CHAPITRE I
Le Village d'Yamachiche.
"ÉRECTION du village d'Yamachiche en municipalité séparée de la paroisse, est toute récente. Elle ne date que du 5 avril 1857. Voici la proclamation annonçant cet évènement dans la (razette Officielle de Québec :
L. R. Masson, Lieutenant-Gouverneur ; Ho- NORÉ MERCIER, Procureur-Général :
“ ATTENDU que, sur présentation au conseil du comté de Saint Maurice, d’une requête des deux tiers des électeurs municipaux qui sont en même temps propriétaires habitant un certain territoire y mentionné, situé dans la municipalité de la paroisse d’Yamachiche, dans le dit comté, dans notre province de Québec, demandant l'érection de ce territoire en municipalité de village, le dit conseil du dit comté de Saint-Maurice a nommé L. A. Lord, écuyer, surintendant spéc:al chargé de visiter le dit territoire, de constater le nombre de maisons y bâties et habitées et de faire rapport sur la dite requête :
‘“ Er ATTENDU que le dit Surintendant spécial a fait au dit conseil un rapport mentionnant le nombre de maisons bâties et habitées sur le dit territoire, et la désignation des limites qui, dans son opiuion, doivent être données au territoire ci-après plus particulièrement décrit, contenant au moins quarante maisons habitées dans une étendue n’excélant pas soixante arpents en superficie ;
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‘Er ATTENDU que le dit rapport du dit surintendant spécial a été homologué, sans amendement, par le conseil du dit com té de Saint-Maurice ;
‘“ Er ArTTenDu que le Lieutenant-Gouverneur de notre Province de Québec, par et avec l'avis dn conseil exécutif de notre dite Province, a approuvé le dit rapport ;
‘ À CES CAUSES, sous l'autorité du code municipal de la province de Québec, nous déciarons que le dit territoire, savoir : Tout le territoire borné comme suit, savoir : vers le sud-ouest partie par la rivière Lamberton le numéro 836, par le ruisseau Langevin et par une partie du lot 778, ainsi que le lot 836, jusqu’à deux arpents au nord-ouest du chemin de fer du Pacifique ; vers le nord-ouest se bornant à deux arpents du dit chemin de fer à prendre sur les lots 835, 834, 832 et 826, vers le nord et le nord-est par les lots 822, et le ruisseau Langevin, aussi vers le nord-est par les lots 819 et 721, vers l’est partie par le lot 720, et partie parun cours d’eau traversant les lot 579, 575, jusqu'à la ligne nord du numéro 573 ; enfin, de ce point vers le sud par le lot 573, jusqu’à la rivière Lamberton. Tous les numéros des lots ci-dessus mentionnés étant fournis par le cadastre officiel de la paroisse de Yamachiche, dans le comté de Saint-Maurice. Ledit village de Sainte- Anne de Yamachiche comprend un territoire formant une superficie d'environ 136 arpents en superficie, sera détaché de la paroisse de Yamachiche, et formera à l'avenir une municipalité séparée sous le nom de Municipalité du village de Yamackiche.
Par ordre, Cas A, ERN. GAGNON, Secrétaire,
Le nouveau conseil municipal, créé en vertu de la proclamation qui précède, se composait des personnes suivantes élues par le vote des électeurs : Georges Félix Heroux, Glaudemire Gérin- Lajoie, Louis Duchesne, L. Archange Samscn, Edouard Ledoux et Narcisse Gélinas. Il y eut une première séance, le 16 mai 1887, et M. G. F. Héroux fut élu maire du conseil, charge qu'il a occupée depuis et qu’il occupe encore, cette année. M. le notaire L, A. Lord a toujours rempli, depuis, les fonctions de greffier.
Inutile d’intercaler, dans le cadre de ce travail, un précis historique du village d'Yamachiche, puisque celui de la paroisse renferme également celui du village, Cependant, il n’est pas hors
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de propos de faire revivre quelques notes du passé. Eu 1810, outre l’église et la salle publique, le village ne renfermait que neuf maisons habitées par les personnes suivantes : Joseph Baptiste Gélinas (où réside aujourd’hui F, L. Desaulniers, propriété du Dr E,. Lacerte) ; Joseph Carbonneau (où résidait sa veuve Madame (rendron, aujourd’hui propriété de M. Raphaël Boucher) ; Louis Milette, (où réside actuellement M. Edmond Villemure, propriété de M. Ernest Lacerte) ; Alexis Claude Loranger, (où se trouve le bureau de poste actuel, aussi propriété de M. Ernest Lacerte) ; le presbytère du curé Chs Ecuyer (où se trouve maintenant l'académie des Frères des Ecoles Chrétiennes) ; Pierre Hubert, (où réside M. Raphaël Boucher, ancienne demeure du Dr Desaulniers) : Isaac Pothier (en arrière du bureau de poste) ; M. Geffrard, (où demeure aujourd’hui Dame veuve Benjamin Loranger) ; Louis Loranger, grand père de M. le juge L. O. Loranger, (où réside M, Charles Trahan).
C’est l’année suivante, en 1811, que le village d'Yamachiche reçut la visite du gouverneur Prévost, se rendant à Sorel pour rencontrer les troupes américaines. Cette visite donna lieu à une grande démonstration, organisée par le curé Ecuyer, qui composa même une jolie chanson pour la circonstance. Deux jeunes enfants d'alors, François et Augustin Carbunneau, chantèrent la chanson au gouverneur, en présence de toute la population réunie,
Bien avant la fondation des établissements d'éducation actuels il existait, au village d'Yamachiche, de bonnes maisons d'école où l’on donnait une ins ruction élémentaire aux enfants de Ja localité.
Le premier maître d'école résidant à Yamachiche semble avoir été Léandre Daveluy, père de M. Alexandre Daveluy. Ensuite, un nommé Brousseau, ancien ecclésiastique de Nicolet. La sœur de ce Bronsseau faisait l'école aux filles, dans le vieux presbytère qui servit longtemps de résidence aux bedeaux et qui n’a été détruit qu'avec la vieille église en 1869. Plus tard, un certain J. B. Marier, frère du notaire du même nom établi à Saint-Barnabé, fit aussi l’école, pendant quelques années, et fut remplacé par l'un des oncles de feu l'hon, sénateur H. A. Paquet, de Saint-Cnthbert. Ce Paquet tenait son école à l'endroit où deneure actuellement M. Charles Trahan. Les autres instituteurs enseignèrent dans la ‘ maison de pierre” (où se trouve l’Académie des Frè-
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res). Voici leurs noms, par ordre d'ancienneté: Robitaille, L. P. Caisse, F, X, Dussault, Paul Gélinas (titi), veuve Luc Alex, Gélinas, Abraham L. Dosaulniers, Muïse Carbonneau, Harkin (1), le notaire Onésime Bellemare et Madame Jean H. Beaulieu, M. Bellemare fut l'avant dernier professeur laïque ; il est notaire, aujourd'hui, à Saint-Guillaume d'Upton.
En 1853, les frères des écoles chrétiennes ouvrirent leur académie,
Suivant M. François Desaulniers (père du Dr Desaulniers), avant l’arrivée du premier maître d’écule d'Yamachiche, les jeunes gens appartenant à des familles à l'aise avaient l'avantage de recevoir une ou deux leçons par mois, d’un professeur qui venait à pied des Trois-Rivières, spécialement dans ce but. C'est de cette façon que M. Desaulniers, lui-même, apprit les premiers éléments de la grammaire. Je tiens ce détail de ce vieillard lui-même.
Le village d'Yamachiche compte, aujourd’hui, une population de neuf cents âmes. Outre le couvent des religieuses de la Congrégation Notre-Dame et l'académie des Frères, il possède aussi un hôpital qui s'honore d’avoir M. le curé Dorion pour son principal fondateur. Ce dernier établissement porte le nom ‘‘d'Hospice Sainte-Anne d'Yamachiche ”’ et les bonnes Sœurs de la Providence en ont la direction. Parmi les personnes charitables qui ont doté l'hospice Sainte-Anne figurent feue Dame Marie Fréderic Gadioux St-Louis, veuve, en deuxième mariage, de feu J. B. Charland, et Dame Marie-Louise Panneton, veuve de feu Pierre Pellerin. Cette dernière bienfaitrice demeure, aujourd’hui, avec les religieuses qui lui rendent, en délicates attentions et en soins assidus, ses bontés et ses largesses pour leur établis ement,
Il est juste de mentionner ici le fameux établissement d'architecture fondé par MM. Joseph et George Héroux. Cette manufacture, connue dans toute la province, est devenue justement célèbre. Que d’églises, à l’heure qu’il est, ont été construites par les MM. Héroux ! Cette année même ils sont à bâtir la nouvelle église de Maskinongé, et cet édifice, en dépit d’une opposition factieuse, sera d’une des plus jolies du diocèse des Trois-Rivières,
(1) Ce M. Harkin est le père de Madame Bissonnette, mère du grand constable actuel de Montréal. Une autre de ses filles est l'épouse de M, le magistrat de police C. A. Dugas, de Montréal.