CHAPITRE VII
ous avons vu quelles racines profondes le paysage avait poussées, dès le premier jour, dans la peinture hollandaise. A son aurore, il apparaît comme une des ses préoccupations dominantes. Chez les miniaturistes et chez les primitifs, il occupe déjà une place exceptionnelle; et c'est pour les Hollandais un titre de gloire impérissable que d'avoir été les premiers, parmi les modernes, à comprendre et à interpréter la nature.
Avant eux, en effet. Part ne s'intéressait guère aux choses inanimées ; il ne leur reconnaissait ni une physionomie, ni une existence, ni une beauté particulières. Le peintre en faisait un simple appendice de la vie humaine. C'était un fond vague, une manière d'accessoire, une sorte de décor au milieu duquel les acteurs se mouvaient, et toute l'attention se trouvait concentrée sur ces derniers, c'est-à-dire sur la comédie ou le drame humain. Pour s'excuser de reporter quelques parties de cette attention sur les arbres, sur les eaux, sur les rochers, on se croyait
LES PAYSAGISTES. ip»
obligé de les composer et de leur donner une apparence théâtrale. C'est ce qui explique comment tous les paysages italiens ou français, même ceux du Poussin ou de Claude Lorrain, sont de véritables morceaux d'architecture. — Il appartenait à cette vaillante race qui avait été obligée de créer chez elle ce que les autres peuples avaient trouvé naturellement et pour ainsi dire en naissant, le sol, la végétation, le climat ; il appartenait aux descendants des anciens Bataves de comprendre que tout en ce monde a sa vie propre et sa beauté particulière ; et chez eux ce sentiment était bien naturel, car ils avaient, pour toutes ces choses, cette tendresse profonde, cette affection en quelque sorte paternelle, que Tauteur ressent toujours pour son œuvre. — Telle est, croyons nous, Texplication, la raison d'être de cette innovation si importante : « la peinture de paysage », qui allait, en quelques années, enfanter tant de chefs-d'œuvre merveilleux.
Après les précurseurs que nous venons d'indiquer, on peut dire que le paysage eut pour père, en Hollande, trois artistes de mérite différent mais d'égale valeur : Jan VAN GoYEN, Jan Wynantsz et Pieter Molyn.
Jan van Goyen, né à Leyde en iSgô, appartient, non seulement par la date de sa naissance mais encore par la robuste vigueur de son tempérament et par son amour pour son pays natal, au siècle énergique et puissant auquel les Pays-Bas durent leur indépendance. On peut dire que c'est lui qui affranchit la peinture de paysage des entraves qui avaient jusque-là empêché son essor. Le premier, il comprit la poésie mélancolique de ces horizons plats, en a^parencemonotones, mais toujours variés cependant. Le premier, dans un pays où l'eau est
en quelque sorte rélémeiit dominant, il sut faire jouer aux canaux, aux fleuves, un rôle important dans la peinture et emprisonner une émotion poignante entre un ciel bas et chargé de nuages et les petits flots d'une rivière