JEAN-GILLES DELCOUR
Jean-Gilles Delcour, ou de la Cour, est né à Hamoir , ancien comté de Logne, en 1632. Il était fils de Gilson Delcour, échevin de Hamoir, et de Gertrude de Yerdon.
Il vint à Liège pour faire ses humanités; il demeura auprès de son frère Jean, le sculpteur, son aîné de cinq ans , qui n’épargna rien pour l’éducation de son frère et pour le stimuler dans la voie de l’étude et du travail.
Dès son enfance , Gilles montra beaucoup de goût et une certaine aptitude à la peinture, s’essayant à faire des portraits et des petites études d’après nature. Son frère lui enseigna les premiers principes du dessin, et, lorsqu’il eut vaincu les difficultés du commençant , en 1648 , Gilles fut placé auprès de Gérard Douffet. Cette séparation était, d’ailleurs, rendue nécessaire par le départ de Jean , qui précisément cette année se rendit à Rome, où il devait demeurer pendant neuf ans. En 1657 , Jean Delcour , élève distingué et aimé du chevalier Bernin, revenait à Liège , maître dans son art et précédé déjà d’une certaine réputation ; mais la réunion
des deux frères devait être de très-courte durée. Gilles était devenu un jeune homme de vingt-cinq ans ; il avait profité de son mieux des leçons de Douffet ; il voulut , à son tour , voir l’Italie et s’y perfectionner dans son art. Il partit la même année, et, arrivé à Rome, il entra à l’école d’Andrea Sacchi , peintre de grande réputation ; cet artiste étant mort en 1661 , Delcour étudia pendant plusieurs années sous Cari Maratte, qui ne se lassait d’admirer l’amour et la persévérance avec lesquelles le jeune peintre liégeois copiait les grands maîtres et particulièrement Raphaël. Dans son admiration pour ces peintres de l’école romaine, et dans la modestie qui formait l’un des traits du caractère de Gilles Delcour, il regardait, en effet, le travail de copiste auquel il se livrait avec tant d’ardeur comme la principale vocation de sa carrière d’artiste (1).
A ces études d’après les peintres , il joignait cependant celles de l’antiquité classique et des œuvres de la statuaire
(1) Voici une lettre écrite par Gilles Delcour à son frère , au dos d’un dessin. Elle exprime les sentiments du jeune peintre sur la convenance de faire des copies ; elle fait voir en même temps la déférence qu’il avait pour son frère Jean :
« Questo disegno lo feci a tre o quattro anni ; vi lo mando » acciochô V. S. cognosca se io ho fatto bene di star più a Roma, » con il confrontarli a quelli che fo adesso ; quando lo feci mi « pareva bello , adesso mi pare brutto. L’originale sta alla Pace, » è di Baltasar da Sienna , e il volgare lo chiama , il quadro di » Giulio Romano. Io ho mandato un’ altra lettera con disegni e » semi , per delli disegni io mando questi acciochô V. S. mi » favorisca dirmi il suo parère , e veda se io sarô mai capace di « piacervi e ai miei paesani ; gli italiani stessi dicono che gli » quadri di Rafaello saranno tra venti o trent’ anni in Liegi, » perché li originali sene vanno in fumo : e corne uno che non » sa fare benissimo d’invenzione non è possibile che faccia cosa
» buona, e per il passato non sene fatto copia che valia .
» Addio carissimo fratello. »
Cette lettre est adressée : « A Monsieur Jean de la Cour , demeurant dans la rue des Sœurs-de-Hasque , à V enseigne du Esprit. »
qui se trouvaient dans les principaux palais de Rome. Il en faisait des dessins très-achevés , à la plume et au lavis à l’encre de Chine.
Après sept années passées de la sorte au milieu de ses travaux de prédilection et des maîtres avec lesquels il cherchait de plus en plus à s’identifier, Gilles Delcour dut cependant songer à regagner le pays natal.
Il revint à Liège, en 1664, auprès de son frère Jean, qui, après avoir fait les frais de son séjour à Rome, continua à lui servir à la fois de père et de maître. Ils vécurent ensemble, et souvent les deux frères travaillèrent en collaboration ; Jean, mieux doué sous le rapport de l’imagination, faisant les compositions et arrêtant les esquisses , et Gilles , exécutant en peinture les sujets inventés par son frère. Leur famille était assez nombreuse, et plusieurs de leurs sœurs entrèrent en religion. Les deux frères les dotèrent et ne cessèrent de pourvoir à leurs besoins. Gilles Delcour fit un grand nombre de tableaux pour les églises et pour les amateurs de la ville de Liège. Il mourut subitement, douze ans avant son frère aîné, le 19 août 1695, dans la paroisse de St-Martin-en-Ile , et fut enterré dans l’église de cette paroisse, où devait aussi reposer son frère, le sculpteur, auquel il avait laissé ses biens et ses tableaux.