‹ Histoire de la nouvelle hérésie du 19e siècle :; ou, Réfutation complète des ouvrages de l'abbé de La Mennais (volume 2)Chapitre 15 sur 51 · XL DISCOURS · texte numérisé non relu

XL DISCOURS

repose sur le clog?ne athée de la souveraineté primitive et absolue du peuple. Parlant de Tégalité : « Le système de l'égalité absolue « n'est au fond qu'un système de destruction « absolue (1). » Dans le même ouvrage : « Point d'ordre social sans hiérarchie , de « société sans pouvoir et sans sujets , sans K le droit de commander et le devoir « d'obéir (2). ;>

Une opinion aussi prononcée peut-elle jamais revenir sur ses pas? Oui, M. de La Mennais nous en a donné la preuve. La pensée dominante de son journal de l'avenir sera de montrer que la souveraineté du peuple est de droit divin ; que c'est par la voix du peuple, par l'élection de tous que Dieu fait les rois; et ses Paroles d'un Croyant nous apprendront qu'il n'y eut jamais de princes légitimes que ceux qui ont été choisis par le

0) Essai, t. I , p. 3^i8. Tout le chap. x de Touvrage est employé ù cette démonstration. (2) Ibid., p. 33J .

PRÉLIMINAIRE. XLl

libre consentement des peuples. Encore n'est-ce là qu'une transition pour arriver k les déclarer tous oppresseurs, tyrans affamés de larmes , de sang , de rapines , assassins des peuples ! Le même homme qui a fait de la liberté une idole a laquelle tout doit être immolé, même ses propres sacrificateurs (1 )j le même qui a déclaré si énergiquement que la liberté de conscience était un des droits les plus imprescriptibles de l'homme , c'est lui qui affirmait que tolérer tous les cultes, c'était les mépriser tous également, et que, s'il est permis désormais à l'athée de professer publiquement son impiété, il ne le sera jamais de reconnaître les libertés gallicanes, sous peine de renverser tout ordre religieux

(1) « S'il est quelque chose de grand sur la terre, « c'est la résolution ferme d'un peuple qui marche « à la conquête des droits qu'il tient de Dieu ; qui « ne compte ni ses blessures, ni les jours sans repos, « ni les nuits sans sommeil , et qui se dit : Qu'est-ce « que cela ? la justice et la liberté sont dignes de a bien d'autres travaux. » Paroles d'un Croyant ^ p. 216.

XLD DISCOURS

et politique. En changeant de langage , M. de La Mennais ne changeait point de système. Révolutionnaire au service d'une vieille cause^ il ne fait qu'embrasser la nouvelle (1). Provocateur, à l'en croire, de la Révolution de Juillet, il n'en était pas moins son plus violent ennemi. Une feinte réconciliation n'est pas toujours un sûr indice de paix. Ces fastueuses proclamations que l'on fait retentir le lendemaj,n d'une guerre aussi violente, pouvait-on, devait-on les accepter sans quelque défiance? Saint Ambroise a dit d'Auxence : « Cette peau de brebis, ne vous « y fiez pas ; elle cache un loup déguisé : Exuit lupuniy induit lupum. Ultramontain ou gallican, monarchiste ou républicain, catholique soumis en promesse à la voix du Souverain Pontife , aujourd'hui réfractaire opiniâtre aux décisions du Juge suprême; tour a tour , et souvent dans le même ou-

(1) M, L'IIcrrninier , Revuo des deux Mondes, 1" septembre 1834 , p. 5G0.

PRÉLEttlNAmE. XLIIl

vrage, soutenant le pour et le contre; panégyriste de la raison (1) et son détracteur le plus impitoyable ; sectateur fanatique de la tolérance , après s'en être montré le plus ardent antagoniste (2), « il a toujours pource suivi le même but , parce qu'il a toujours (c voulu arracher la société a sa tiédeur « égoïste, a sa corruption matérielle, depuis « son Essai sur V Indifférence jusqu'à ses « Paroles d'un Croyant, parce qu'il a toute jours voulu régénérer , ressusciter mora- « lement ce qui ne lui apparaissait plus que «r comme un cadavre (3). »

Et ne croyez pas qu'aujourd'hui çncore le fier athlète de la Ptéforme ait quitté son champ de bataille. Son disciple, M. Lacordaire, a grand soin de nous instruire que « jamais M. de La Mennais n'a été plus <e puissant qu'aujourd'hui. C'est Achille sous

(1) Essai sur l'Indiff., t. I, p 44

(2) Ihid., introd., p. 2o.

(3) Revue des deux Mondes , supr.

XLIV DISCOUUS

« la tente. M. de La Mennais règne encore : « un nouveau parti se forme autour de lui ; « des hommes distingués s'unissent pour le «• soutenir j plusieurs feuilles religieuses vont « se constituer plus ou moins ouvertement « ses champions (1). »

Quand l'erreur parle si haut, pourquoi la vérité garderail-elle le silence?

Convaincu que la vérité porte avec elle un caractère d'autorité qui frappe tous les yeux, indépendamment des formes qu'elle emprunte et du nom de celui qui en est l'organe, j'ai pensé que tout prêtre catholique 4iait appelé à défendre l'héritage de la foi et de la paix publique.

D'autres se sont présentés avant moi dans la lice. Signalons particulièrement a l'estime et a la reconnaissance publique les Examens de la doctrine de M. de La Mennais que MM. Rozaven et Boyer en ont publiés.

(1) Lettre rapportée dans l'Univers religieux ^ n. 211.

Page 1