CARACTÈRE DE ROBERT
l'héritier des terres paternelles en Angleterre, comme il l'était déjà en Normandie, et fut dès lors sous un double rapport le baron de Guillaume-le-Roux ' ; aussi sut-il acquérir un grand crédit à la nouvelle cour anglaise.
L'année anglo-normande entra dans le Vexin ; tandis que la plupart des seigneurs de ce pays en fermant les portes de leurs châtels aux envahisseurs , les forcèrent d'investir un fort après l'autre , quelques uns ouvrirent leurs places-fortes au roi d'Angleterre. De ce nombre fut surtout Robert, comte de Meulan, fils de Roger de Beaumont, un des plus grands hommes d'état du temps*, et un des plus puissans barons, qui, ayant des terres, des châteaux et des vavasseurs en France, en Angleterre et en Normandie, était recherché par les souverains de ces trois pays. Telle était l'idée qu'on avait de sa puissance, qu'un historien anglais assure que la guerre et la paix entre ces souverains dépendaient de lui. Le souverain que le comte de Meulan soutenait, pou-
' Orderic Vital, lib. 10.
» « In rébus secularibus sapientissimus hinc usque in Jérusalem degentium, fuit scientia clarus, eloquio blandus , astutia perspicax , etc. » Henric. Huntingdon. Epistola de ConlemjHu mundk
COMTE DE MEULAJy.
vait d'avance se regarder comme vainqueur, et sa personne jetée dans la balance décidait la victoire'. C'est évidemment une idée exagérée qui prouve néanmoins la haute opinion que ses qualités et ses richesses avaient inspirée à ses contemporains. Ce riche baron s'attacha cette fois au roi d'Angleterre, et nous le verrons dans la suite fréquemment mêlé dans les affaires publiques. Il aurait pu les diriger dans un sens droit et équitable, s'il avait lui-même pratiqué la justice; mais cette vertu ne s'accordait guère avec l'ambition et l'avidité qui guidaient Robert de Meulan, ainsi que les autres barons : c'est par une suite d'actes de violence qu'il parvint à cette puissance colossale qui le faisait rechercher par les souverains dont il était le vassal. Mais il éprouva à son tour les abus de la force. Guillaume de Varenne lui enleva sa femme Elisabeth, fille du comte de Vermandois, dont il avait huit enfans, et il passa le reste de ses jours dans l'abattement de la douleur'*. Cepen-
' « Pro libitu suo reges Franciœ et Angliœ nunc concordes uniebantur, nunc discordes praeliabantur. Si adversus aliquem insurgebat, contritus humiliabatur j si prodcsse volcbat, gloriosus cxaltabatur. » Henric. Hunlingdon. Epistola de Contemptu muncli.
' Ibid.
266 IOg8. INVASION DANS LE VEXIN.
dant lorsque, près de mourir, il fut exhorté par ses confesseurs , à réparer ses torts et à rendre les biens injustement acquis , il refusa en disant que ses fils feraient à cet égard ce qu'ils jugeraient convenable. Mais ceux-ci gardèrent dans la suite tout ce que leur père avait acquis , soit par héritage , soit par rapine et par oppression. '
Tel était le principal vassal du roi de France dans leVexin, qui favorisa l'invasion de Guillaume-le-Roux. Ce prince chargea Robert de Belléme d'élever une forteresse à Gisors , et continua, en septembre 1098 , de ravager le pays jusqu'à Pon toise et Chaumiont, où il eut plusieurs engagemens très vifs avec les Français , qui s'attachèrent surtout à démonter les cavaliers de l'armée anglo-normande, en tuant leurs chevaux à coups de flèche. Le roi Philippe ne se montra point dans cette guerre.
Cependant les Français se maintinrent dans leurs châteaux-forts, tels que Montfort, Epernon et Maules; Guillaume ne put que dévaster le Vexin , et jugea prudent de terminer en automne
' Uenr. Hunlingcl. Episl.