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LA FABRIQUE

Voici encore l’un de ces peintres sur le compte desquels on sait peu de chose , et qui , par la manière originale dont ils ont compris leur art et accepté les sacrifices d’une vie studieuse, se sont acquis cependant une physionomie à part qui ne permet pas de les confondre avec d’autres artistes. Nicolas La Fabrique est né à Namur, dans les dernières années du XVII0 ou tout au commencement du XVIIIe siècle. Dès son enfance, il montra un goût prononcé pour la peinture et demanda à son père la permission d’apprendre le dessin. Celui-ci, accédant aux instances de son fils, le mit en apprentissage chez un peintre namurois du nom de Bouge, resté entièrement inconnu. Il enseigna au jeune Nicolas les premiers éléments du dessin.

Bouge avait d’autres élèves. Deux d’entre eux s’étant mis en tête d’entreprendre un voyage d’Italie , le rêve de tous les débutants dans l’art à cette époque, demandèrent à La Fabrique, beaucoup plus jeune qu’eux, s’il ne voulait pas être de leur pèlerinage artistique. Celui-ci, qui ne se rendait pas bien compte de la longueur et des difficultés du voyage, accepta sérieusement une proposition qui ne lui était faite que par plaisanterie. Il courut chez son père l’informer de son dessein et le prier de lui donner un peu de linge et les provisions nécessaires pour faire ce voyage , sans lequel aucun peintre ne pouvait espérer vaincre les grandes difficultés de son art. Dans sa famille, on continua à regarder comme une plaisanterie le projet des élèves de Bouge, et, pour guérir son fils d’un rêve insensé, le père de

La Fabrique, tout en ayant l’air d’accéder au désir du jeune audacieux, ne lui donna qu’une très-faible somme d’argent. Nicolas courut joyeusement rejoindre ses compagnons, qui avaient promis au père de lui renvoyer son fils à l’une de leurs premières étapes après avoir quitté Namur. Ils voulurent tenir parole , en effet ; mais , par ses instances et sa détermination, La Fabrique parvint à les fléchir, et ils continuèrent ensemble leur route. Bientôt cependant ses deux compagnons l’abandonnèrent ; renonçant à la fois au voyage d’Italie et à la carrière d’artiste, ils s’enrôlèrent. La Fabrique, resté seul, dénué de ressources, ne perdit pas courage ; il continua sa route et arriva enfin à Rome , où il finit par trouver un maître qui, en peu de temps, lui fit faire de rapides progrès. Il sut se créer par son art des ressources suffisantes pour vivre, et il refusa les secours que ses parents inquiets lui envoyèrent plus tard, après avoir, à la suite de longues recherches, découvert où leur fils se trouvait (O-

La Fabrique s’est formé une manière à lui, très-achevée, très-recherchée dans les détails et le modelé. Son dessin manque d’ampleur et souvent de goût. Il n’a jamais abordé de grandes compositions, se contentant de peindre des têtes isolées, des oiseaux, etc. Quoi qu’il en soit, ses travaux furent estimés par les amateurs de son temps, et même, dit son biographe , de Villenfagne, les princes cherchèrent à orner leurs cabinets de ses tableaux.

Florent Le Comte cite deux peintures de La Fabrique : l’une représente, dit-il, la tête d’un philosophe rieur , qu’un amateur de Paris acheta fort cher ; l’autre appartient au roi de France. Elle représente une jolie personne tenant une coupe (2).

(1) V. Villenfagne, Discours sur les Artistes, p. 135. Cet auteur assure avoir recueilli les détails biographiques que nous lui empruntons de la bouche de Dom Nicolas, religieux chartreux, fils de La Fabrique.

(s) Voyez le Cabinet d' Architecture. Peinture . etc .. de Florent Le Comte, tome III, p. 176.

On ignore la date précise de la mort de ce peintre. On assure qu’il est décédé à Liège, vers 1736.

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