CHAPITRE VI
Quelques personnes célèbres d'Yamachiche.
L'ABBÉ AMABLE DUuCHAINE.
NN ‘ABBÉ Jean-Baptiste Daveluy, prêtre distingué, et NE" le savant ecclésiastique Amable Duchaine, furent les deux premiers enfants d'Yamachiche e:.trés dans les rangs du clergé. Ils ont été les précurseurs de cette pléiade de religieux qui ont fait rejaillir tant de gloire et d'honneur sur leur vieille paroisse natale. L'abbé Amable Daniel Duchaine naquit à Yamachiche, le 27 mai 1774, du mariage de Jean-Baptiste Duchaine et de Marie Paquin. Il appartenait, par son père, à la famille Lesieur Duchaine, qui a joué un rôle bien important, à la fin du siècle dernier, dans la paroisse, et qui avait hérité d’une partie de l'ancienne seigneurie de Charles Lesieur, On voit, dans l’Histoire du Séminaire de Nicolet, que l'abbé Duchaine a été professeur, dans cette inotitution, de 1804 à 1806. L'’illustre évêque Provencher fut un de ses élèves.
Voici ce qu’on lit, à son sujet, dans le Dictionnaire Historique de Bibaud, ouvrage publié en 1857 :
‘ Duchaine (l'abbé) savant clerc minoré décédé dans un âge avancé en 185, a été durant de longues années le seul canadien
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qui s’occupât ex professo des sciences exactes en dehors des collèges de la Province, Après avoir enseigné la théologie dans le Canada Supérieur, il fit plusieurs inventions ou perfectionnements, construisit des ponts et fournit les églises et édifices publics de paratonnerres, Il prépara aussi durant longues années le calendrier, I1 traduisit, compila ou compo:a de nombreux traités sur la Grammaire, la Géographie, la Chronologie, l'Histoire, les Belles-Lettres, les Mathématiques, l'Astronomie et la Physique qui, malheureusement ne servirent qu’à lui-même dans sa carrière enseignante, car il n'a jamais fait imprimer de livres. Sur la question de l'éducation, il précéda ceux qui s’en sont occupés comme le Docteur Meilleur et le juge Mondelet, et même M. Perreault; témoin son plan remarquable imprimé duns l'Encyclopédie canadienne, cahiers de janvier et de février 1843, et alors déjà vieux de vingt ans. M. Barthe dit en pailant du clergé canadien dans le Cinada Reconquis, publié à Paris : ‘“ Ce corps a compté parmi ses savants un abbé modeste qui a vécu et est mort dans la retraite, l’abbé Duchaine, voué à l'éducation de la jeunesse et à l'étude silencieuse des sciences, dont il approfondississait les artancs, comme cet évêque d'Avranches, Huet, au sujet duquel les paysans, qui le trouvaient toujours à l'étude, exprimaient si naïvemont leur surprise qu'on leur cût envoyé un évêque qui n'avait pas encore terminé ses études, ” L'abbé Duchaine mourut à Montréal.
L'ABBÉ FRANÇois L. DESAULNIERS.
C'est le physicien, le philosophe et le mathématicien par excellence du collège de Nicolet, Il naquit à Yamachiche, le 5 avril 1807, du mariage de François Desaulniers et de Charlotte Rivard Dufresne, Parmi ses confrères de classe, à Nicolet, l’on remarquait M. le chanoine Boucher, ancien curé de Louiseville, feu M. le curé Fortier, de Nicolet, et feu M. Louis Lamy, un des plus honorables cultivateurs d'Yamachiche, Voici la notice écrite à son sujet, dans :’ Histoire du Séminaire de Nicolet, publiée en 1866:
‘A l’âge de douze ans, il fût envoyé à Nicolet pour y faire ses éudes qu’il termina avec un grand succès, en 1827. Ayant embrassé l’état ecclésiastique, on lui confia bientôt la classe de rhétorique, puis celle de philosophie, jusqu'à son départ pour
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l’université de Georgetown, en 1833 L'année suivante, il revirt avec le déyré de Muître-ès-Arts, et continua à professer la philosophie jusqu’en 1863. Résignant alors sa charge de professeur, il put jouir désormais d’un repos nécessaire à sa santé, en même temps que mérité par trente-cinq annétsde travail et d'étude, Ce repos ne fut pas, toutefois, sans profit pour le séminaire, car M. Desaulniers entreprit de réunir les noms de tous les élèves de cette institution, avec le lieu ce leur naissance où résidence, ‘époque de leur entrée et sortie, uinsi que leur état ou professiun. Il se proposait aussi d'écrire une histoire de la maison, lorsqu'il aurait terminé la liste des élèves, mais 1: mort ne lui permit pas même de recueillir les renseignements qui pouvaient servir à cet ouvrage,
‘M, Desaulniers doit être considéré comme un illustre bienfaiteur du Séminaire qu'il a illustré par sa science et rendu prospère, par son dévouement, Peu d'hommes, en effet, parmi ceux qui ont jeué un rôle important dans cette Æistoire, se sont sacrifiés avee autant de zèle pour la sainte cause de l'éducation. Afin de bien comprendre la grandeur de son sacrifice, il faut se reporter au temps critique qu'il rencontra au début de sa carrière. Lorsque l'avenir paraissait sombre et menaçant, que tous prédisaient la ruine prochaine de l'établissement de Nicolet, il eut le courage d'embrasser sa destinée, bien décidé à sortir victo. ricux de ja lutte, ou à succomber au poste d'honneur, Le combat fut long, la victoire longtemps iädécise, Enfin ie calme revint avec la prospérité, et M. Desauluiers put voir, avant de mourir, que ses généreux efforts avaient été couronnés de succès,
“ La difficulté des temps n'est pas la seule qu'il ait eu à supporter, Car les obstacles qu'il rencontra comme professeur, ne furent ni moins grands, ni moins durables. Il est même étonnant qu'il ait supporté d’une manière aussi constante, ls nombreuses fatigues de sa position, Obligé d'enseigner, pendant plus de trente ans, les différentes branches de la philosophie, il remplissait en outre, la charge de directeur et de procureur, en l’absence de ces derniers; de sorte qu'il n'avait point de repos, De plus, comme re n’était pas alors chose facile de se procurer les auteurs nécessaire à l'enseignement dans les maisons d'éducation, il lui fallait redoubler d'activité, pour obvier à cet inconvénient. C’est pourquoi, après avoir passé la journée entière dans le pénible exercice de ses fonctions multipliées, il passait une partie de la
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nuit à préparer les cours du lendemain Seul, dans une chambre étroite, loin du bruit et de l'applaudissement des hommes, il consacrait sa vie au service de la jeunesse dont l'enseignement lui était chère, De tels exemples si sont rares dans notre siècle d'égoism”, que leurs auteurs doivent être placés au nombre des bienfaiteurs de l'humanité.
“La science de M. Desaulniers ne le cédait point à son dévouement, Non seulement elle était connue de ses élèves mais elle était connue de la classe instruite du Bas-Canada, Quoiqu'il eût acquis une légitim® réputation dans les sciences et les lettres, c'est surtout dans les mathématiques qu'il excellait; et à cet égard on peut dire qu'il n'avait pas de supérieur dans ce pays. Le Gnuvernement de ja Province lui fit l'honneur de le consulter, comme mathématicien, en plusieurs circonstances,
‘“ Ses connaissances historiques étaient aussi très étendues. Il avait particulièrement approfondi l'histoire du Canada, ainsi que l'origine et la lignée des principales familles canadiennes,
‘# Comme professeur, M. Desaulniers n’était pas moins remarquable, Doué d’une mémoire prodigieuse et d'une rare intelligence, il savait toujours intéresser ses élèves, en même temps qu'il leur rendait faciles les matières les plus abstraites; car son expression juste et concise portait avec elle la lumière dans l'esprit de ses auditeurs ; et c'est de lui, à coup sûr, que Boileau a pu dire :
Ce que l’on conçoit bien s’énonce clairement, Et les mots pour le dire arrivent aisément.
‘ Dans la conversation ordinaire, il intéressait encore davanvantage; Car, à part son langage correct et élégant, il amusait par l'originalité de ses remarques, la finesse de ses saillies et l’action particulière qui le distinguait dans la chaleur du discours, Ami de la discussion qu’il provoquait volontiers, il était toujours un jouteur redoutable, même lorsqu'il avait à défendre le côté faible de la question. Le ridicule devenait alors une arme terrible entre ses mains; et plus d’une fois, un seul mot lui suffit pour désarmer un adversaire déjà sûr de la victoire.
“ Malgré sa science et sa renommée M. Desaulniers était humble comme un eñfant. Cette humilité dégénérait quelque fois en une certaine bonhomie qui le faisait chérir encore plus de ceux qui vivaient avec lui, Aussi ses nombreux élèves lui demeu-
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rsient-ils sincèrement attachés, Après leur sortic du Séminaire, ils s'estimaient heureux de rencontrer leur vieux professeur qui, de son côté, se montrait extrêmement sensible à cette marque d'attention de leur part, et sa joie était grande quand il reconmaissait en eux dos hommes remarquables par leurs talents et leur position d'ins la société ; car c'était la seule récompense qu'il ambitionnait ici-bas pour toute une vie consacrée à l'éducation de la jeunesse,
M. Desaulniers mourut sous-diacre, La crainte que lui inspirait les fonctions du sacerdoce l’empêcha toujours de recevoir l’ordre de la prêtrise.”
Lors de la 'grandé réunion des anciens élèves de Nicolet, en 1866, parlant des hommes célèbres de cette maison, le vénérable évêque des Trois-Rivières Mgr L. F, Laflèche disait, au cours de son discours, parlant du vieux professeur :
“ Ilest encore un homme dont le mérite n’a peut-être pas été assez connu au debors, parce qu'il a toujours eu le soin de se dérober aux regards du public: caché dans l'enceinte de cette maison cowme le fruit derrière les feuilles, pendant trente ans, il a nourri de la sève substancielle les sciences philosophiques plus de la moitié des générations qui ont passé sous ce toit, Dans une circonstance solennelle j'ai eu occasion de dire que cet homme distingué avait fait pendant ce temps, l'ouvrage de quatre hommes. Hélas! j'étais loin de me douter alors que la cruelle mort dût nous le ravir si tôt. Quel est celui d’entre vous qui ne reconnait dans cet homme modeste et laborieux M. François Desaulniers! Cenom est deux fois heureux et iilustre par les services rendus dans les hautes sciences, Quel est celui qui n'a pas ressenti, en apprenant sa mort, la douleur qu'on éprouve à la perte du plus sincère comme du plus véritable ami ? ”
Perrus Hugerr, N, P.
Sous ce titre, le 6 avril 1882, feu l'hon. E. Gérin publiait les lignes suivantes, dans le Constitutionnel des Trois-Rivières :
L'ange de la mort est venu frapper de son aile inexorable un de nos plus estimables citoyens, Le ler avril avant midi, entre onze heures et midi, M. Hubert s'était mis à écrire une lettre sur le pupitre de son fils, M. P. L. Hubert, pendant que celui-e
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étuit momentanément occupé en dehors de son bureau, Une vieille femme étant entrée dans le bureau pour se recommander à la providence de la Saint Vincent de Paul dont les MM. Hubert, père et fils, ont toujours été les piliers, aperçut le vénérable vieillard étendu à côté de la table, sur le parquet, Elle crut qu'il dormait et attendit tranquil.ement l’arrivée de M. Hubert, fils, qui, en voyant son pète gisant à terre, comprit tout de suite la gravité de la situation et envoya en toute hâte quérir prêtre et médecin. {l était trop tard: tout était fini. Néanmoins le prêtre crut entrevoir un dernier signe de vie et lui administra le sacrement des mourants. M. Hubert avait succombé à la paralysie dont il avait entrevu les syriptômes avant-coureurs depuis quelque temps.
Cette mort, quoique soudaine, n’est pas affligeante comme tant d'autres. M. Hubert se préparait depuis longtemps à la mort et dans sa foi vivace, il l’invoquait avec une douce ardeur et une picuse soumission à la volonté du Tout-Puissant, Quelques jours auparavant, il racontait à sai famille qu’il avait prié lu Sainte Vierge de venir le chercher durant la présente année. Toute sa vie, il a pratiqué les œuvres de piété d’une manière exemplaire, müis plus particulièrement dans ses dernières années, où il avait à peu près mis de côté les préoccupations te :estres pour ne s’occuper que des choses de l'autre vie.
Son esprit fut toujours droit et son cœur était rempli d'une bonté exubérante, Touchante coïncidence! La mort a tranché le fil de ses jours pendant que, la main à la plume, il épanchait dans le sein d’un ancien ami les derniers vœux d’un cœur plein d’affectueuse souvenance.
Cette lettre, qu'il était à écrire et que la mort est venu interrompre par un point final solennel, le peint en quelque sorte tel que l’ont connu ses amis, et nous ne pouvons résister au désir de la publier, dût-on nous accuser d’indiscrétion.
L'on ne manquera pas de remarquer que la mort a arrêté la main de l’auteur, au moment où il disait combien vite les amis disparaissent, Voici cette lettre :
HI£ETOIRE D'YAMACHICHE 249 ‘“ Les Trois-Rivières, ler avril 1882.
“ Messire N. ITÉBERT, Ptre curé ‘“ Kamouraska, P, Q,.
Cher ancien ami,
‘ À la veille de laisser le séjour terrestre pour passer à l'éternité, terme de notre pélérinage sur la terre, aujourd’hui ler avril 1882 dans la 72ème année de mon âge, votre souvenir, qui date de notre séjour contemporain au collége de Nicolet en 1827 et quelques années précédentes, (je ne vous tutoie plus, vu le respect que m'inspire votre dignité ecclésiastique, dignité que j'ai toujours aimé à respecter) me porte à vous adresser quelques mots en ce moment, persuadé que cela ne vous sera pas désagréable et que vous serez assez bon, comme à l'ordinaire, pour me pardonner J’apparence de l'oubli que mon silence passé a dû faire naître; mais, ma pensée un peu paresseuse, n’a jamais tourné le dos à l'ami de mes jeunes années, alors que notre bien-aimé directeur, Mons. J. 0. Leprohon se plaisait à nous associer dans les cérémonies du culte à l'église ct ailleurs. J'ai toujours considéré le temps du collége comme la plus belle époque de la vie, bien que je ne puisse dire que mon passage dans le monde, depuis ma sortie des études, ait été w .rqué d'aucun incident fâcheux, sauf les épreuves inséparables de la vie in hac lacrymarum valle.
‘“ Au commencement de juillet dernier, j'ai eu l'agréable surprise de la visite de nos anciens contemporains, les Mess: Léandre et Théophile Brassard, prêtres et anciens curés, retirés du service après de longues années de mérites dans le ministère ; nous avons passé ces courts instants à parler de nos années de collége, de nos compagnons de jeunesse, de vous en particulier ct des autres; ces souvenirs nous rendaient heureux! De tous ces compagnons les trois quarts sont disp ”
M. Pétrus Hubert est né à Yamachiche, le 19 août 1810, Sa maison paternelle était droit en face de l'église, sur la belle terre que possède aujourd'hui le Dr, Desauluiers, M. P, Après ses études, au séminaire de Nicolet, il étudia je notariat sous la direction de feu M. Valère Guillet, qui venait alors de s'établir à Yamachiche,
Reçu notaire, le 20 juin 1834, M. Hubert s’adonna avec persévérance à l'étude de sa profession et devint bientôt l’un des no-
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taires les micux renseignés et les plus fiables, Les livres étant relativement rares à cette époque, M. Hubert prenait des notes volumineuses sur tout ce qu'il lisait et réunissait méthodiquement en volumes manucrits, les extraits de nos ouvrages de droit et de jurisprudence, Pendant de longues années, il a fait partie de la chambre des notaires du district de Trois-Rivières et depuis la réorganisation de la profession, il a, durant six années, fait partie de la chambre provinciale des notaires,
Lors de la discussion, sur cette réorganisation de la profes sion, M. Hubert publia uue étude remarquable sur Les lois organiques et la jurisprudence du Notariat, qui a servi de guide à la nouvelle législation, Depuis lors, M. Hubert a publié le Manuel du Notaire, ouvrage estimé et recherché,
Lors de la loi de M, Chauveau nommant des inspecteurs d'écolcs, M, Hubert fut nommé pour la partie nord de notre district. Pendant vingt cinq ans, il en a rempli les devoirs avec une bienveillante vigilance et une régularité conscioncieuse,
Quand il s’en vint demeurer à Trois-Rivières, en 1857, il était en outre, depuis bon nombre d'années, maître de poste, à Yamachiche.
A Trois Rivières, il ne tarda pas à conquérir l'estime des hommes d'affaires, et sa clientèle se recruta bientôt parmi les principaux négociants et les Banques.
Tout en donnant la plus grande partie de son temps et de son labeur aux devoirs de son état, M, Pétrus Hubert a toujours pris un vif intérêt aux affaires du monde, à la politique, aux nouvelles, à la presse, Correspondant zélé des journaux libéraux, du temps que M. Papineau représentait le comté de St Maurice, M. Hubert a ensuite tempéré son ardeur, et, tout en prenant souvent une part active aux débats de la presse, il s'occupait généralement de questions spéciales en dehors des animosités politiques, Sous un extérieur ealme et composé, il cachait un esprit toujours en éveil et s'intéressait à tout ce qui peut développer l'intelligence humuine,
Le 24 janvier 1837, M, Petrus Hubert avuit épousé demoiselle Apolline Rivard-Dufresne, qui lui survit, ainsi que neuf enfants. sur douze qui sont nés de leur mariage. Sur ces neuf enfants, trois demoiselles sont consacrées au Seigneur, l'une chez les carmélites d'Hochelaga, une autre chez les Sœurs Grises, et la troi-
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sième est la révérende sœur Jean Berchmann, de l'asile de la Providence, des Trois-Rivières, L'uîné de ses fils est son successeur et le continuateur des glorieuses traditions paternclles. EE + L'ABBÉ Is4aAC L, DESAULNIERS, V. (Gi,
Dans son ouvrage Biographies et Portraits. M, L, O. David & publié une excellente biographie de feu le grund-vicaire Isaac Stanislas Lesicur Des iulniers, Trop lougue pour être reproduite en euticr, en voici des extraits, avec peu de modificatio 8 :
‘ On loue souvent le mérite des hommes qui ont illustré leur pays, par l'état de leurs talents et de leurs vertus, et on oublie ceux qui ont formé l'intelligence et le cœur de ces hommes remarquables, Pourtant, la vérituble grandeur n’est pas toujours dans le bruit et l'eclat du monde ; on la trouve dans la solitude, dans les humbles fonctions de l'enseignement,
# Voulant rendre hommage à cenx qui ont tant fait pour le. peuple canadien cn l'instruisant, je me suis arrêté devant la grande figure de Messire L8S, Lesicur-Desaulniers, ancien supérieurfdu collège de Saint-Hyacinthe, J'ai reconnu, après avoir étudié sa vie que c'était une grande âme, une des gloires les plus pures de l'éducation, en ce pays.
€ MfDesaulniers naquit à Yamavhiche, le 28 novembre 1811, Îl tenait par son père’et sa mère, aux sources les plus fécondes de notre origine ; son père et son grand-père maternel avaient siégé dans notre parlement,
“ La leçon ordinaire ne suffisait pas à son besoin de savoir à son esprit curicux et indépendant, Il prenait plaisir à résoudre les questions les plus abstraites, Un exemple feru voir combien il aimait la discussion, la controverse :
“ IT avait un frère, doué comme lui, de talents remarquables, et qui fût l’une des gloires du collège de Nicolet :
“ Un soir, sa mère, Maduine Desaulniers aperçut deux furmes qui s'agittuient, vers le soleil couchant, et se démenuient pour trouver la preuve au’ils soutenaient l'un contre l'autre,
M, Isaac Desaulniers étant venu de Srint-HMyacinthe faire visite à son frère qui enseignuit la philosophie à Nicolet, ils s'étaient entendus pour aller ensemble passer une journée duns leur
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famille. Ils venaient de traverser le fleuve, lorsque l’un d'eux se mit à tracer sur le sable un problème qui le préocupait,
L'autre, ayant dit, en le regardant taire, que ce n'était pas vrai, une discussion s'était engagée. Lorsque leur mère les apergut, ils discutaient depüis le midt, ”
En 1862, il visitait l'Europe, servant de mentor à l'honorable M. Rodrigue Masson, ancien lieutenant-gouverneur de Québec, aujourd'hui sénateur, à Ottawa. A son retour Mgr Bourget le chargcait d'aller s'opposer aux malheurs causés par l'apostat Chiniquy, aux [Hllinois, N'ayant pas réussi à faire revenir sou indigne confrère de classe à Nicolet, do ses erreurs scandaleuses, il revint à Saint Hyacinthe, pour ne plus en sortir, M. Béchard député d'Iberville au parlement d'Ottawa, nc tarit pas en éloges, sur lo rôle délicat joué par feu le grand-vicaire Desaulniers, dans ces lointaines contrées,
Depuis, M. Desaulniers a été le grand in«pirateur des idées pratiques qui ont fait du cllègs de Saint-Hyacinthe, ce qu’il est aujourd'hui,
“ À ceux qui lui reprochaient de ne pus écrire, de ne pus faire de livres, il répondait par ces belles puroles : #“ C'est vrai, je n'écris pas, mais j'espère avoir Jaissé, dans l'esprit et le cœur de mes élèves ce que je pensais : ‘ mes élèves serant mes livres.” J'ai dit qu'il n'écrivait pas; cependant, ce qu'il n’a pas vouln faire pour le pablic, il l'a fait ne ir le collège de Saint-Hyacinthe, Il a laissé une belle traduction d'une grande partie de la Somme philosophique de S° Thomas, des cahiers de notes et d'analyses sur toute espèce de choses, et un Traité des Obligations sur nos statuts, Car, il faut dire que, non content d'enseigner la physique, les mathématiques, l'astronomie, la chimie ec la philosophie, il avait établie une chaire de droit pour les philosophes. ….
“M. Desaulniers, dont les yeux paraissaient si bons, ne voyait pus le rouge. Est-ce pour cela qu'il l’aimait si peu, en politique ? Il avait un grand respect pour l'autorité civile, et ses relations amicales, avec les premiers hommes du pays, furent d’une grande utilité au collége de St-Hyacinte,
“Vers les andécs 1849 et 1850, i] faisait devant l'Institut Canadien de Montréal, des lectures qui eurent du retentissement,
“Il n'y a pas longtemps encore, il nous était donné de goûter à son enseignement philosophique, C'était au cabinet de
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Lecture Paroissiale ; il avait pris pour sujet de son discours : l'Etre, C'était un thème aride et peu attrayant ; et cependant l'auditoire était ravi, Quelle science ! Quelle science lucidité d’intelligence ! Quelle clarté d'expression... .…
“ De pareils hommes re devraient pas mourir, du moins pas dans la vigueur de l’âge, lorsque le monde recueille abondamment le fruit de Jeurs travaux, Malheureuseument, ce sont toujours ceux-là qui s’occnpent le moins de prolonger leur vie,
‘“ Pour montrer à leur bicn-aimé professeur combien il s'intéressaient À sa précieuse existence ct lui permettre de conserver sea forces par un exercice noble et salutaire, les anciens élèves de St-Hyacinthe lui offraient, en septembre 1864, un magnifique billard, M. Desaulniers fut sensible à ce témoignage d'estime si plein d'opportunité,
‘ C’est près de ce billard, qui lui rapnelait de 8i doux souvenirs, que le 30 avril 1867, il fut atteint de la maladie qui le conduisit au tomboau, Il se hâta de profiter du temps qui lui restait à vivre pour assurer l'avenir du collége de St-Hyacinthe, T1 mourut l'année suivante.
“Le pays tout entier comprit la perte qu’il venait de faire. Quel concert unamine de regrets et d'éloges !
“L'illustre défunt avait dit que ses élèves seraient les livres, il aurait pu ajouter qu'il auraït, dans leur souvenir, un monument plus glorieux et plus durable que la pierre qui couvre sa tombe.”
MR. Josepn BETTEZ, M. D,
Monsieur le Docteur Bettez, de Somerset, comté de Mégantie, est le plus ancien médecin des (‘ tons de l'Est, Lu fumille Bettez, qui a joué autrefois un grand rôle à Yamachiche, est d'origine anglaise, Mais, il est assez probable que les membres de cette famille, dans la Province de Québec, n’ont qu'une parentée bien douteuse avec leurs très arrière-cousins, les Beaty, de Toronto. Si ces derniers se distinguent par leurs attaches aux sectes protestantes, les nôtres ont toujours été de bons catholiques et le sont encore, Mais, trève à ces souvenirs du passé.
M. Joseph Bettez naquit à Yarachiche, le 6 octobre 1818, du mariage de Jacques Bettez et de Geneviève Houde, Son père était un brave négociant qui, pendant audelà de trente ans, a fait
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un honnête commerce ici. précisément à l'endroit où demeure aujourd’hui M, le Dr L. O. Maxime Bellemare, en face de l'égli- se actuelle.
A l'âge de orze ans, le jeune Bettez entra au ccllége de Nicolet, une année avant l'entrée de feu Sir A. A. Dorion dans la même institution, Le fameux Charles Chiniqui fut son professeur d'éléments, de syntaxe et de méthode. Ses études classiques terminées, le jeune Bettez alla se faire admettre à l'étude de la médecine, à "Montréal, puis il revint étudier sa profession, d’abord sous le Docteur Emmanüel Lord, pendant deux ans et demi, puis sou: le Dr G. Badeaux, aux Trois-Rivières, pendant dix-huit mois, et enfin sous le célèbr: Dr W. Marxden, de Québec. Ce dernier enseignait un cours de butannique et de dissection. M. Bettez se rendait à l’Hopital de marine, alors à peine fondée, puis à l'Hôtel-Dieu. Il fut admis à la pratique, le 5 juillet 1841. Le bureau provincial de médecine se composait alors des Docteurs J. Blanchet, Painchaud, Douglas, Morrin, Couillard, Marsden, Rooby et Blais, avec Zéph. Nault, comme secrétaire.
Reçn médecin, M. Bettez entra en société avec le Dr, Chs. Boucher, de Maskinongé, Quinze mois après, sur les vives instances de feu Joseph Prince, de St-Grégoire, il se décida à aller s’établir à Somerset, où il vit encore. M, Prince avait des enfants qui derseuraient à Stanfold, et il voulait la présence d’un médecin dans ces régions, à peine ouvertes à la colonisation. Quand M. Bettez s'étab it à Somerset, M, l'anbé Clovis Cragnon y demeurait comme missionnaire de tous ces nouveaux établissem:nts, qui forment aujourd'hui, les plus importantes paroisses des Cantons de l'Est,
M. le Doctenr Joseph Bettez s'est crée une jolie fortune, dans les anciens Bois-F'rancs, et il jouit en paix, aujourd'hui, du fruit de ses longs travaux, comme médecin, entouré de l'estime et de la considération de ses co-parois iens,
L'HoN, T, J, J. LORANGER
Thomas Jean Jacques Loranger naquit à Yamachiche, en 1823, et fit ses études classiques au collège d: Nicolet, où il se distingua, par ses éminents talents, .
Il étudia le droit, aux Trois-Rivières, sous l'avocat Antoine
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Polette devenu, plus tard, juge de la Cour Supérieure, et }ut admis au barreau, cn 1844,
Dix ans après, on le nommait Conseil de la Roine.
n 1850, il épousa Melle Angelique Trudeau et eut. de cette union, une enfant, Melle Alexina, aujourd'hui l'épouse de M. Henri Archambault, avocat remarquable, de Montréal.
Devenu veuf, en 1858, il épousa, deux ans après, Melle Zélie Angelique Borne, petite fille de fou le célèbre écrivain Aubert de Gaspé, auteur des Anciens Cunadiens.
De ce mariage naquit un fils, Joseph, qui promet d’être un jeune homme d'avenir,
Au début de sa carrière d'avocat, M. Loranger entra en 80ciété avec feu l’hon, M. Drummond, qui devint juge, lui aussi, ct il ne tarda pas à se créer au barreau, une brillante position, surtout comme criminaliste, Il savait, tout particulièrement, s'attirer les sympathies de ses confrères, qui aimaient à répéter et qui redisent encore, les saillies dont il se plaisait à les régaler.
Quelques années plus tard, il forma une nouvelle société légale, avec ses deux frères, Louis Onésime, maintenant juge de la Cour Supérieure, ct Joseph, Conseil de la Reine (décédé ‘il y a trois ans) et qui a laissé une belle clientèle à ses suc xesseurs dans la profession : MM. Beaudin et Cardinal.
Durant plusieurs années, M. Loranger s'occupa activement de politique et il se distingua éminemment à la législature des Canadas-Unis.
Elu, en 1854, député du comté de Laprairie, il fut secrétaire provincial, dans l'administration Macdonald-Cartier. Enfin, dans le mois de février 1864, il quitta l'arène parlementaire pour monter sur le banc, et fut juge de la Cour Supérieure, jusqu’en 1879, époque où il prit sa retraite.
Il a, très souvent agi comme assistant j ge de la Cour d’Appel, et, en 1855, alors qu'il était tout jeune encore, il repré<enta la Couronne, devant la Cour de la tenure seigneuriale, où il se fit remarquer par -e3 connaissances, déjà aussi nombreuses que profondes,
On lui doit plusieurs ouvra zes de loi, entre antres, un Commentaire sur Le code civil, et. il fut le rédacteur en chef d'un: revue légale importante : La Thémis.
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Ty. Loranger regut de la Cour de Rome, l'insigne décoration de Chevalier de Pie IX,
11 fut professeur de droit administratif, à l'Université Laval, qui lui conféra le titre de doeteur en droit,
I] fut chargé de la codification des lois provinciales, et, sa science a rendu au pays, des services dont les législateurs seront toujours heureux de bénéficier.
Ses lettres, sur l'intorpétration du pacte fédéral, sont en grande estime dans le monde politique et légal.
Comme président de la société St-Jean-Baptiste, il a travaillé à la célébration des noces d’or de notre fête nationale, en 1874, avec toute l'ardeur d’un jeune homme, Le discours que l'hon. juge Loranger prononça ce jour-là, à l’île Ste-Iélène, est p'ut-être le meilleur du genre qui ait jamais été prononcé à Montréal.
Ses discours patriotiques sont étincelants de verve, admirables par l'élévation des idées, par les chaleureuses inspirations du cœur et, enfin, par la beauté des tableaux,
Le 18 août 1885, M. Loranger succomba à une engine pectorale, à Sainte-Pétronille, où il était allé chercher un peu do repos et de santé,
Juris consulte éminent, orateur plein de verve et de feu, écrivain remarquable, l'hon juge Loranger fut, comme on s'est plu à le dire au jour de ses funérailles, l’un des plus beaux types de la race française en Amérique,