LES PRISONS DE LA RETRAITE ET DE KERLOT
Au bout de quelques mois, les captifs d'Audierne furent donc transférés à la ma,ison de la Retraite de Quimpcr. changée en maison d'arr^ét. Ils eurent là beaucoup à souffrir de la part des soldats (jui les gardaient. Ceux-ci se faisaient un cruel plaisir d'insulter à leur caractère sacré, à leur âge avancé et à leur état d'inlirmité (c'étaient des vieillards et des malades) : ces hommes sans cœur les accablaient de mauvais propos et d'injures, dans un langage qu'on ne saurait reproduire sans rougir.
Buvant courageusement jusqu'à la lie le calice d'amertumes dont les abreuvaient chaque jour leurs barbares geôliers, nos vaillants confesseurs de la foi se résignaient à leur sort dans celte nouvelle prison, lorsqu'on les transféra encore à Vabbaye de Keiiot; là, on les mit deux à deux dans chaque cellule, avec défense de communiquer avec aucune personne du dehors. Les jardins leur furent absolument interdits : ils n'avaient pour prendre un peu d'air qu'une petite cour entourée de bâtiments. C'était, on le voit, le cancre dura, la détention dans ce qu'elle a de plus dur.
On leur accorda cependant la faculté d'offrir le saint sacrifice de la Messe : ce fut pour eux la meilleure consolation , au milieu de toutes les privations et des souffrances qu'ils endurèrent dans cette prison.
Un Irait peindra à quel point la haine du prêtre non assermenté était poussée alors. Une dame de Quimpcr,
étant venue à Kerlot s'informer de la manière dont on traitait les victimes qne Ton y détenait , trouva qae l'on était trop bon à leur égard, qu'il fallait les faire mourir à petit feu, ou mieux encore, en finir, au plus tôt, avec cette prêtraille (sic)... Et pour arriver à ce dernier résultat, elle engagea le concierge à empoisonner le potage qu'on leur servait. Quelle femme, ou plutôt quel monstre féminin I
Ces horribles propos ont été entendus et racontés par un des prêtres détenus à l'abbaye de Kerlot. Devenu, après la Révolution , recteur d'une paroisse rurale , ce vénérable ecclésiastique reçut, un jour, la visite d'une personne qui habitait, l'été, une propriété située sur sa paroisse. Dans la conversation elle dit qu'elle était la fille de cette dame. Ne pouvant maîtriser son émotion, au souvenir que ce nom lui rappelait , le vieux prêtre pâlit et se mit à trembler de tous ses membres. . .
Quand il racontait ce trait, il ajoutait : « nous res- « tûmes près do quinze jours, sans oser manger le <i potage (ju'on nous servait quotidiennement : nous « avions peur d'être empoisonnés I Ce que voyant le « concierge, il nous' en demanda la raison, que nous « lui dîmes ingénument. Ne pouvant contester la véra- « cité de l'atroce conseil donné par la fameuse patriote, « il répondit (|ue c'était lui faire injure, car il n'aurait «jamais voulu commettre un si horrible attentat. . . « Puis, il mangea lui-même de la soupe que l'on avait « apportée sur notre table. A partir de ce moment, seu- « lement, nos inquiétudes cessèrent, et nous primes ce <i mets comme par le passé. »
Vers la lin de l'année 1792 ou le commencement de I79:j, M. l'abbé du Laurents, vicaire général, auquel on avait permis» pendant un certain temps, de rester à la
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etmpii^f!, fut aussi renFcrmé à Kerlot, par ordre dn Déparlemont. l'armi les cinquante-trois prêtres qui s'y trouvèrent ilélenus ensemble, était !e père La Tour, ancien jésuite, directeur des Ursiilines de ynimpcrié.
La PttlSON DD CHATEAU DU TAUREAU.
La Convention, rAsscmblùo législative et plus latil le Direcloire avaient condamné les prêtres réfraclaires h la déportation. Un grand nombre d'entre eux frit déporté à la (luvane franijaise. C'était le pays le plus iDalsain de touliss nos colonies, sous un climat brûlant où les Européens ne pouvaient séjourner sans péril, ùi déportation à la (îuyaDe, c'était donc la condamnation à Dne mort presque certaine : au reste , supposé que le climat mortel de cette colonie eut épargné les mallieureusea victime* que l'on y envoyait, le régime de vie qu'elles y subissaient eilt sutB pour les Taire mourir en peu de temps. Privés de linge, dévorés par la vermine. et pai' des insectes et des reptiles venimeux ; mal nourris, logés sous des luittes, exposés à tontes les ardeurs d'au ^leil torride, au milieu de mai'ais infects, dans les affreux déserts de Conamann , qui signifie si'jour de Vharreur, en langue indienne , et de Sinnamary, les déportés ne tardaient pas à cunlracler des maladies cruelles qui finissaient toujours par une mort prompte et dooloureuse.
Les yeux se remplissent de larmes, le cœur saigne, oa souvenir des soulTrances et des tortures qu'ils supportèrent sur cette terre homicide qui, suivant l'expression d'un député de l'époque, était une (fuillotine sèctte. On en jugera par la peinture rpic nous a laissée de r.onanana an des prêtres y déportés; elle itarait avoir étij
adressée à Monseigneur de La Marche qui s'occupait, du lieu de son exil, de secourir ces inlbrlunés :
« Ce désert est une savane d'un sable brûlant, noyée, « les trois-quarls de l'année par une eau blanche et « saumâtre, la seule que l'on y trouve à boire. Nulle « trace d'habitants. Les indigènes ont toujours fui avec « eiïroi ce local continuellement assailli d'une nuée « d'insectes et de moucherons de plusieurs espèces, qui, « jour et nuit, tourmentent les vivants par des piqûres « envenimées, (pii empêchent le sommeil. Ce fléau seul « sulFit pour faire périr les hommes. Les nègres et les « indiens (pi'on avait rassemblés pour travailler à la «* construction des carbets (grandes cases communes des « sauvages au milieu de leurs habitations), s'enfuirent « trois fois,ne pouvant résisler à ces piqûres. Il fallut des « soldats armés pour les forcer à continuer l'ouvrage. « Il n'était pas encore achevé, quand on y établit les « déportés. Sept ou huit carbets les mirent à couvert de « la pluie et du soleil; mais, comme ils étaient ouverts « de lout coté, sans portes ni fenêtres , les insectes les « remplissaient continuellement pour s'y nourrir de sang « humain. »
Les prêtres du diocèse de Ouimper que l'on réservait pour cet eiïrayant exil, ou plutôt i)Our cette guillotine dissimulée, mille fois plus cruelle, parce qu'elle opérait plus lentement que l'hoi rible instrument, qui inonda la France du sang de ses enfants les plus dévoués : ces prêtres furent détenus, en attendant le jour du départ, dans une forteresse , située à l'entrée de la baie de Morlaix, appelée le Château du Taureau.
Au nombre de ces ecclésiastiques étaient : MM. Tanguy, Ouéméner, Gouil et Ansquer, curé ou vicaire de Querrien; Mj^^JaiTry ; M. le recteur du ^uiliou ; le Pèçe
Lu Tour, ancien jésuite, directeur des Ursuliues de Oiiimperlé; iM. Le Gac, professeur au collège de Quimper; M. Le Jacq, vicaire de Gourin;le l\ Le Cor, capuciu et iM. 5Ioreau,lequel trouva le moyen de s'évader du Château. Au reste, soit que Ion ne put pas les faire arriver à temps [)Our s embarquer avec les autres prêtres français déportés à la Guyane, soit pour une autre raison, ils furent transportés à Bremeu, en Westphalie.
Nous n'avons pu nous procurer d'autres détails sur le siyour de nos prêtres au Château du Taureau : ils durent y être traités comme dans les autres prisons, car on s'appliquait, dans tous les districts du département, à maltraiter les prêtres qui refusaient le serment, d'abord (c'est dur à dire, mais c'est la vérité), par un motif de haine contre eux; et puis, pour tacher de les amener ainsi à trahir leurs devoirs et à se jeter dans le parti de la Révolution.
<( Tourmentez-les, vexez-les, disait-on, i)uisqu'ils no « veulent pas obéir aux lois; on les forcera de cette « manière à se ranger de notre coté! »
On les appelait des révoltés et des réfractaires (certains écrivains modernes les appellent encore de ce nom): pounjuoi ?
« Parce que, dit un journal anglais de Tépoque, ils « ont été |)lus fidèles à Dieu qu'aux hommes; parce « qu'ils ont refusé de sacrifier leur conscience à des « ordres lyranniipies ; parce qu'i-ls étaient les ministres a incorru[)tibles du seul culte que l'on voulait pro- «scrire. . . » (1)
Parce (|ue, ajouterons-nous, mis en demeure d'opter entre l'Église catholique et la Uévolution (fui attaquait
(I) Le Courrier de [j)ndrcs, du vendredi '2 Novembw 1708.
ses droits essentiels, ils préféraient rester attachés à la première qu'ils ne pouvaient abandonner, sans commettre un péché grave, sans se séparer de son unité.
N'était-ce pas intervertir les rôles?
Ne pouvait-on pas qualifier plutôt de réfractaires ceux qui, par une prétention inouie et une usurpation de pouvoir effrénée, avaient osé, malgré les réclamations du Vicaire de Jésus-Christ, imposer à l'Église une Constitution anti-catholique, contraire non-seulement à sa discipline, mais aussi, en certains points, à la foi, comme le dit le Pape, Tic VI, dans sa lettre aux évêques et au clergé de France, en date du 13 Avril 1791 î (1)
COLLEGIALES.
H n'y avait dans le diocèse de Quimper, à l'époque de la Révolution, que deux collégiales (2) : Tune à Carhaix, l'autre à Roslrenen. Le doyen de la collégiale de Carhaix était de la Normandie : il était absent, depuis im assez long temps, à l'époque où éclata la persécution contre le clergé calholi(|uc. Des quatre chanoines qui composaient celle collégiale, trois prêtèrent le serment et
fl)« Novam clori conslitulionem... ex principiiscoalcscere ab liœrcsi profoctis, a(leo(|ue in pluribus decrelis hœrelicam esse, et caUiolico (loj^mali adversantem «
Cl) On appelle collégiale un chapitre érijj;édans uneêglis<î qui n'e^l pas ciilhédrale.
Les chanoines des collégiales n'ont aucune juridiction épiscopale, le siège vacant ; ils ne sont pas de droit, comme les chanoines des cathwl raies, les cousrillrrs de rKvé(|ue; ils sont seulement établis |M»ur célébrer le culte public dans une église choisie à a^tte t\n.
Les collégiales se divisent en iiisi fines et non-insignes, suivant qu'elles sont décorées de ce nom et de cette qualité par le J^ape, l'estimation commune, ou qu'elles les empruntent au lieu renommé où elles sont situées.
Les églises collégiales sont inférieures aux églises cathédrales; mais elles sont suptTieures aux simples églises paroissiales.
StU do zéU$ pnrlisiiiis iIdâ idiics révaliilioifj nous igiioroDs s'ils ont peiàévéré dans lii schisme.
La culiùgialo ilu Roslrenen, ciim|n>sée aussi ilo qii;Ura chaaoÎDes. avait pour doyen M. l^ollci ; il demeura tidéle i la sainte Église avuc ses confines, les ehauoines Élîenae Le Garrec, Brellivet et Boulier.
Le diocèse de Ouimper possédait deux séminaires, l'un dans la ville êpiscopale. composé de six directeurs; fanlre à VIouguernével, composô île cint] direiîtours, tous choisis et nommés par l'Évéqne, et pris dans le clergé diocésain. Los supérieurs et tous les direcleiirs de ces deux maisons se sont montrés dignes, par leur attachement à leur devoir, do la conliance que Monseigneur do Sainl-Luc et [ont son clergé avaient en eux.
Non content do donner à ses confrères l'exemple do la fermeté, en refusant le serment, M. Liscoat, suiiértour da séminaire de Quimper. consacra sou talent à combattre par de solides écrits les doctrines nouvelles ; il réfuta, en particulier, avec une remarquable force de logique l'apologie de la Conslilulion civile, publiée par Le i;oz. principal du collège. A son arrivée à Quimper. Expilly essaya tous les moyens de s'attacher M. Liscoat, sacU:int toute t'inihience que cet excellent prêtre avait dans le diocèse. Mais ce fut en vain : TÉvéque intrus uc put jamais se faire reconnaître ni accepter de lui ni do ses collaborateurs.
Voyant qu'il ri',ivail rien à attendre de ces messieurs, surtont après une conversation où ils lui parièrent avec louto l'intrépidité ipio réclaniaieiit la vérité et les nrconslauces, Expilly les renipla(.a par quatre i)réli'es
assermeiilés (I), en ayant soin, d'en aviser le Directoire (lu Département.
A la réception de cet avis, voulant tenter un dernier effort, le procureur-général syndic écrivit, le 9 Mars 1791, à M. Liscoat, supérieur du séminaire, la lettre suivante :
« Monsieur le Supérieur ,
« Si vous et MM. les autres directeurs du séminaire « êtes toujours dans Tinlention de vous refuser au « serment prescrit par la loi du 26 décembre dernier, « pour continuer vos fonctions, Veuillez bien me faire « l'honneur de me répondre et de me faire savoir le jour « qui vous serait commode pour remettre aux commisse saires, qui seront délégués, les effets, titres et papiers « dépendant de la maison. »
M. Liscoat, supérieur, se trouvant absent lors de la réception de celle lettre, M. Le Coguiec, procureur de la maison, répondit :
« Monsieur le Trocureur général,
« Malgré l'absence de M. le supérieur et de la plupart « de mes confrères, je crois f)Ouvoir vous assurer que « nous sommes tous dans l'intention de refuser le « serment exigé par k décret du 26 Décembre. Comme « je suis seul chargé des elTets, tities et papiers dé- « pendant de la maison, je suis prêt à en rendre « comi)te. . . »
Dans le ja'océs-verbal de sa démarche auprès des directeurs du séminaire et de leur réponse, le procureur général crut devoir ajouter :
(Il (rs prrtivs ('(aient : los sieurs Le ('oz, nrtour de ChAtoaulin, ollilrault. Scr.nicloiir el Le (ijie. Ce dernier ne doit pas Olre ctinlondu avec M. Le (iae, professiuir au t'onéjze, qui refusa ôrier- (;i(|uemeiil et constamment le serment, comme nous le dirons plus bas.
« Celte démarche de ma part vis-à-vis de Messieurs <( du séminaire était une précaution surabondante, car « j'avais déjà été prévenu par le maire de Quimper que, « quoique la loi eût été publiée et affichée, dès le 13 « Janvier, aucun de Messieurs du séminaire ne s'était « présenté pour faire le serment. »
Le Directoire nomma immédiatement des commissaires pour faire l'inventaire du mobilier du séminaire, puis il donna ordre aux anciens directeurs de sortir sur-lechamp de l'établissement, avec menace, s'ils refusaient d'obéir, de les en arracher à main armée. Cette notification leur fut faite, le 8 Avril 1791 ; comme il n'y avait pas de résistance possible contre la force, ils sortirent, le lendemain, sans bruit et sans éclat.
Malgré son expulsion de l'établissement dont il était le seul recteur légitime, M. Liscoat n'en demeura pas moins à Quimper, où il fit le plus grand bien. 11 continuait, comme par le passé, à diriger et à conseiller les prêtres qui le consultaient; il fortifiait et encourageait ceux qui marchaient dans la bonne voie ; il y ramenait ceux qui avaient eu le malheur de la quitter, un instant... Dénoncé au District, et au moment d'être arrêté, il s'éloigna de la ville, vers le mois de Juillet ou d'Août 1791. Depuis, errant de paroisse en paroisse, il parcourut ainsi plusieurs cantons du diocèse, au risque d'être saisi à chaque instant. Enlin, voyant qu'il a'y avait plus de sûreté pour lui dans son pays, il se relira en Espagne,vers le mois d'Octobre 1792. Plus lard, voulant avoir avec d'autres proscrits les moyens de rentrer en Bretagne, il passa à Jersey : mais, comme on le sait, ces moyens manquèrent par un ensemble de circonstances malheureuses (pi'il serait trop long de rappeler dans ce récit.
A son retour de Texil, après le concordat, M. Liscoat redevint sapérieur da séminaire» où il moural, le 4 Décembre 1803, Ses restes ont été déposés, en 1852, par les soins pieux de Monseigneur Graveran, Évèque de Quimper, dans la chapelle du cimetière de Saint- Louis, en cette ville, avec ceux do plusieurs autres prêtres, enterrés dans le même cimetière.
M. Liscoat a laissé un ouvrage inédit sur cette Révo-
tion française, dont il fut une des innocentes victimes.
« Ce n'est point, nous écrit la personne qui a découvert
« ce manuscrit, un récit local, mais des considérations
« sur la Révolution française. C'est en quelque sorte, et
« avec plus de talent, la contre-partie de l'ouvrage de
« Monnier sur la part attribuée aux philosophes dans
« le mouvement révolutionnaire. »
Le vice-supérieur du séminaire était M. Cossoul,
l'un des vicaires capitulaires, dont nous avons loué plus
haut la fermeté et le zèle à défendre les bonnes doctrines.
Les autres directeurs de la maison, dont les noms
suivent, fermes imitateurs de leurs supérieurs, furent
comme eux en butte à la persécution. M. Le Coguiec,
procureur de la maison, se retira à Jersey ; M. de
Legerville, après avoir été détenu, plus de huit mois, au
Château de Brest, lut déporté en Espagne; ;MM. ïvenat
et Le Garrec seraient demeurés eu France, fuyant et se
cachant là où ils pouvaient, toujours sous la crainte
d'être saisis. . .
Ainsi que leurs collègues de Quimper, les cin(| directeurs du séminaire de riouguernével furent persécutés à outrance. Le supérieur, M. Le Coq, est mort en Espagne où il avait émigré avec trois de ses confrères MM. Pennée, Louédec et Tuuller ; le quatrième, M. Rigoleur s'était enfui à Jersev.
t ne saurait trop louer et admirer la rermew dignes directeurs do la jeunesse cléricale, leur xèle à défendre les intért^ts de ta sainte Église, au milieu do la (onrmente révolutionnaire qui menaçait de renverser la foi des populations. Comme autant d'apôtres, ils parcouraient les diverses paroisses du canton de Plouguernévol, foriilianl, par leur parole et par leur exemple, le peuple dans son attachement traditioanei à la religion. Mais la force qu'ils communiqu aient aux simples lidùles, ils avaient soin de l'eulretcnir dans l'âme des prêtres qui, ayant les youx fixés sur eux, demeurèrent inébranlables, malgré tons les assauts (|u'ils curent à subir. Lu fermeté du clergé de cette vaste partie du diocèse de Quimper, appelée la haute Corn onai Ile, fut si grande et si unanime qu'à l'exception d'un ou deux de ses membres, il rejota avet; horreur loule espèce de serment.
Les directeurs du séminaire de Plouguernével furent chassés de leur maison de la façon la plus barbare, après diverses vexations et avanies dont nous avons le rcgrçt de ne pas connaiiro le détail. Placés et maintenus dans ce poste par l'auiorîté de leurs supérieurs ecclésiastiques, ces vaillants soldats, sommés duj'abandonnor, □e cédèrent qu'à la force et à la violcuce.
« Nous ne nous hasarderons point, dit M. l'abbé « Boissière, à dire do mémoire la manière indigne et • cruelle dont on les arracha du séminaire, ni à faire le « récit détaillé des mauvais traitements qu'un leur fit « éprouver dans celte occasion. »
Les dirci-teurs et professeurs du collège de Qiiimpor Qe marcticrenl pas hélas ! sur les traces de leurs cou-
frères des deux séminaires. Autant l'attitude des ^^econds fut noble et belle ; autant celle des premiers fut triste et lamentable I II faut dire aussi qu'ils avaient à leur tête le fameux Claude Le Coz, dont nous avons déjà fait le portrait. Son exemple perlide et ses insinuations sophistiques contribuèrent beaucoup à pervertir le sousprincipal Guillaume , les professeurs Saouzanet, OUi- Irault, Le Bourg, Poyet, Sérandour et Bourbe, tous honorés du sacerdoce, et gens de conduite irréprochable avant la Révolution. Attachés jusqu'alors à tous leurs devoirs, on les vit hésiter, au commencement des troubles,sur le parti qu'ils prendraient, en face du serment exigé. Mais le moment étant venu d'opter entre cet acte sacrilège et la perte de leur position, ils oublièrent ce qu'ils devaient à l'Église dont ils étaient les ministres. Le dimanche, 29 Janvier 1791, ils se rendirent à l'église cathédrale, où ils pronoacérent publiquement le serment, avec les autres ecclésiasti(|ues (|ui s'étaient déterminés comme eux à arborer l'étendard du schisme.
Un seul professeur, celui de cinquième, M. Le Gac, sut résister à toutes les allai|nes, à tous les raisonnements, à toutes les ciiresses et à tontes les menaces du ^ principal et de ses collègues : il refusa conslammenl de jurer, c'est-à-dire, (h [irèter le serment et d'assister au conseil des im[)ies. La consè(|uence de ces refus persévérants fut la privation de sa chaire. Mais (jne lui importait la perte de sa situation, puisqu'il avait gardé et sauvé sa foi !
Poursuivi désormais par la haine des patriotes et persécuté de mille manières, ce prêtre courageux erra pendant plusieurs mois ra et là, i)0ur éviter de tomber entre les mains de ses ennemis, jusiiu'à ce (]u'il se réfugia en Espiigne, vers le mois d'Octobre I79i. Au bout d'un
court séjour en ce pays, il retourna dans sa paroisse natale, à Plonévoz-rorzav, afin d'v donner les secours de la religion à ses compatriotes. Mais, malgré le déguisement sous lequel il se cachait, il ne tarda pas à être reconnu et arrêté : il fat dépopté en Allemagne avec' c|uel([aes autres prêtres, après avoir été détenu au Château du Taureau (I).
RECTEUnS, VICAIRES, AUTRES PRETRES ET RELIGIEUX.
f.a mort de Monseigneur rÉvéïpie de Quimper inllua beaucoup sur la dérection d'un cerlain nombre (recclésiastiques, recteurs, vicaires et autres, qui avaient été retenus jusque là dans le devoir par les exemples, la conduite et les exhortations de ce vertueux prélat.
Cependant, grâce à la Divine Providence, quelque déplorable (|u'elle soit, cotte défection ne fut pas considérable. Sur cent-soixanle-et-onze curés ou recteurs, Irenle-dcux seulement prêtèrent le serment, et encore, dans ce nombre, il y en avait plusieurs qui déclaraient hautement ne pas reconnaître Expilly pour leur évêquo et refusaient de communiquer avec lui. Parmi les vicaires et les simples prêtres, i-l y eut, à proportion, moins de jureurs que parmi les recteurs.
En face de ces défaillances de quelques uns des leurs, qui étaient un scandale pour tous, et une occasion de
(I) M. Le Oac, mort chanoine de la cathédrale de Quimper, fut enterré dans le cimetière de Plonévez-Porzay, à coté de la mère de Mgr Le Coz, son compatriote». Sur la tombe de cette humble femme on lit ces mots emphati(|ues et maladroits ; f Ci-git la mère de Mgr I^e Coz, mort archevêque de Besançon en odeur de sainteté.» Sur la modeste pierre i\m recouvre h's restes de l'ancien confesseur de la foi, est gravé ce texte de la Sainte-Ecriture, rappelant sa fidélité à l'Rglise : ^Vidi'prxvaricanles, cl inbesccham. J'ai vu les prévaricateurs, et j'en séchais de chagrin. »
chute pour beaacoop de fidèles, les prêtres, demeurés fermes aa ntîlîea de la tempête, redoablèrent de zèle et de yigilance pour prémunir les populations contre la séduction de Terreur, qui s'insinuait de proche en proche dans les âmes, et semblable à un cancer, suivant Ténergique expression de Tapôtre saint Paul, s'étendait de côté et d'autre, gagnant toujours du terrain (1).
Affrontant, pour soutenir leurs frères dans la foi, tous les périls et toutes les épreuves ; ne craignant ni la prison, ni l'exil, ni même la mort, chacun de ces prêtres pouvait dire avec vérité comme le même apôtre à Timothée : « Je travaille pour l'Évangile jusqu'à être emprisonné et chargé de chaînes comme un malfaiteur; mais la parole de Dieu n'est point captive ; — c'est pourquoi, j'endure toute sorte de maux, à cause des élus ...» (2).
C'est, du reste, le glorieux témoignage que, devant la Convention, rendit au clergé de Quimper l'éloquent abbé Maury, lorsque, répondant au discours du fougueux Voidel, il prononça ces belles paroles que nous voulons, en notre qualité de Breton et de prêtre de ce diocèse, rappeler et garder comme un litre de gloire et un précieux encouragement :
« Nous imiterons avec enthousiasme le bel exemple « do fermeté sacerdotale que vient de donner à tout le « clergé de France le brave et bon clergé de Quimper. « Qu'on ose nous vexer, en nous demandant des ser- « menls contraires à nos principes ; nous retrouverons « cette énergie de courage, qui ne compte plus pour
(1) Semio eorum ui cancer scrpit. (S. Paul. 2. TIm. 2-17).
("2) In quo laboro xisquc ad vincula, quasi maie operans ; sed verùtim Dei non est altigatum; —ideo omnia sxisUneo proptcr clectos. (Ibid. 2-9 et lOj.
<iFÎïeo te sacrifice do la fortune et de la vie, qnand 11 « fanl s'immoler au devuir. »
Ce lémoignage rendu par l'abbé Maury, le 27 Nnvomhro 1790, au clergé dn diocôse de yiiimper, il le mérita pendant tunt le temps que dura la persécution, car sa fermeté persévéra autant que l'épreuve.
LES DOHINIUINS DK QUIMPERU.
Le couvent des Domîaicainâ de Quimperlé se composait en nno de cinq religieux, dont deux ôlaieDl absents, l'an à Vitré et l'autre, frère convers, à Rennes.
I,e 10 Mai de cette année, le père Prieur de la communauté, Pierre-Julien Fissot, profits du couvent de Rmnex, où il était entré h. 16 ans, sommé de répondre s'il adhérait à la Constitution civile du cler^n^, demanda quelque temps pour réflécliir.
l.ù 23 Octobre, les municipaux s'étant de nouveau irftnsportés à son couvent, il déclara, ainsi qu'un de ses frères, qu'il choisissait la vie parliculière.et il quitta son ordre. Un mois après, il rétracta cette déclaration, en manifestant avec énergie qu'il voulait vivre en commnnaoïé avec tes religieux de son ordre et qu'il se retirerait, avec eux, à Rennes, si la maison de Quimperié était suppriméu. Le père Jean Le Louer, âgé de AC ans, profés de la maison, refusa constamment son adhésion à la Constitution civile du clergé.