CHAPITRE II
de la sorte: si, mi, la, ré, sol, ut, fa; reoversons cet ordre et nous aurons, comme nous venons de le dire :/«, ut, toi, ré, la, mi, si, qui est l'ordre régulier des dièses.
On Irouve, dans les œuvres des vieux maîtres, des morceaux où les dièses sont mêlés aux bémols. C'est que, s'ils se servaient du bécarre pour effacer le bémol, ils n'agissaient pas de même à l'égard du dièse, qui, selon eux, ne pouvait être annulé que par le bémol. En voici d'abord deux exemples, que nous avons extraits de la Tabulalura nova de Samuel Scheidt, organiste de Hambourg, en iGa't :
On peut voir la même chose à la dixième mesure de ÏAve maris slella de Frescobaldi, que nous donnons plus haut, où le »'b de la basse est annulé par un «#.
Dans la Musurgia de Kircher, on ne rencontre que te bécarre comme signe d'annulation d'un bémol précédent:
et seulement le dièse comme signe d'élévation do son fondamental, dont le signe d'annulation n'est pas encore le bécarre, mais le bémol :
Ce n'est qu'au commencement du xvui' siècle que la séparation définitive est accomplie, c'est-à-dire que le dièse arrive comme signe d'élévation, le bémol comme signe d'abaissement, et le bécarre comme signe d'annulation de l'un ou de l'autre. Ainsi, dans le Cnuius ^Pamassum de Fux(i735), nous voyons:
Cependant on rencontre encore, et jusqu'à une époque avancée, de nombreux exemples de l'ancienne manière d'écrire, qui ne disparut que peu à peu. C'est donc récemment que la coutume d'effacer les dièses et les bémols indifféremment par le seul bécarre a prévalu.
De même que dans la musique moderne nous mettons la formule de la mesure en tête d'un morceau , de même les anciens mettaient en tête : rythme à iS temps, à lù temps, à lo temps, etc.; seulement, au lieu d'employer le mot mesure, ils se servaient du terme rythme, car, sous l'empire romain, rythme était devenu synonyme de mesure, même pour la mesure simple. Là ou nous mettons des barres de mesure, les Grecs mettaient des points et des doubles points comme signes de temps fort sur la syllabe qui correspondait au commencement d'une mesure'.
Ce que nous appelons aujourd'hui mesure n'était indiqué, dans la musique du moyen âge, par. aucun signe particulier ; on calculait la valeur des notes par des temps répétés d'après les figures qui les représentaient. La brève, nommée aussi temps, était en quelque sorte la mesure moyenne. Ainsi, la musique des psaumes de Clément Marot, composée par Guillaume Franck (Stras* bourg, i5/i5), ne contient point de barres de mesure. Plusieurs sont marqués en tête d'un ([!; les notes sont groupées par rythmes séparés par un silence'.
Après qu'on eut imaginé de diviser les phrases musicales en fragments d'égale durée, séparés par des barres verticales et pouvant contenir plus ou moins d'une semi-brève, on appliqua le nom de mesure à la durée déterminée par les signes renfermés entre deux barres. D'abord on ne les plaça qu'après un certain nombre pair de mesures, tel que quatre ou huit, mais bientôt après on les posa de deux en deux, et l'on finit par en mettre k la fin de chaque mesure, qu'elle fût binaire, ternaire ou quaternaire.
Dans l'ancieune musique mesurée, où te rythme n'était démontré que par la valeur des notes, il s'élevait parfois des cas douteux, car cette valeur n'était pas constante à cause de l'ordre dans lequel des notes plus longues ou plus courtes se suivaient. Pour éviter ces cas douteux, on introduisit ce signe ; *^, appelé punctum divUionts, qui avait pour effet de séparer les périodes - rythmiques sans affecter la valeur des notes, et qui répondait précisément à la barre moderne, dont il fut le précurseur.
L'emploi de la barre date du commencement du xvi" siècle, et parait avoir eu plutôt pour objet principal de faciliter la lecture des compositions écrites en partition, en conservant les différentes portées exactement les unec sous les autres, que de marquer les divisions rythmiques. L'un des exemples les plus anciens de l'usage de la barre de mesure se trouve dans la Musica insiru~ mentalis d'Agricola (i $39), où les exemples sont écrits sur une seule portée de
' Cr WeBtpbal, EUmmle itt mutikalUeken Rkglkmiu, p. 90. léna, 1879.
' Cf. C.Ument Marçt et le ptautier hugwnot , 9 vol. in 8* piiblià par M. Doue». Paris, 1879.