‹ Histoire de la Normandie sous le règne de Guillaume-le-Conquérant et de ses successeurs, depuis la conquête de l'Angleterre jusqua la réunion de la Normandie au royaume de FranceChapitre 128 sur 255 · DE ROUEN. 25 J · texte numérisé non relu

DE ROUEN. 25 J

l'évéque, ni exercer la justice appartenant au spirituel. Aucun prêtre ne pourra devenir l'homme d'un laïque , parce qu'il est indécent que des mains vouées à Dieu, et consacrées, soient mises dans des mains non consacrées, qui peuvent être celles d'un homicide, d'un adultère, ou d'un autre pécheur criminel. Cependant si le prêtre tient d'un laïque un fief non appartenant à l'Église , il pourra lui en faire hommage pour être en sûreté. '

Ce synode n'aurait encore procuré à l'Église et au peuple en Normandie qu'une faible protection contre la violence et l'injustice des nobles, si le duc Robert n'avait pris une résolution qui au moins pour quelque temps fit cesser l'anarchie dans son duché. Malgré son indolence habituelle, il sentit son âme émue de l'enthousiasme qui éclatait de toute part pour les croisades. Il conçut l'idée de prendre aussi la croix et de partir. Ceux à qui il fit part de son projet n'em^ent garde de l'en dissuader. Toute la Normandie était intéressée au départ de ce misérable prince, dont l'inep-

' Orderic Vital, lib. 9.— Bessiu Concil. Rotomag- ecc/es., pars 1».

258 1096. DÉPAfiT DE ROBERT

lie avait frappé tous les esprits. Il' voulait remettre le gouvernement à son frère Guillaumele-Roux, et l'on savait que ce roi au moins réprimait les brigandages.

La proposition fut faite et acceptée. Le roi d'Angleterre mit à contribution les prélats et les barons pour fournir l'argent nécessaire. On prit les vases d'église pour les briser ; les comtes et vicomtes à qui on extorquait l'argent, pressurèrent à leur tour les paysans et les gens de guerre qui étaient sous leur dépendance ' . Guillaume ayant ramassé 10,000 marcs d'argent, les donna à son frère pour son départ, et m.oyennant ce prix il devait garder la Normandie pendant cinq ans. Aussitôt que Robert eut reçu la somme, il fit ses préparatifs, et au mois de septembre 1096, il se mit en route pour l'Italie'*, emmenant avec lui son oncle Eudes , évéque de Bayeux ; ce prélat ne se souciait point de passer sous la domination de Guillaume-le-Roux , qui l'avait ignominieuse-

' Florent. Wigorn. Chronic , ad ann. 1096. — Orderic Vital , lib. 10.

' Ordcr. Vital , lib. 10.

POUR LA CROISADE, 25g

ment chassé de l'Angleterre. Plusieurs nobles, pour la plupart cadets de famille, qui avaient peu à espérer dans leur patrie , accompagnèrent lem^ souverain. De ce nombre furent Rotrou, fils du comte Geoffroy de Mortagne, Phillppe-le-Clerc, l'un des frères du fameux Robert de Belléme , le comte Gautier de Saint-Valery, le comte Hugues de Saint-Paul, Giraud de Gournay et d'autres chevaliers. Ils se rendirent dans la Calabre, et y passèrent l'hiver. Au printemps suivant , ils suivirent Boémond dans l'Orient ; là le duc Robert assista à la bataille de Nicée et au siège d'Antioche; il commanda un corps d'armée au siège de Jérusalem, et on lui donna dans la suite la ville de Laodicée pour prix de ses exploits; il semblait que l'engourdissement de son esprit épais eût cédé à la grandeur de l'entreprise à laquelle il prenait part, et qu'au milieu de tant de héros chrétiens, il sentît aussi les élans de cet héroïsme général. Quant à son oncle Eudes, il ne vit point la terre promise. Cet évéque termina sa vie turbulente dans la Sicile, en février logy, et fut inhumé dans la cathédrale de Palerme ; le comte Roger de Sicile lui éleva un tombeau, par lequel on apprit à la

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postérité , en vers rimes , qu'un prélat si puissant dans sa patrie était mort pauvre dans son pèlerinage. '

« Quid Bajocensis prodest mihi ponlificattu , Gloria , laus et lionor tantum nisi causa reatus, Dura pertrausirem Hierosolymam veniendo , Panortni jacui pauper Domini moriendo ? etc. » Orderic Vital , lib. 9.

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