LIVRE II. — CHAPITRE I
Quoi qu'il en soit, si c'est Pythagore1 qui importa en Grèce le principe de l'octave, nommé diapason par les anciens (puisque Nicomaque2 dit que c'est ce philosophe qui aurait intercalé un huitième son dans l'heptacorde de Terpandre), d'où vient que les Grecs aient si peu respecté les enseignements du maître, jusqu'à oublier ce principe, qui est la base de tous les systèmes véritablement artistiques ?
Toujours est-il que nous n'avons pas la possibilité de dire avec certitude quel a été l'inventeur de la notation musicale des Hellènes. Au surplus, cela importe peu, car une notation ne s'invente pas ; elle est le produit, en quelque sorte spontané, des besoins intellectuels d'un peuple; elle s'impose à tous, sans qu'il soit besoin d'apôtres ou de représentants pour la propager.
On prétend donc que, vers l'année 53o avant J.-C., Pythagore fit connaître les lois fondamentales de l'acoustique, et entreprit la réforme qu'on lui prête; mais, quoi qu'on veuille aussi qu'il ait préconisé la théorie de l'octave par l'adjonction d'un huitième son à l'heptacorde, il n'en est pas moins avéré qu'avant lui ses concitoyens connaissaient la division par octaves, et que, par une inconséquence inexplicable, ils divisèrent l'échelle générale en tétracordes, ou suite de quatre sons formant un intervalle de quarte juste, commençant toujours par un demi-ton, et ainsi décomposé :
Demi-ton. Ton. Ton.
L'échelle des sons qui sert de point de départ à la doctrine musicale des Hellènes, et qui, pris de l'aigu au grave, ressemble à notre gamme mineure, contient quatre tétracordes, savoir :
i° Le tétraeorde hypalon ou des cordes graves ;
2° méson ou des cordes moyennes ;
3° diézeugménon ou des disjointes ;
h° hyperboléon ou des aiguës.
Ces tétracordes sont ainsi disposés :
TF
Hypaton.
HT
JQT
Méson.
Diézeugménon.
Hyperholéon.
On voit que ces quatre tétracordes se succèdent de deux manières : dans la première, ils sont reliés par un son commun : la note supérieure du tétra-
Rochefort, Mémoires sur la musique des anciens, où l'on expose le principe des proportions authentiques, dites de Pythagore, elc. Paris, 1770.
Manuale harmonie. Ht». Il, apud Meibomius, p. 9. Voir aussi Roëckh, De metris Pindari, III, vu, p. 2o5. Leipzig, 1811. Cf. également Requeno, Saggio sul ristabilimento deWartc armonica de' greci e romani cantori. Parme, 1798, 2 vol.
corde grave devient la note inférieure ou fondamentale du suivant ; en ce cas, on les ait conjoints. Dans la seconde manière, il y a l'intervalle d'un ton entre deux tétracordes successifs, et alors ils sont disjoints. Les tétracordes hypaton eïmëson, les tétracordes diézeiigménon et hyperboiéon sont conjoints; il y a disjonction, au contraire, entre les tétracordes méson et diézeugménon.
A cette série de quatre tétracordes on adjoignit une cinquième corde au grave, que l'on nomma proslambanomène, c'est-à-dire et ajoutées, et cette série de quinze sons forma ce qu'on appela le système parfait.