois. Robert de Bellême était plus redoutable que jamais pour tous ses voisins; son père , Roger de Montgomerj, venait de mourir

Math. Westmonast. Flor. histor. , ad ann. 1091. Orderic Vital, lib. 9.

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