‹ Histoire de la Normandie sous le règne de Guillaume-le-Conquérant et de ses successeurs, depuis la conquête de l'Angleterre jusqua la réunion de la Normandie au royaume de FranceChapitre 7 sur 255 · SACRE · texte numérisé non relu

SACRE

il y fit fortifier le château, situé probablement sur l'emplacement où fut érigée ensuite la Tour. Le jour de Noël de l'an 1066, il se rendit à l'abbaye de Westminster avec une nombreuse escorte militaire qui avait ordre de ne rien ménager si les habitans montraient de mauvaises intentions. Guillaume ne se fiait point aux bourgeois , quoiqu'ils eussent fait leur soumission ; il savait leur aversion pour les étrangers.

En présence d'une foule de Norm.ands, ainsi que d'Anglais , tant laïcs que prêtres , Guillaume , au moment d'être sacré par l'archevêque d'York, jura solennellement, stir l'invitation de ce prélat, de protéger l'église, de régner avec justice, et de maintenir les lois et usages du pays'. Le peuple, que l'on avait fait semblant de consulter pour savoir s'il voulait Guillaume pour roi, poussa des acclamations quand le conquérant promit de respecter ses institutions. Ces cris tumultueux, interprétés au dehors par les troupes normandes, comme

des cris de réprobation, les déterminèrent à mettre sur-le-champ le feu à la ville ; les lueurs de l'in-

' Histor. écoles. Eliensis , lib. 2 , cap. 44. — Florent. Wigorn. Chrome. , ad aun. 1066.

cendie interrompirent la cérémonie. Le peuple se précipita hors de l'église afin de pom^voir à sa sûreté et à celle de ses propriétés. Il ne resta dans l'église que les Normands et les moines et prêtres anglais; ceux-ci tremblaient et Guillaume luimême était plein d'inquiétude pendant le reste de la cérémonie. ' •

La conduite violente des troupes normandes , qui au reste ne fut ni punie ni blâmée, à ce qu'il parait, ouvrait au peuple anglais les yeux sur ce qu'il avait à attendre des Normands à la première apparence de rébellion de sa part ; aussi l'incendie de ses maisons laissa une profonde et fâcheuse impression dans les esprits. "

A la vérité, le chapelain historien du conquérant, Guillaume de Poitiers, s'épuise en éloges, au sujet des excellentes intentions de son maître, et des sages dispositions qu'il prit pour rétablir l'ordre et la paix dans le pays conquis par ses armes. Selon cet historien , tous les actes que fit le nou-

' Orderic Vital Eccleslast. Histor. , lib. 3. « Pauci clerici cum mobachi| niiuium trépidantes ante aram perstiterunt , et officium consecratioTiis super regem vehementcr treraentem vix peregerunt. »

' « Postea Norraannos semper suspectes habueruut. « IbuL

8 PnEMliRES DISPOSITIONS

veau roi après son couronnement, respirèrent la justice, la modération, la clémence '. Il voulait qu'on ménageât les vaincus , car n'étaient-ils pas chrétiens comme les Normands? Il ne fallait pas, disait-il, les exaspérer en abusant de la victoire, ni faire honte à la patrie en opprimant des étrangers; aussi prévint-il, par des ordres sévères, la licence des troupes; il mit l'innocence et la pudeur à couvert de leurs atteintes, et institua des juges pour les punir en cas de contravention. Il répartit avec modération les tributs imposés aux Anglais; il assm^a le commerce avec le dehors; enfin, dit le chapelain , Guillaume n'enleva injustement à aucun Anglais sa terre pour la donner à un Français*.

Il émana en effet du nouveau gouvernement, dans les premiers mois après le sacre, plusieurs ordres qui annonçaient l'amour de la justice et de la modération; mais ce sont les débuts ordinaires des conquérans. Les promesses de Guillaume furent démenties par les faits, à mesure qu'il affer-

' « Multa prudenter juste, clementerque disposuit. » Will. Pictav. Gesia Willelmi ducis.

* a TNuUi tamen Gallo datum est cjuod Anglo cuiqiiain injuste fucrit ablatuni. » IbiJ.

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