HUGUES DE CHESTER
Il eut l'attirail d'un souverain, et tint une table dont on parla à cause de l'opulence qui y régnait ' . Entouré de soldats , il marchait toujours avec une armée ; il faisait plus de cas de chasseurs et d'oiseleurs que de paysans et de prêtres, comme dit Orderic Vital *. Dévastant lui-même ses terres, il ne trouvait de plaisir que dans la luxure ; il devint extrêmement gros, et il eut avec ses concubines beaucoup d'enfans; ceux-ci n'ayant que l'exemple fâcheux du père devant les yeux, subirent pour la plupart une triste fin. Ils ne furent pas les seuls descendans malheureux de ceux qui s'étaient partagé le sol de l'Angleterre.
Eustache de Boulogne , malgré sa tentative
• M Quieus homs estoit li quens Huons !
L'empereour de Lumbardie Ne menoit pas tiele compaignie Come il fesoit de gent privée.
Jà sa meson ne fut vée A gentil home ne à franc.
Ewe en viver et en estanc Ert plus légier à espucher Que n'iert son beivre ne son manger. »
Chronique de Geoffroi Gaimar.
* « Ipse terram suam quotidie devastabat , et plus aucupibus et venatoribus quam terrse cultoribus vel cœli oratoribus applaudebat. » hist. Ecoles. , lib. 3.
66 DOTATION d'eUDÉS,
sur Douvres, qu'il avait voulu enlever à Guil-" laume , reçut des terres dans douze comtés ; c'est qu'il avait vaillamment combattu à Hastings. Le comté de Buckingham avait été donné à Gautier GifFard , seigneur de Longueville en Gaux , qui avait fourni pour la conquête trente bateaux avec cent soldats. La famille normande des GifFard , issue d'une soeur de Gonnor , femme de Richard I, paraît avoir été nombreuse; on en trouve plusieurs de ce nom inscrits dans les rôles des guerriers dotés en Angleterre ' . Raoul de Mortemer ( sur Aulne ) eut le château de Wigmore et beaucoup d'autres terres. Hugues de Grenteménil avait eu Leicester, avant qu'il fût retourné en Normandie ^ pour vivre dans sa famille. Eudes , évéque de Bajeux , fut maître presque absolu du pays de Kent ; encore son avidité, au lieu de se contenter de cette vaste possession , dépouilla-t-elle les églises" et les monastères ; ce frère du souverain fut un des plus grands oppresseurs de l'Angleterre. Il jouait le rôle de roi dans ses domaines *, et donnait aux
' Voy. le Dooinsday-honk.
^ QuiJ loqiiar de Odonc Ba jocensi prœsule qui consul palatinu:
ÉVOQUE DE BAYEDX. 6*J
habitaiis une triste idée de la modestie du clergé normand. Comme d'autres petits tyrans de l'Angleterre , il ne tarda pas à recevoir son châtiment de la Providence.
Raoul Paisnel , dont la famille possédait en Normandie la terre des Moutiers-Hubert, fut shériffdu Yorkshire; il avait obtenu quarante-cinq seigneuries. Baudoin des Meules ou de Brionne^ que le Conquérant avait chargé de la défense du nouveau château fort d'Exeter , eut la seigneurie de Dunster-Castle , et son petit-fils fut élevé dans la suite au rang de comte de Dorset. La même charge de shérifF du Yorkshire fut exercée aussi par Guillaume Mallet de Graville, qui eut une riche dotation en Suffolk , et fut le fondateur de l'abbaye d'Eye. Robert d'Oiley fut nommé connétable d'Oxford ; il bâtit le château fort de cette ville , et un de ses descendans fonda une abbaye dans le voisinage. En général, beaucoup de ces seigneurs normands devinrent, dans leur vieillesse, des fondateurs d'abbayes et d'églises, et s'ils ne restituèrent rien aux Anglo-Saxons, ils donnèrent
erat, et cunctis Angliœ habitatoribus formidabilis, ac veluti secundus rex jura dabat? Orderic Vital, lib. 4.
OO AUTUES NORMANDS
une partie notable de la conquête à l'église , qui pourtant la perdit peu à peu. Roger Bigot, qui avait été le vassal du comte de Mortain , devint en Angleterre riche seigneur, en SufFolk et en Essex. Richard de Courcy eut des terres dans le comté d'Oxford, et la baronnie de Stok en Somerset. Milon Crespin, de la baronnie normande du Bec-Crespin , fut élevé au rang de seigneur de Wallingford , en Berkshire , et perçut le revenu de quatre-vingt-huit manoirs. Robert d'Estouteville, appartenant à l'une des familles les plus anciennes et les plus illustres de Normandie, fut doté de la baronnie de Cottingham et de la terre de Skipw^ith, dans le comté d'York. Le château de Tutbury et beaucoup de seigneuries avaient été le partage de Henri de Ferrières. Plus de cent seigneuries furent accordées à Hugues de Montfort.'
Pour ne pas trop allonger cette liste , je suis obligé dépasser sous silence la désignation des lots de beaucoup d'autres Normands qui furent dotés en Angleterre , tels que Yves de Taillebois, qui fut enrichi des terres enlevées à deux comtes du pays;
' Ordcric Vital , lib. 4.