‹ Histoire de la nouvelle hérésie du 19e siècle :; ou, Réfutation complète des ouvrages de l'abbé de La Mennais (volume 2)Chapitre 10 sur 51 · PRÉLIMIN AIRE . XXXI · texte numérisé non relu

PRÉLIMIN AIRE . XXXI

cipes de l'ordre social, commander la licence et la révolte sous le nom de liberté, répandre le mensonge et la calomnie contre les pontifes sacrés et les princes de la terre y en présenter l'autorité sainte comme l'œuvre du péché et comme puissaiice de Satan , aflfecter partout le langage de l'Ecriture sainte , et , par une audacieuse perfidie , faire plier ce langage, qui est celui de Dieu, k inculquer ces utopies , comme s'en plaint l'interprète sacré de la doctrine chrétienne, le pape Grégoire XVI dans sa dernière encyclique (1) : quelle hérésie fut jamais plus vaste et plus criminelle ? c'était celle des fougueux sectaires du xiv^ siècle , qui couvrirent l'Europe de ruines et de cendres.

Ce qui rend une opinion dangereuse , c'est moins son opposition avec les principes de la foi et de la morale , que la confiance qu'on lui accorde j c'est sa propagation et

(1) Encycl. du 25 juin 1734.

XXXn DISCOURS

le nombre de ses sectateurs. Or, c'est là surtout ce qui excitait nos alarmes. La doctrine de M. de La Mennais , nous dit un de ses disciples les plus ardens, bien que repoussée par le corps épiscopal, avait fait néanmoins de nombreuses conquêtes parmi les ecclésiastiques du second ordre , que l'exercice du saint ministère met en point de contact journalier avec les habitans des villes et des campagnes. C'était , de l'aveu du même écrivain , une puissance élevée dans le sanctuaire k côté de l'autorité épiscopale, et souvent supérieure a la sienne (1), Elle exerce sur une portion considérable de la Jeunesse cléricale un ascendant presque irrésistible (2). Avant qu'il n'eût publié ses Paroles cVuii Croyant y M. de La Mennais était encore a l'apogée de sa gloire , et peut-être que l'autorité même des cen-

(1) M. Lacordaire, Considérât., etc., p. 36, 37.

(2) M. Boyer, Examen du, Syst., etc., préface, p. xxxr.

PRÉLLMIXAIRE. XXXIII

sures dont sesprécédens écrits étaient l'objet, n'eût pas prévalu contre la séduction qu'ils avaient entraînée. 11 n'y avait que lui qui pût se détrôner lui-même. S'il est vrai que le trait le plus marqué du caractère de M. de La Mennais fut l'esprit de prosélytisme, jamais novateur n'eut plus que lui a s'applaudir de ses succès. Il est bon d'entendre k cette occasion un critique qui paraît l'avoir bien connu. « Ce besoin de domination qui « l'a toujours travaillé , cette espèce d'at- « traction presque invincible qu'il a exercée, « dès le commencement même de sa car- « rière , sur presque tout ce qui était jeune, « intelligent et curieux de l'avenir , cette t< soif de conquête entretenue par des vic- « toires dont la dernière en appelait pres- « que toujours une autre plus glorieuse en- (f core , cet apostolat intellectuel , en exal- « tant sans mesure en lui la conscience (f d'ailleurs si profonde de sa force , a été , « ce nous semble , l'une des causes les plus

XXXrV DISCOURS

te actives de sa renommée. » Ce n*est j>as tout; et par ce qui suit on verra si nous avons tort de craindre que son école ait déserté son drapeau. « Ce Louis XI f^ de « la pensée ( poursuit l'écrivain que nous « citions,) avait bien compris qu'il ne lui était « pas bon d'être seul; il a eu peur d'un nom « solitaire, et, comme ces astres qui n'appa- « raissent dans le ciel qu'environnés de « leurs satellites, il n'a voulu se montrer au « monde qu'au milieu d'une garde nom- « breuse et puissante, qui consentît à n'être <f grande que par lui, et a confondre k ja- « mais sa force dans sa force et sa gloire f< dans sa gloire (4). »

Je le demande encore : Nous étions-nous exagéré a nous-mêmes les dangers de la doctrine nouvelle et de son école ?

Que si l'imputation d'hérésie fait peine à M. de La Mennais et a ses partisans, qu'il

(1) Tiinn?, l'Univers religieux, n. 184, article: Bu Livre de M. Lacordniro.

Page 1