ET ENTERREMENT DE GUILLAUME
corps du roi dans de vieilles toiles, et le portèrent à Winchester, (( comme un sanglier que les chasseurs viennent de tuer m , dit Orderic Vital'. On l'enterra dans le monastère de cette ville, sans pompe et sans les prières solennelles du clergé , qui n'avait pas oublié le dédain que le roi avait toujours marqué aux prêtres. L'archevêque de Cantorbéry avait été forcé de s'exiler, et le roi avait affermé les revenus de son archevêché , ainsi ([ue le revenu des sièges de Winchester et de Sali sburj et de neuf abbayes. ^
Dès lors le peuple fut persuadé que la Forêt Neuve, où jadis le Conquérant avait démoli les villages , églises et chapelles pour y mettre des bêtes fauves , était funeste à sa dynastie : Guillaume était le troisième prince de la famille qui y périssait. On prétendait qu'il avait été tué à l'en-
' Eccles. Uistor. , lib. 10. G. Gaimar parle de pompeuses obsèques , qui , selon lui , furent faites ,
Puis firent lit en la Lièro , De bêles flours et de feugère , Ij palefreis ont amenez , Od ricbes freinz , bien enséelez.
mais Gaimar ile'crit trop souvent en poète les ëve'nemens historiques.
' Math Westmonast. Flor. hislor., ad ann. 1090.
aSo HENRI
droit même où autrefois avait été une chapelle j on parlait de fantômes effrayans qui, dans cette foret, apparaissaient aux Normands. '
Henri, dès qu'il avait vu son frère mort, avait cru devoir profiter de ce moment décisif : il était accouru au château de Winchester pour s'emparer du trésor royal , et probablement aussi des insignes de la royauté ; car les rois normands avaient laissé le trésor royal dans l'ancienne capitale du West-Sex, où les rois anglo-saxons avaient résidé. Guillaume de Breteuil y arriva sur ses pas , et , en sa qualité d'un des principaux barons du royaume, il s'opposa d'abord à l'entreprise de Henri , en lui représentant que Robert , duc de Normandie , était son aîné et leur suzerain commun, que, par conséquent, l'un et l'autre devaient lui garder leur foi. '
Henri se courrouça et mit la main à la garde de son épée. Pendant leur altercation , les barons et les chevaliers arrivèrent, et prirent part à la querelle. Cependant , la nécessité de remplacer promptement le souverain mort , avant que l'a-
' Florent. Wigorn. Chronic. , ad ann. 1100. » Orderic Vital , lib. 10,
PREND LA COURONNE d'aNGLETERRE. 28 1
narchie divisât les grands et le peuple, fut évidente pour tout le monde : on sentit que Henri avait moins de droits que Robert; mais celui-ci était loin , on connaissait son incapacité. Henri , né en Angleterre, et connu du peuple anglais, était présent ; il succédait sans secousse à son frère Guillaume : on n'eut pas de peine à lui abandonner le château, le trésor et le trône. Ses libéralités achevèrent de lui rendre favorables les gens armés. Ils cherchèrent Tyrel , parce que le soupçon s'était accrédité qu'il était l'assassin de Guillaume ; ils voulaient le tuer, mais il s'était déjà mis à l'abri de toutes les poursuites. Cependant sa fuite a toujours laissé planer le soupçon d'assassinat sur lui , quoique l'on ne sache pas quel motif aurait pu l'engager à ce crime. H est assez naturel de supposer que la m.aladresse ou un malheureux hasard ait causé la mort du roi , et que la crainte d'être accusé d'un assassinat sans pouvoir prouver son innocence ait déterminé Tjrel à s'enfuir. Le chasseur qui, autrefois, dans la même forêt , avait eu un malheur semblable au sien , en tuant, par un triste hasard, le jeune Richard, fils du duc Robert , n'avait pu échapper à la vengeance de la famille du jeune prince qu'en se