‹ Histoire de la papautë pendant le XIV" sic̀cle, avee des notes et des pièces justificatives (volume 2)Chapitre 6 sur 44 · CÉLESTIN V · texte numérisé non relu

CÉLESTIN V

anarchie parut toucher à son terme. Benedetto Gaètani fut

porté, sous le nom de Boniface VIII, au siège que Célestin V, redevenu T humble ermite Pierre Morone, avait laissé vacant par une héroïque abdication. Ici nous devons commencer à raconter les faits avec plus de détails. Tout le monde sait comment, après la mort de Nicolas IV, le conclave, pour mettre fin à un interrègne qui durait depuis dix-huit mois» avait porté ses vues sur le pauvre cénohite que nous venons de nommer. Mais cette élection extraordiaaiie était à peine acceptée, que déjà le sacré collège reconnaissait son erreur. C'était Tautorilé du cardinal Latino Mallahrancâ qui avait, dans cette affaire, entraîné ses collègues (I) ; mais lui-même, naguère si profondément convaincu que la sainteté de Morone suflisait ;i hjut, ne tarda pas à partager leur sentiment sur le choix qu'il avait conseillé. L'incapacité de Gélestin V éclatait dans ses moindres actes. Arraché tout à coup aux extases de la contemplation, étranger au nioude, à son mouvement, à ses passions, r expérience des hommes et des choses lui manquait. À laspect de ce corps exténué par les macérations, de cette nàture abîmée dans les profondeurs de la prière, de cette nalure palpitanle de rameur divin et déjà céleste par l'habitude de ses communications avec Dieu, on aurait dit un ange ; mais, pour occuper la place éminente du vicaire de Dieu sur la terre, c'était un homme qu'il fallait, et un homme juil ic à tous les mystères, à tous les besoins, à tous les ressorts de la vie humaine. Pendant qu'enfermé dans une cel* Iule qu'il s'était fait construire dans l'intérieur même de son palais, il vaquait à l'oraison, comme s'il eut habile sa chère solitude de Sulmone (2), tout était en confusion

(1) Ptolomœi Lucensiâ Hist. eccles., c. xu. — Opus metricum card. S. Ueorgii, 1. Il, c. i.

(2) Fabricata iulra palatium iignea camerula, concludebat removebatque

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dans le gouvernement de l'Église. Les curiaux abusaient

de son autorité pour sanctionner des actes iniques, simoniaques. Les mêmes grâces étaient accordées à deux, trois, quatre personnes à la fois, et Ton employait à ce trafic scandaleux des parchemins marqués en blanc du sceau pontifical (1). Lui-iiiènie ne savail refuser aucune demande, et dispensait sans le moindre discernement les dignités ainsi que le trésor ecclésiastiques (2).

Charles II, dit le Boiteux, roi de Naples, aperçut bientôt ce qu'il y avait à *^agnor ])our la maison d'Anjou avec un tel pontife, incapable, vu sa simplicité, de calculer la portéede ses actes. U réussit d'abord àTattirer à Maples (3). Là. entourant le faible vieillard de conseils intéressés auxquels il savait habilement prêter la couleur du bien général de rÉglise, il lui fit faire une promotion de douze cardinaux, choisis parmi ses créatures les plus dévouées (4). Puis, sous le préLexle spécieux de prévenir le retour d'un iiUer règne comme celui qui venait d'alïliger l ÉgUse, il rengagea à renouveler la constitution de Grégoire X sur la rigueur du conclave. Ce décret fut immédiatement suivi d'un autre, par lequel le pape déliait Charles du serment qu'il avait fait, sur la demande des cardmaux, de ne point

se à lurbis hominuiti, vacans Deo solum instausque orulionibus. (Maphxus Vegius, in Vita Celcstini V.)

(I) Ilinc factum est ut Celestinus deciperetur. . i)iûpter inexperientiani regiininis, circa fraudes et versulias, quiLus curiales nuilluin valent. Uiuie iiiveniebantur LTrafioc faclaî tribus, ([uatuor vcl pluribus })rrsonis; inembrana cliam vacua, sed buUaUi. (PtoloiUtei Luc, Hist. eccles.. 1. XXIV,

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