MO HISTOIRE
rendu inévitables les sanglantes tragédies dont ses extravagans imitateurs allaient donner le speetacle au monde. Il suffisait a Muncer, aCarlostad, àStorck, de promener sur les cendres de la Souabe la bannière sur laquelle le patriarche de la Réforme avait écrit de sa main : Frères^ vous êtes appelés â la liberté': T'^ocati es fis ad libertatenijjratres. Il avait beau faire des livres sur le légitime usage de la liberté. Ses propres actes et les passions populaires leur donnaient un caractère tout autrement éloquent et persuasif. Luther du moins proteste contre les
insurrections. Nous verrons si M. de La
Mennais, armé du même principe, a respecté les restrictions que le fougueux Apôtre du xvi*^ siècle y avait mises lui-même ; et s'il avait réservé à ses feuilles de V Avenir et a ses Paroles d'un Croyant ses confidences sur les rapports religieux avec l'ordre civil et politique.
Déjà M. l'abbé de La Mennais avait
jeté le masque. Irrité des protestations que plusieurs évcques avaient faites contre ses doctrines, et plus encore de la demande par eux adressée au Roi pour qu'il voulûtbicn faire usage de sa royale autorité, a l'effet de mettre un frein a ses emportemens séditieux, M. de La Mennais publia ses Progrès de la Révolution. C'était un appel à toutes les passions populaires , un libelle diffamatoire contre tout ce qu'il regardait comme opposé à son rêve de civilisation universelle. L'ouvrage , déféré aux tribunaux , fut flétri par une sentence judiciaire. C'était deux ans avant la révolution de juillet. Profitant de la disposition générale des esprits en faveur des principes religieux, et d'un retour sincère à l'unité catholique , il avaif imaginé de se rendre plus agréable encore au Siège romain, en outrant ses prérogatives les plus incontestables, et d'enchérir encore sur les prétentions ultramontaines , abandonnées de tous les partis. Pour cela, il fallait re-
nouvclcr les idées de Grégoire VII et de Honiface Vlll , faire de l'autorité pontificale l'iinique puissance qui doive régir les hommes ; M. de La Meiinais l'entreprit. Tout devait céder li son génie , et la puissance de Bossuet , et les vieux souvenirs de la France, et les répugnances de Rome même h s'engager dans une querelle que sa sagesse avait toujours écartée. Encore lui eùt-on pardonné son exagération d'ultramontanisme j mais preclier l'indépendance absolue, armer les peuples contre tous les gouvernemcns, outrager la majesté royale sur tous les trônes, consacrer l'anarchie, anéantir dans ses bases tout l'ordre social: un pareil projet, trop clairement exprimé, réveilla les cœur^ chrétiens et religieux. On commença enfin a ouvrir les yeux sur les productions précédentes, et l'on découvrit que même V Essai su?' l'Indifférence couvait, pour ainsi dire , les doctrines anarchiqùes qui devaient éclore plus tard j que sonprin-
cipe fondamental de la raison générale n'était qu'une proclamation déguisée de la souveraineté populaire; son prétendu affranchissement de l'Église, qu'une révolte contre les rois et les magistrats; sa théorie de liberté indéfinie, qu'une conjuration, dont le but était le bouleversement de la société tout entière ; qu'en faisant de son témoignage universel une autorité vivante et infaillible , c'était forger une institution rivale de l'Eglise chrétienne ; en un mot , qu'après avoir appliqué aux sociétés civiles et dans toute sa rigueur, raxiome : Vox populiy vox Deiy plus tard il se verrait amené logiquement à l'appliquer h la société religieuse elle-même. De deux choses l'une : ou M, l'abbé de La Mennais n'avait pas mesuré la portée de son principe; et dans ce cas, que penser de cette profondeur de génie que lui supposent ses partisans? Ou il en avait calculé toute l'étendue; et alors, que penser de la conscience du prêtre qui se T. I. 29
dit catholique? Voyons si le dilemme va être résolu par le nouvel ouvrage que nous allons examiner. Chacun de ses livres sert en quelque sorte d'introduction a celui qui va suivre.
Etait-ce celui-là qui devait faire suite h V Essai sjxî' l'Indifférence y et en être le cinquième volume , comme l'auteur l'annonce dans une note (1). C'est la même intempérance de zèle frondeur et haineux, la même dureté de langage dans la poursuite du Protestantisme , du Philosophisme du dernier siècle , avec de plus violentes excursions contre le Gallicanisme. Les révélations s'y montrent plus à découvert , et la calomnie s'abandonne sans nulle pudeur aux plus violens excès.
Ce nouvel écrit , publié en 1 826 , dix ans après la publication de V Essai y en était la véritable continuation. Les questions qui y sont traitées tiennent au fondement même
(l) La Religion consirlérée , etc., p. 153 (note).
DE LA NOUVELLE HÉRÉSIE. 4i51
de l'ordre politique et de l'ordre spirituel ; aussi l'auteur lui donna-t-il pour titre : La
Religion^ considérée dans ses rapports avec l'ordre civil et politique.