LE CIMETIÈRE
Avant l’arrivée de M. Pilote à Saint-Augustin, m'a dit une personne fort respectable de cette paroisse, il - n’y avait ni inscriptions sur les croix de ce champ des Morts, ni aueun monument ; rien, en un mot, qui rappelat la mémoire de ceux qui ue sont plus, Aujourd’hui, le cimetière de cette paroisse est un des plus beaux cimetières do campagne du pays, s’il n'en est pes le plus beau. Que le lecteur veuille bien me suivre ans cette ‘ république des Morts, ” suivant la belle ! expression de Châteaubriand.
n entrant par la porte du sud, vous êtes, dès les | premiers pas, dans l’‘* Allée des Anges.” Pourquoi ce nom ? Parce que là sont enterrés les restes desenfants Æ morts à un âge où le PERS n’a encore pu souillrr | l’innocence baptismale, Ils dorment là, ces petits êtres
arrachés à l'amour maäternel ; et des fleurs, cultivées Æ par des mains de mères que la Religion seule a pu à consoler, couvrent ce gazon, emblème de la félicité {) M dont jouissent déjà ces enfants dans le sein de Dieu,
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DE SAINT-AUGUSETIN 353
Après l’“ Allée des Anges,” vous arrivezà l’ ‘ Allée Saint-Amable, ” Ce nom lui vient de l'amour que les paroissiens portent à un prêtre qui leur rend au centuple leur affoction : M. Amable oies ui, au teraps de l'épreuve, n’a pas voulu se séparer de son ami, l’a suivi iri, y mourra et dormira dans ce même cimetière son . ng sommeil à côté de celui qu’il a tant aimé sur cette terre, et au milieu de cetto brave population qu’il a si souvent bénie, Ces deux tombes, celle de M. Blanchet et de M. Pilote, diront à la génération qui les suivra toute la puissance de l'amitié chrétienne et tout le bion qu’elle peut accomplir dans une paroisse docile. (1)
Nous sommes, maintenant, dans l’ “Allée Saint- Joseph.” Sur les bords de cette allée dédiéeuu patron des artisans, 8e trenvent rangés les plus beaux souvenirs des Vivants aux Morts. - Au fond et le long du mur formant la limite du cimetière, au nord, on voit 4 croix noires, portant les inscriptions appropriées et placées à quelques pieds los unes dos autres. Au
ied de ces croix, vous voyez un prie-dieu modeste.
ous ces signes de la Rédemption forment partie d’un chemin de Groix érigé sn la tombe des Morts et dont la tête se trouve sur l’“‘Allée Saint-François,” longeant le mur du nord, L'idée de cette voie douloureuse, sur ce terrain arrosé de larmes est bien touchante,et porte en elle-même un trésor de consolations. ÆEn effet, qui pourrait se plaindre de la perte d’un être chéri en par. courant les 14 stations de la route du Calvaire ? En voyant le juste si cruellement maitraité ? En le voyant marcher au supplice, non-seulement sans se plaindre, mais priant pour ses bourreaux ?
Au fond de !’ “ Allée Saint-Joseph,” un peu en dehors du mur formant la limite, vers le sud, l'œil découvre une jolie statue de ce grand saint, si cher à la popu-
(1) M. Blanchet est mort presque subitement le 26 d'août, 1885. Ses restes mortels reposer t dans l’église de Snint-Augustin.
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lation de notre pays. Sur le socle de cette statue de grandeur naturelle, on lit :
fé Jésus, Marie, Ne je vous donne mon cœur, mon esprit, ma vie! Jésus, Marie, Joseph, assistezmoi dans ma dernière agonie ! Jésus, Marie, Joseph, faites que je meuro en paix en votre sainte Compa-
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£ À quelques pas de cette statue, à l'angle formé par la réunion des murs du nord-est et du sud, on peut admirer la grotte de Lourdes, La sainte Vierge est debout dans la grotte formée de cailloux moussus, A ses pieds, à genoux, se tient, dans l'attitude de l’extase et un cierge à la main, Bernadette Soubirous. Pour compléter l'illusion, un petit cours d’eau coule à quelques pas du cimetière et rappelle le gave de Lourdes devenu si délèbra, depuis les apparitions miraculeuses,
L? ‘ Allée Saint-François” part de l ‘Allée Saint- Joseph ” ot se rond, en longeant le côté nord ae l'église, . jusqu’à la porte de sortie. Ælle est, comme les autres allées, bordée de tombes surmontées dé croix et recouvertes de fleurs.
Il y a quelque chose de bien consolant dans le culte des Morts, cette relation qui existe entre l'Eglise triomphante, l'Eglise militante et l'Eglise souffrante. Cette union nous rapproche de Ceux que nous avons aimés sur cette terre ; et prier pour eux adoucit je chagrin de la séparation et répond à un besoin du cœur que notre Religion seule a compris.
IL est à peine nécessaire, je crois, de dire que l’ “Allée Saint-François ” ddr le nom du turé actuel et bienaimé de la paroisse, M. François P: ste. .
De toutes ces beautés du cirietière de Saint-Augustin, il me reste à parler de la plus grande sous lo rapport du souvenir et de l'art. Pour en parler dignement, il faudrait une plume plus habile que la mienne.
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cinq statues de grandeur naturelle. Ce groupe représente le Calvaire et toutes ses douleurs. devenues la joie et le bonheur du genre humain. Il y a là le Sauveur crucifié, les deux larrons, et, au pied de cvs trois gibets, saint Jean à la droite te la croix de son divin Maître, et, à gauche, la ‘ Mère de douleurs,” les yeux attachés sur 80n Fils.
Sur la figure du Christ, couverte de crachats et de
sang coagulé sont empreintes avec une rare expression
toutes les douleurs de l’agonie.
La tête du larron, à droite. est penchée sur l'épaule gauche et la figure a perdu toute empreinte de déses-
ir depuis qué ce premier converti, aux portes de éternité, a entendu la promesse du Sauveur. Un rayon de bonheur illumine le visage de celui que l'Eglise a surnommé le ‘ Bon larr. n.”
À gauche, se trouve le mauvais larron portant sur sa figure toute l’expressiou de la méchanceté, de la haïne et du désespoir terrible des damnés. Suivant moi, ces trois statues sont, chacune dans son genre, remarquables sous le rapport de l’art.
6e groupo entier, formé de bronze, a été coulé en France.