‹ Histoire de la Normandie sous le règne de Guillaume-le-Conquérant et de ses successeurs, depuis la conquête de l'Angleterre jusqua la réunion de la Normandie au royaume de FranceChapitre 211 sur 255 · PAR LES ANGEVINS · texte numérisé non relu

PAR LES ANGEVINS

A la fête de Saint-Michel , ils approchèrent de Lisieux , qui était défendu par un Breton , Alain de Dinan. Celui-ci prévoyant qu'il ne se défendrait pas long-temps contre un ost aussi nombreux , mit le feu à la ville, et se retira avec ses Bretons. Lisieux était en flammes quand les Angevins approchèrent pour l'investir, dans l'espoir de s'emparer d'un riche butin ; ils rétrogradèrent aussitôt en fureur vers le Sap , bourg ainsi nommé à causé d'un vieux sapin qui s'élevait auprès de l'église. Là, ils furent assaillis par les bourgeois. Ce fort ne tint pas non plus long-temps ; les Angevins y jetèrent le feu , et prirent Gaultier de Clairay et les autres chevaliers qui le défendaient. Geoffroy Plantagenet fut grièvement blessé au pied dans la miêlée; ce qui le détermina à faire sa retraite, quoique sa femme Mathilde lui amenât des renforts. '

Ce fut en commettant partout les plus grands excès que les Angevins se retirèrent ; plusieurs maraudeurs furent assassinés par les paysans ; d'autres maltraitèrent impunément les clercs et les laïques, les hommes et les femmes, et ne respec-

' Ordcric Vital , lib. 13.

44^ LEUR BA,RBARIE.

tarent même pas les églises : aussi plusiem^s curés vinrent se plaindre au comte d'Anjou de la profanation de leurs églises commise par des soldats. Il défendit dans son armée tout acte de violence; cependant la retraite fut encore désastreuse pour le pays. Les Normands avaient si mauvaise opinion des Angevins qu'ils disaient que ceux - ci poussaient la barbarie jusqu'à manger la chair crue et avaler le sang des bestiaux qu'ils venaient d'égorger dans les campagnes. '

Au passage du Don, petite rivière qui débouche dans l'Orne , l'armée de Geoffroy fut subitement attaquée par une troupe de cavaliers qui gardait les bords de cette rivière. Elle perdit une partie de ses bagages, et se jeta dans l'eau pour se sauver.

Cette expédition , marquée par les incendies , les massacres et les pillages, ne pouvait augmenter les partisans de Mathilde dans la Normandie. L'appui que lui prêtaient les Angevins aurait suffi pour aliéner d'elle les coeurs des habitans ; cependant ils ne pouvaient guère être plus contens d'Etienne, qui les abandonnait au désordre.

• Orderic Vilal, lib. 13.

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