‹ Histoire de la notation musicale depuis ses originesChapitre 117 sur 125 · LIVRE Vn. — CHAPriRE V · texte numérisé non relu

LIVRE Vn. — CHAPriRE V

Cette notation est eacore usitée en Angleterre. Elle y a été propagée par le Rév. John Gurwen, pasteur anglican', qui a fait de grands sacrifices pour la populariser, et qui était, en outre, le rédacteur en chef du journal Tonie-iolfa-reporler, oi^ane de cette nouvelle école musicale de l'Angleterre.

Les objections que nous avons faites aux précédents systèmes peuvent également bien s'appliquer à celui de M. L. Danel^. Ce philanthrope, dans le but louable mais illusoire de laciliter la lecture musicale, a proposé de se servir des lettres initiales des notes : D, R, M, F, S, L, B (B pour ne point faire double emploi avec l'S de sol). 11 représente les #, b et I] , savoir : le dièse par un z, le bémol par un / et le bécarre par un r. La durée des notes est indiquée par les voyelles a, e, i, o, u, eu, ou, correspondant aux sept signes de ronde, blanche, noire, etc. Pour exprimer les silences équivalents, les lettres sont penchées ou couchées.

Voici un exemple :

NotaHon ordinaire. .

j.!)jjj I J.J'J I }JJ'. Ijljiljg l

Evidemment, ce n'est point une méthode; c'est tout simplement un nouveau système de notation musicale pour conduire à la connaissance du nôtre. Alors, à quoi bon? Il a les mêmes défauts que les précédents, c'est-à-dire qu'il nécessite une opération mentale continuelle, et n'a rien de représentatif, rien de pictural. Ce qui nous étonne, c'est que cet ouvrage ait été prôné par des musiciens distingués, et même par Fétis. Il est de toute évidence que Fétis ne l'a fait que par égard pour l'homme de mérite, le philanthrope, et non pour la méthode ; sans quoi il aurait InQigé lui-même le plus cruel démenti à toutes ses affirmations contraires.

Si cependant Fétis a constaté des résultats, cela prouverait une fois de plus que l'intelligence, l'énergie et une volonté indomptable de la part du professeur convaincu, peuvent, avec des méthodes médiocres ou même défectueuses, réussir là où la meilleure méthode échoue entre les mains d'un professeur indifférent ou indolent.

' Cf. Perraud, fnoû tur la musique, p. 110. Lyon, i8jd. — Le R^v. John Curwen est mort à Londres dans le courant de mai 1880.

' Méthode amplifiée pour l'enseigjummt pt^uiaire de la matiqw vocale , 9* Mit, 1867, cbCE loua les marchaods de manque de France et de Belgique.

Un savant belge, M. ChaHes Meerens, préoccupé de savoir (rcomment s'y prendront les compositeurs de l'avenir pour noter les sons nouveaux que les facteurs d'instruments parviendront successivement à réaliseri) (et qu'il fait monter jusqu'à onze octaves), it puisque la plus grande étendue qu'il soit permis de noter avec le système actuel de clefs, même en tenant compte de la clef d'octaves, ne se monte, au plus, qu'à sept octaves', n M. Meerens, disonsnous, préconise, depuis quelques années, une nouvelle méthode, qu'il appelle notation simplifiée ^. Ce système suppose la clef d'ut première ligne , mais M. Meerens ne la représente pas, et la remplace par un cliiiïre romain mis en tète du morceau et devant chaque passage, pour indiquer le degré d'altitude de l'octave sur le clavier. Il y ajoute un double chiffre : le supérieur a pour objet d'indiquer le nombre de temps dont est composée la mesure, et l'inférieur le mouvement raétronoraique, d'après un système que M. Meerens a également inventé.

Il nous semble que la crainte manifestée par M. Meerens est facile à calmer. Quand on pense à ta difficulté' que l'on éprouve à bien discerner les sons suraigus et ceux de basse-contre du piano de huit octaves, on est porté à se demander comment l'oreille pourrait apprécier le caractère tonal, ascendant ou descendant, d'une octave et demie de plus de chaque cdté du clavier. Nous admettons parfaitement le progrès incessant des sciences et des arts, mais il est une chose qui ne changera pas : c'est l'organisme humain. Or nous ne pensons pas que notre organisation physiologique puisse acquérir jamais assez de développement pour trouver une satisfaction quelconque à ces sonorités extrêmes. Déjà, les sons les plus aigus de la huitième octave de notre piano agacent plutôt le système nerveux qu'ils ne charment l'oreille, et c'est à peine si l'on peut apprécier les plqs graves. Les accordeurs à l'oreille la plus exercée et la plus sensible éprouvent de grandes difficultés pour accorder les notes extrêmes du clavier. Cette préoccupation de M. Meerens nous parait donc absolument gratuite; autant vaut s'inquiéter de quel combustible on se servira quand toutes nos mines de houille seront épuisées*.

Quant à la configuration des signes comme peinture exacte, elle est annulée, puisque c'est un chiffre romain qui rapporte l'octave à sa correspondante

' Nous avoDB fait voir dans le livre VII, chap. i, que notre Byslème s'étend jusqu'à hùt oelmits tt

' Le diapason et la notation musicale simplifiée. Bninellee, 1873.

' Pour juslifier celte suite de onie octaves, M. Meerens s'appuie sur l'autorité de Helmhollï, qui dit, dans sa Théorie physiologique de h musique, i^que les sons qui peuvent èlre perpu* d'une maïuère générale sont renfermés peut-être, entre 16 et 38, 000 vibrations, dans un espace de onM octaves. ' M. Meerens n'a pns prête assez d'attention à ce prudent peut-être de Helmholti. et la perception d'un son d'une manière générale ne signifie pas qu'on puisse lui appliquer une fonction tonale.

' Les savants MM. Desprez et Ussajous ont émis, avant Helmhoitz, des opinions analogues quant an nombre des sons perceptibles par roreillc. mais ils ont raisonné plutAt en physiciens qu'en m

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