CHAPITRE XIII
Le culte de sainte Anne à Yamachiche.
OUS n'en pouvons douter, la paroisse d'Yamachiche a toujours eu une grande dévotion pour sainte Anne, sa patronne ; mais cette dévotion ne s’est accrue jusqu’au point où nous la voyons aujourd’hui, et n’est devenue l’un des caractères distinctifs de la paroisse que sous l’administration de M, Dumoulin.
C’est aussi sous Ja même administration que l’église d'Yamachiche a commencé à devenir un lieu célèbre de pèlerinages,.
A Yamachiche trois objets principaux parlent aux yeux et excitent la dévotion des pèlerins et des enfants de la paroisse pour sainte Anne : Le tableau du maître-autel, la statue en bois doré qui se trouve aujourd’hui dans le cimetière, et surtout une belle relique de sainte Anne, Le tableau du maître-autel est l'œuvre de Beaucour, le premier peintre canadien qui ait étudié en Europe, et qui se soit fuit un nom dans la peinture.
Ce tableau représente, en premier plan, un pauvre pestiféré qui élève ses bras décharnés vers sainte Anne, et, au-dessus de lui, assise sur des nuages, cette sainto elle-même qui élève ses regards vers Dieu, et semble prier avec larmes. Aux côtés de sainte Anne se trouvent deux anges qui appuient une main sur leur cœur, et de l’autre montrent le malade en prière, On voit, en second plan, une barque sur le point de périr ; les naufragés, qui sont en grand
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nombre, élèvent avec un empressement unanime leurs mains vers sainte Anne.
Ce tableau de Beaucour est imité de plusieurs autres, comme il est facile de s'en apercevoir par un certain disparate qu'il y à entre les différentes parties, Néanmoins, l’auteur avait un peu la touche des grands maîtres, et son œuvre mérite d'être conservée. On croit que ce tableau fut fait à la demande de M. Ecuier.
La statue en bois doré se trouvait au-dessus du portique de l'église qui a été démolie sous M. Dorion, entre les deux tours. Lorsqu'on voulut commencer la construction d'une nouvelle église, il fallut couper une partie de l'ancienne. La statue fut donc descendue et placée sans précautions dans le cimetière,
Les pèlerins se mirent bientôt à prier devant cette vicille statue ; la plupart se permettaient même d'en enlever des parcelles qu'ils emportaient comme souvenir de leur pèlerinage, il en résulta qu’elle se détériora très vite. Enfin elle fut réparée comme nous l'avons déjà dit, et elle est aujourd’hui sous un superbe pavillon en architecture de l’ordre dorique, surmonté d’un serpent d’airain. Les pèlerins peuvent en ce lieu prier à leur aise, à n'importe quelle heure du jour,
La relique de sainte Anne est une des plus précieuses qu'il y ait dans toute l'Amérique ; c’est une phalange complète de l'un des doigts de sainte Anne, très bien enchassé dans l'argent. Cette relique vient de Carcassone, en France ; elle fut obtenue à la demande de Mgr Signaï en 1843.
La dévotion à la mère de la Ste Viorge s'augments alors singulièrement à Yamachiche, et M. Dumoulin obtint en 1846, de Mgr Signaï, la permission de célèbrer solennellement chaque année la fête de sainte Anne dans sa paroisse,
Il n’y a pas d'obligation de s'abstenir du travail ce jour-là, et cependant le repos même du dimanche n’est pas mieux observé que celui de cette fête particulière,
Les paroissiens se montrant si dévots à leur patronne, attirèront naturellement vers leur église ces voyages de dévotion qu’on nomme pèlerinages. Pendant plusieurs années, les pèlerins vinrent surtout de St-Cuthbert et des paroisses environnantes, Ils se confessaient, communiaient, vénéraient la relique et s’en retournaicat sans bruit, bien souvent après avoir obtenu des faveurs miraculeuses,
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On est sans doute empressé de lire quelques-unes de ees faveurs miraculeuscs, mais nous dirons que pour le narrateur cons ciencieux la matière n’est pas aussi abondante qu'on pourrait le croire, et celu par la faute des pèlerins. Ils viennent souvent avec la certitude d'obtenir un miracle ; ils l’'obtiennent et ils s'enretournent au plus tôt pour réjouir leur famille par cetto bonne nouvelle, Personne autour d'eux ne songe à exprimer un doute, et c'est ainsi qu'à cause même de la grande foi des pèlerins un grand nombre de miracles n’ont pas été assez bien constatés pour que l’histoire les mentionne. Il ne reste que le témoignage des béquilles, bandeaux, lunettes etc., qui, celui-là, garde toujours sa valeur, Voici, cependant, quelques guérisons bien constatées, et que nous appellerons miraculeuses, sans vouloir pour cela prévenir le jugement de la sainte Eglise, à qui seule il appartient de prononcer sur Ces matfères,
Azilda Painchaud et Joseph Painchaud son frère, de la paroisse de Kingsey, se voyaient à la fleur de leur âge, mais ils étaient minés tous deux par une terrible maladie qui avait déjà mis sous la tombe deux membres de leur famille: ils s’en ullaient mourant de consomption. Le docteur Darche de Danville refusait de les soigner plus longtemps ; leur sort semblait fixé. N'ayant plus rien à espérer des secours humains, ils tournent leurs regards vers sainte Anne ; mourants tous deux, ils entreprennent le voyage d'Yamachiche,
Arrivée dans le sanctuzire de sainte Anne, la jeune fille se sent complètement et soudainement guérie. Le jeune homme est admirablement soulagé. Ils s'enretournent bientôt dans leur paroisse, l’une toute joyeuse et toute pleine de santé, l’autre un peu malade encore mais rempli de confiance pour l'avenir, Ils sont vivants encore aujourd’hui et jeuissent tous deux de la santé la plus enviable,
Octave McDonald de Kingsey souffrait d’un mal d’yeux qui l'empêéhait de voir et de travailler. Après avoir employé tous les remèdes imaginables, il se décida, au mois d'août 1368, à faire le pèlerinage d'Yamachiche. M. l'abbé F. Desaulniers, alors curé de Kingsey, s’en allant au Séminaire de Nicolet pour assister à la retraite ecclésiastique, voulut bien l'emmener dans sa voiture, et il put constater à loisir que le pauvre malade ne pouvait même entrevoir la lumière,
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Avec des peines infinies cet homme de foi se rendit à Yamachiche, et y passa quelques jours dans le recueillement et la prière. Il retourna à Nicolet ensuite, car il devait être ramené dans sa paroisse par M. le curé Desvulniers ; mais cette fois il marchait sûrement et n'avait plus besoin de personne pour le conduire, Il pouvait guider le cheval ; et lorsque les deux voyageurs furent en vue de Drummondville, il dit de lui-même à M, Desaulniers : Voici déjà Drummondville,
I] n'avait pas demandé une guérison complète, aussi ses yeux vardaient-ils leur apparence maladive ; mais il avait dewandé de voir suffisamment pour travailler, et en cela il avait été parfaitement exaucé,
La guérison la plus extraordinaire qui ait été opérée à Yamachiche est celle de Mademoiselle Hélie,
M. J. H. Dorion, curé d'Yamachiche, raconte ainsi ce fait merveilleux :
# Une demoïseile Hélie appartenant à une famille marquante de St-Grégoire était paralytique depuis quatre ans. Elle était de plus atteinte d’un cancer, Depuis deux ans elle sollicitait vivewent ses parents de la conduire à Yamachiche, Ils cédèrent entin à ses instances, Elle arriva ici le 1er murs 1848 accompagnée de sa mère, Elle ne voulut entrer dans aucune maison avant d'avoir satisfait sa dévotion à sainte Anne, et se fit conduire ou plutôt transporter de suite à l'église. Sa mère se rendit alors au presbytère, m'exposa le but de son voyage et me demanda de vouloir bien confesser sa fille dans l'église, “ car il faudrait, me dit-elle, l’aide de deux hommes pour la transporter dans la sacristie, vu qu’il y à des marches à passer et qu’elle ne peut marcher. ”
‘ Etant retenu dans ce moment par quelque affaire, je priai le vicaire de vouloir bien aller entendre la confession de cette pèlerine dans l’église même, suivant la demande de sa mère ; ce qu’il fit, Il la communia ensuite et lui fit vénérer la relique de sainte Anne, Pendant qu’elle faisait son action de grâces, sa mère était allée chez le bedeau pour s’y chauffer, Elle dit aux personnes de la maison ce qui l'avait amenée à Yamachiche, et leur fit connaître la maladie de sa fille.
# Puis, ayant passé là le temps que devait durer l’action de grâces, elle se rendit de nouveau à l’église pour aider à transporter sa fille paralytique à la maison du bedeau, Mais, 5 surprise !
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clle aperçoit sa fille les muins jointes et étendues. Or depuis qu'elle était devenue paralytique, elle avait une main crispée que tous les efforts n'avaient pu étendre. Madame Hélio copendaut s'efforce de ne laisser paraître aucuno émotion el présente à sa fille ses béquilles ; mais celle-ci lui dit : ‘“ je n'ai plus besoin de béquilles”’, puis elle se mit à marcher comme si elle n'eût jamais été infirme, Ce que voyant sa mère, toute transpoitée de joie, elle accourt chez le bedeau, ouvre la porte et invite les personnes présentes à venir voir sa fille qui marche seule, sans aide, sans béquilles, Les témoins de cette scène purent voir et examiner une marque que Melle Hélie portait à l'index de la main qui avait été affectée de paralysie, C'était une cavité profonde fuite par l'ongle du pouce qui n'avait pas été coupé depuis longtemps, à raison de la difformité de cette main.
“Quelque temps après M. Bourgeois, médecin de St-Crrégoire, qui avaittraité Melle Hélie pendant sa maladie, m'écrivit et confirma tout ce que j'aidit de l'état de la santé de Melle Hélie avant sOn voyage à Yamachiche, Il me dit l'uvoir visitée depuis son pèlerinage, et qu'il ne reste plus aucune trace de sa paralysie. Melle Hélie est revenue À Yamachiche plusieurs fois depuis, paraissant jouir d'une parfaite santé.”
Blaise Lavaute, de la Rivière-du-Loup, avait reçu une blessure à un genoux ; cette blessure guérit, mais la jambe resta pliée, de sorte qu’il ne marchait que très péniblement avec une béquille. Il fit un vœu à la bonne sainte Anne et vint l'accomplir en compagnie de sa mère. Il vénéra la relique ct communia avec beaucoup de dévotion. A la fin de son action de grâces, sa mère le vit partir tout à coup et crut qu'il allait se trouver mal, selon ce qu'elle raconta elle-même, c'était au contraire ia guérison qui s'opérait. Cette jambe pliée se redresse, et le jeune homme laisse sa béquille aux pieds de sainte Anne.
Il porta une canne légère, pendant quelques jours, mais il ne tarda pas à guérir complètement : c'est aujourd’hui un homme aux membres souples et forts, et qui se souvient toujours de la faveur extraordipaire qu'il a obtenue de sainte Anne.
Mais c'est en 1876 que sainte Anne montra d'une mébière plus adwirable l'effet de sa protection en faveur des infirmes,
Le jour de sa fête, au milieu d’une affluence de peuple extraordinaire, trois guérisons subites furent opérées coup sur coup,
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toutes trois aux pieds de la vieille statue dont nous avons déjà parlé. .
Un malade souffrait d’une enflure très grave à une main; il se sentit guéri pendant qu'il priait, il ôta le linge qui enveloppait : sa main et le déposa devant la statue. ‘
Un jeune Lesage, de la Rivière-du-Loup, s'en était venu à Yamachiche les yeux couverts d'un double bandeau. Il avait tant de mal aux yeux que le peu de lumière qui passait à travers le premier bandeau suffisait pour le faire souffrir énormément. Ses deux bandeaux restèrent aux pieds de sainte Anne. Il voyait bien et ne sentait plus de mal.
Une demoiselle Toupin, de la paroisse de St-J'ustin, était paralytique. Au second coup de la messe, la foule qui remplissait déjà l’église la vit sortir, se traînant péniblement au moyen d’une béquille et avec l’aide d’une personne charitable. Elle se dirigea vers la statue, et dit à haute voix avec un acent de foi irrésistible : ‘0 grande et bonne sainte Anne, il faut que vous me guerissiez ; je vous remets cette béquille, gardez-la ; ” se levant aussistôt elle s’écria : ‘‘ Je suis guérie !”” On s’émeut, on pleure de joie autour d’elle, chacun veut la voir de ses yeux. Elle marche d’un pas ferme, retourne à l’église, passe de ncuveau au milieu de la foule ébahie, électrisée, et se prosterne devant l'autel de sainte Anne pour la remercier.
Quelque temps après, les nouveaux venus veulent voir à leur tour cette protégée de sainte Anne, mais elle est déjà partie pour réjouir aa plus tôt sa famille et ses amies.
A Yamachiche, on ne s’entretint, toute la journée, que de ces guérisons, et M. N. Ricard, curé de St-Zéphyrin, qui se trouvait sur les lieux, forma dès lors le projet d'amener ses paroissiens en pèlerinage à Yamachiche. Tel fut le commencement de ce que nous appellerons l'ère des grands pèlerinages.
M. Frs L. Desaulniers, aujourd’hui membre du parlement d’Ottawa,s’étant fait l'historien de ces manifestations populaires de la dévotion à sainte Anne, nous lui laisserons la parole pour qu'il nous fausse connaître comment se fit le 1er grand pèlerinage à Yamachiche, celui des paroissiens de St-Zéphyrin de Courval, qui eut lieu le 17 août de l'an 1876.
Après avoir fait quelques remarques sur l'effet produit par les
trois gnérisons que nous avons racontées plus häut, M. Desaulniers Continue ainsi.