‹ Histoire de la papauté pendant le 14. siècle avec des notes et des pièces justificatives par l'abbé J. B. ChristopheChapitre 3 sur 60 · PRÉFACE · texte numérisé non relu

PRÉFACE

Lorsque je commençai mes recherches sur l'histoire que je publie aujourd'hui, j'étais loin de songer à faire un livre. Le but unique de mon travail était de m'édifier sur un fait qui m'avait toujours paru singulier : la présence des souverains pontifes en France pendant soixante-douze ans. Sans savoir précisément en quoi les historiens se trompaient sur ce fait, je soupçonnais les uns de l'avoir mal compris, les autres de n'avoir pas cherché à le comprendre, de le juger du point de vue de leurs préventions plutôt que du point de vue de l'époque où il fut accompli. Je ne pouvais me persuader qu'un fait si considérable, si fertile en conséquences graves, n'eût d'autre cause d'existence que l'élection de Clément V comme la raconte Giovanni Villani, écrivain haineux et de mauvaise foi ; que la raison d'être de ce fait ne se trouvât pas plutôt dans les événements politiques dont Rome, dont l'Italie étaient alors le théâtre. Mon dessein primitif était donc de faire sur la translation du Saint-

iv PRÉFACE.

Siège à Avignon une dissertation où j'aurais discuté, plus longuement que ne Ta fait le Père Berthier, les motifs sérieux de cette révolution mémorable, dissertation que j'aurais ensuite publiée dans quelque Revue.

Mais, à mesure que je pénétrai dans l'intérieur de mon sujet, je le vis s'élargir devant moi, et je ne tardai pas à m'apercevoir que le déplacement d'une puissance comme celle de la Papauté pendant près d'un siècle avait dû être préparé par des événements qu'il importait d'interroger, qu'un fait de cette nature plongeait ses racines dans tout un ordre de choses qu'il était nécessaire de débrouiller si l'on voulait arriver à la vérité.

L'origine du fait une fois mise en lumière, l'ouvrage était à peine commencé. Ne fallait-il pas décrire ce fait, en exposer les détails, en montrer les rapports, la connexité avec l'histoire contemporaine? Les mêmes préjugés qui égaraient les historiens sur les causes de la venue des papes en France faussaient encore leurs appréciations sur le séjour que les papes firent dans ce pays. Chacun le considérait ou à travers ses antipathies nationales ou à travers ses préoccupations personnelles. Les écrivains italiens rappelaient la captivité de Babylone; les écrivains incroyants et réformés, un honteux esclavage imposé à la Papauté par la royauté française. On refusait à ce séjour toute grandeur, toute indépendance. Certes, nous sommes loin denier que la Papauté, transplantée loin de son siège naturel, se trouvât dans une position aussi favo-

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