REMORDS DES SOLDATS. 2 I
n'était pas venu les tourmenter. Les soldats , en se livrant de nouveau aux pratiques de dévotion, commençaient à éprouver des remords sur les cruautés qu'ils avaient exercées en Angleterre, soit sous les ordres de leurs chefs , soit de leur propre mouvement. Ils s'en accusaient dans le confessionnal ; les prêtres trouvaient apparemment que c'était un cas de conscience délicat , puisque ces cruautés, ces massacres, ces violences s'étaient exercées sous les yeux du souverain , et que les soldats avaient marché au combat avec la bannière bénie par le pape. Ils en référèrent à leurs évéques , et ceux-ci firent de cette affaire le sujet d'une délibération synodale , dont les résultats ont été consignés dans une espèce de décision qu'ils envoyèrent aussi en Angleterre , et qui est un document singulier de l'influence ecclésiastique dans les expéditions militaires du temps ' . 11 y est dit que ceux qui savent le nombre d'hommes qu'ils ont tués, seront tenus de faire pénitence pour chacun, pendant quarante jours; ceux qui ignorent le nombre des tués, feront pénitence une fois par semaine, leur vie durant, à moins
' lYorm. pnesuluni décréta de pœnilentia eorum qui alios occidunt in bello; Bessin , Concilia Rototnaff. Ecclesice , pars 1».
ïï MEURTRES COMJVTIS
qu'ils n'aiment mieux se racheter par des aumônes faites aux églises : ces dispositions s'appliquent principalement aux soldats qui se sont répandus dans le pays pour piller et tuer. Quant à ceux qui ont fait usage de leurs armes en bataille rangée, ils feront pénitence pendant trois ans seulement. Il en sera de même de ceux qui ont commis des homicides en cherchant des vivres dans le pays, et à qui les ennemis ont fait résistance, et de ceux qui, après le sacre du roi, ont tué des hommes qui refusaient encore de reconnaître l'autorité de Guillaume. Quant aux rapts , adultères , viols et spoliations d'églises, ces crimes seront assujettis aux mêmes pénitences que s'ils avaient été commisdans la patrie ' . Quelque singulières que fussent ces dispositions , elles auraient pourtant été un bienfait , si elles avaient pu arrêter les meurtres en Angleterre; mais fiers de leurs victoires, et forts de leur nombre et de l'énergie de leur souverain, les Normands méprisèrent trop le sang anglosaxon pour se faire un scrupule de le répandre, ïl n'y eut plus dans la suite que quelques âmes pacifiques et religieuses qui s'inquiétassent du salut
' Bossiu, Concilia Hotonwg, £evlesiœ,.fMsl?: