LES BARONS NORMANDS
Aucun historien ne nous a conservé les transactions de cette espèce de parlement, qui jetteraient sans doute un grand jour sur les rapports qui existaient entre le souverain et les sujets , ainsi que sur les ressources financières du gouvernement d'alors.
Presque toutes les réunions précédentes des barons et des prélats avaient été des conciles ou des synodes. Celle de Lisieux était peut-être la première où il fût uniquement question d'affaires temporelles. Par cette raison , il est à regretter que les actes n'en aient pas été conservés.
Après ce parlement, tout le monde s'attendait à voir Henri s'embarquer pour l'Angleterre avec les secours que le duché lui fournissait ou qu'il tirait de l'Anjou ; cependant il partit inopinément pour l'intérieur de la France , et ce voyage eut les suites les plus surprenantes, et qui exercèrent une grande influence sur les événemens de la France et de la Normandie. Louis VII avait emmené avec lui à la croisade sa jeune épouse Eléonore, duchesse de Poitou, femme aimable et désirant plaire et captiver les cœurs. Un roi assujetti à la rigueur des pratiques de dévotion, ennemi de l'éclat, et poussant la simplicité à l'excès.
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ne pouvait suffire à une princesse qui voulait avant tout qu'on cherchât à lui plaire. Louis avait conçu de la jalousie en voyant les moyens de coquetterie qu'elle avait mis en usage pour attirer les hommages du prince d'Antioche. On lui avait rapporté même qu'un jeune Sarrasin avait réussi à fixer l'attention de la reine. Ce fut en partie pour arracher Eléonore au séjour dangereux du climat brûlant de la Syrie qu'il abandonna la guerre des croisés , et revint dans son royaume ' presque sans armée , et très mécontent de sa femme.
En France, Louis ne fut pas plus garanti de la coquetterie d'Eléonore qu'au milieu de l'armée des croisés , et il désira aussi vivement se séparer d'elle que la duchesse de Poitou avait envie de quitter un mari morose et dépourvu de qualités aimables *. On eut recours au moyen bannal de ce temps, au scrupule au sujet de la parenté qui régnait entre les deux époux ; sans taire le véritable motif qui le portait à solliciter le divorce.
' Histor. Ludov. VII. — Bernard-le-Trësorier, Hist. des Croisad. • « Gallicos amplexus jam sibi décrépites fastidians. » Gcrva». Dorob. Chron. de regibus Anglice, ad ann. 1152.
ET d'ÉLÉONORE de POITOU. 49^
Louis laissa agir ses évoques au concile de Beaugencj, où ils décidèrent que le roi ne pouvait garder sa parente comme épouse. Eléonore était trop satisfaite de recouvrer sa liberté pour réclamer contre la décision du clergé. Elle savait qu'elle ne manquerait pas de prétendans à sa main. Elle laissait ses deux filles à la cour ; et Louis fut assez simple de croire qu'avec elles il retenait l'héritage de la Guyenne. A peine Eléonore se futelle mise en route pour retourner dans ses États, que déjà on employa la force et l'adresse pour obtenir sa main. Thibaut, comte de Chartres et de Blois, fils du dernier comte, portant le même nom, voulut l'enlever pendant qu'elle traversait son comté. Elle réussit à éviter ce prétendant brutal, et parvint à Tours. Plus loin, Geoffroy, second fils de Geoffroy Plantagenet, et depuis peu comte de Chinon, vint aussi faire ses offres; il n'avait que ses quatre châteaux-forts à réunir à la Guyenne; Eléonore, ne le jugeant pas apparemment assez puissant, le refusa , et eut encore des poursuites à essuyer. Après toutes ces aventures, elle arriva enfin en Guyenne. Ce qui venait d'arriver dut la convaincre de la nécessité de se donner promptement un protecteur pour être à l'abri