NORMANDS ET ANGLO-SAXONS
mots ici , d'autant plus que , dans la suite de cette histoire, nous n'aurons plus occasion de parler des Anglais qui fuirent la domination normande. Robert de Hauteville, surnommé Guiscard, c'est-à-dire r^meV, après n'être arrivé en 1047, dans la Fouille, auprès de son frère Drogon , qu'avec une suite de quelques Normands, était devenu un seigneur si puissant , que l'empereur Michel Ducas demanda la main de la fille de Robert pour son fils , le blond et beau Constantin ; le seigneur normand avait hésité d'abord de faire à un prince grec l'honneur de l'allier à la famille des Hauteville. Cependant il avait fini par y consentir, et Hélène la normande avait été reçue au palais de Constantinople. Quelque temps après, une révolution ayant précipité du trône la famille des Ducas, Hélène partagea le sort des princes auxquels elle était alliée, et subit une captivité à laquelle la condaminait le parti triomphant. Conduits par Alexis Comnène, les émigrés anglo-saxons venaient d'aborder en Grèce ' . Le nouvel empereur en forma un corps de troupes pour son armée.
' Orderic Vital , liv. 4 , assure qu'ils formèrent d'abord un e'tablissement appelé Cheyetot. Il en parle ftncore à l'occasion des croisades.
DANS LEJMPIRE GREC.
Robert Guiscard , pour venger sa fille Hélène , fit en 1081 une expédition dans l'Illyrie, et mit le siège devant Durazzo. A cette nouvelle, Alexis entra en campagne avec ses troupes grecques , turques et anglo-saxonnes, et même avec une cohorte de Manichéens, pour repousser les Normands, qui éprouvaient déjà une famine affreuse. Une bataille pouvait décider du sort de la nouvelle dynastie. Alexis fit engager le combat par les Anglo-Saxons armés de leurs haches à double tranchant, et de leurs boucliers ; ils étaient soutenus par des archers habiles. A la vue des Normands, de cette race qui avait causé leur exil, les Anglais sentirent redoubler leur rage, et portèrent le trouble et la mort dans les rangs de l'armée de Robert Guiscard; mais les Grecs n'appuyèrent point les mouvemens de ces braves , qui , s'étant trop avancés , furent écrasés et taillés en pièces. Alexis paya cher la m.ollesse qu'il avait montrée; son armée fut mise en pleine déroute, et il s'estima heureux de ne pas tomber lui-miéme entre les mains des vainqueurs '. Les affaires d'Italie rappelèrent
' Anne (Jomnène, Alej^ unie, liv. 4. — Gaul'rède Malalerra, liv. 3, cbap. 17.
a6 , COLONIE ANGLO-SAXONNE.
Robert Guiscard de la scène de ce combat victorieux. •
Probablement, tous les Anglo-Saxons qui étaient venus chercher un asile dans l'empire grec ne combattirent pas dans la journée meurtrière de Durazzo. Au milieu du douzième siècle, il existait encore une colonie anglo-saxonne sur la côte grecque de l'Asie. Elle s'était acquis l'estime des habitans dupajs '. On ignore comment elle a finij l'histoire, comme le monde, détourne bientôt son attention des malheureux qui fuient l'oppression triomphante.
En Angleterre, beaucoup d'habitans avaient pris leur parti, et s'étaient promptement habitués à leurs nouveaux maîtres. Souvent le peuple prenait m^ême parti pour les Normands contre ses propres chefs. Ailleurs , des riches se trouvaient flattés d'être distingués par les vainqueurs^. Dans
' Voyez les détails de cette expe'dition dans l'Histoire des conquêtes des Normands en Italie, en Sicile et en Grèce, par E. Gaultier d'Arc , 1" époque , liv. 3. Paris, 1830.
* Order. Vital , Ecoles. Histor. , lib. 4.
^ (( Âliquot sapientiss, civium , et nonnulli ex railitibus ingenuis quorum nomen et opes valebant, et multi èx plebejis contra sucs pro Nijrtmannis magaoperc insurgebant. » Ibid.