Planche n» XI
5. La planche porte la date 1770, car c'est à cette époque que Lestiboudois et Riquet présentèrent leur pharmacopée.
s'efïorce vainement de répandre ses rayons à travers les noirs niiag-es tels qu'on en voit souvent à Lille, sans qu'il soit besoin de les aug-menter moralement par plus de deux ans de controverse. Deux petits g-énies ailés déployent une banderolle portant cette inscription :
Inventant Medicina meum est *, opiferqiie per orbem Dicor, et herbarum subjecta potentia nobis.
« La Médecine est mon invention, je suis proclamée secourable par tout l'univers, et la puissance des simples nous est soumise. »
Dans le terre à terre du frontispice la préoccupation des drog-ues exotiques est exprimée dans des formes qui auront paru étranges aux Lillois du temps.
Une g-alère qui vole à pleines voiles et en haute mer ! ! ! Des montagnes, des rochers et même un volcan, c'est tout aussi invraisemblable, pour Lille, que l'attitude de quelques personnages qu'on voit s'exposer précisément sur les flancs du foyer volcanique.
A mi-distance s'étalent les allées régulières d'un jardin qui donne beaucoup plus l'idée utilitaire d'une exploitation d'herboristerie, sinon de culture maraîchère, sans rien qui rappelle les plantations variées et scientifiques des jardins botaniques ; au centre un jet d'eau avec une vasque dont la forme rappelle les usages espag'nols qui avaient eu plusieurs siècles de succès dans les habitudes de toute la région pendant le gouvernement des archiducs; unerang-ée de peupliers borde, de chaque côté, l'allée centrale. Des personnages peu nombreux sont occupés à l'exploitation des plates-bandes. On ne saurait discerner à quelle espèce botanique se rapportent les quelques arbustes qui végètent
1. Dans la gravure, cette virgule manque, ce qui rend la compréhension de cette devise assez difficile ; du reste, opifer est un mot de basse latinité.
sur mic (''h'valioii <lii S(jl à i^aiiclic de la ('()inj)Osilioii, mais on roconnaîl un acacia et un plant d'alocs siu- une console, (|ui i>arnit le commencement d'un escalier liniilanl hî coU" droil de cette espèce de taijieau.
Sur une sorte de terre- plein un cerf et un sanglier l'ont une étrang-e rencontre dans une course en sens contraire qui ne présente ni vraisemblance ni caractère arlisti(jue.
Au premier plan, parmi quelques accessoires dont il n'est pas aisé de déterminer tous les détails, cinq petits g"énies s'occupent de pharmacie galéno-chimique ; l'un achève Tévaporation d'un extrait au bain-marie, un autre se montre absolument distrait bien qu'il soit préposé à la surveillance d'un appareil distillaloire {per descensum), un troisième fait une trituration dans un mortier bien vaste tandis qu'un quatrième collabore au mélange en y ajoutant le contenu d'un vase très plat; enfin un cinquième assis sur le sol paraît mal résig-né à la monotonie d'une opération pharmaceutique qui est peut-être une tamisation, peut-être une manœuvre de section de racine.
Il n^ a donc pas lieu de regretter que cette production n'ait pas été hvrée au grand public ; les critiques en ont fait bonne justice lorsqu'ils se sont bornés à la mettre honorablement dans les archives, au lieu de lui consacrer une valeur financière mal proportionnée avec un très petit mérite.
La nouvelle pharmacopée est semblable aux précédentes, c'est un in-4° de 887 pages, rédigé entièrement en latin. En tête se trouvent la dédicace signée des auteurs, la liste des médecins, une préface signée des examinateurs, l'avertissement du libraire et les observations de MM. de Jussieu et Macquer. Puis commence la nomenclature des végétaux, des animaux et des minéraux. On ne les cite plus sans observations^, mais toujours comme dans l'exemple suivant :
Planche XII. — Page ii6.
Frontispice du manuscrit de la Pharmacopée lilloise,
de 1770- [772, conservé à la Bibliothèque communale de
Lille, n» 36i.
(Fac-similé réduit .)
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ABIES. Le Sapin. PI. 80
Abies conis furfum fpectantibus, five mas. P. 5o5. Abies Taxi folio, fructu furfum /'pédante. T. 585. Pinus Picea. Lin. Sp. 1420.
Ex Abiete colligitur in fylvis Tyrolis et Alfatias, Terebinthinae fpecies vulgo de Venife ou de Strasbourg- dïcta. Est refina Mellis recentis confiftentise, flavefcens, acris, amaricans, odore non ingrata. Eligatur fragrans et tranflucens.
Les plantes occupent iio pages ; mais la partie qui paraît la plus intéressante est celle qui traite des animaux.
L'Esturgeon à colle (Accipenser) est celui qui commence cette série ; voici ce qu'on en dit : Des Esturgeons cartilagineux, après élimination de la peau, des viscères, on retire I'Ighthyocolle. La meilleure est celle qui est blanche, dure, contournée en spirales ; sans odeur, diaphane, facilement et entièrement soluble. Le Garum Caviar se prépare auec des œufs d'Esturgeon. Quoique d^ habitude marine, f Esturgeon se trouve souvent dans les fleuves.
On trouve parmi les 65 autres : l'Elan [Alce) dont on emploie les ongles et les cornes, le Canard sauvage (Anas sylvestris) et l'Oie (^Anser) utilisés pour leur graisse, l'Anguille (Anguilla) dont on recherchait le fiel ; le Sanglier (Aper) que les dents ont fait placer dans la Pharmacopée ; l'Abeille (Apis) qui vient immédiatement après, fait l'objet d'une assez longue description, car le Miel et la Cire sont deux médicaments importants ; l'Ane (Asinus) dont on préconisait le lait ^
Du Bœuf [Bos) on employait diverses parties : le fiel, le lait, le sang-, les cornes, la bouse, etc. Les médecins et les pharmaciens qui ont rédigé la Pharmacopée de Lille de 1772 attribuaient au Codex de Paris une eau de Mille fleurs obtenue par distillation de la bouse de vache (Aqua
1. Cet u^age n'est pas perdu ; à Paris, on vend encore dans les rues du lait d'ànesse.
Millejloram Codicis Parisiensis distillatur e stercore vaccino). Toutefois l'eau de Mille fleurs la plus connue ayant une origine différente, les rédacteurs la précisent : c'était l'urine de vache placée dans des conditions spéciales ; la bête devait être mise en pâture et aussi se trouver ab aliquot diebus a tauro separata.
(( Gomme le nom d'urine de vache, dit Lemerj, donne aux malades une idée sale et dég-oûtante on lui en a donné un plus agréable et plus spécieux, on l'appelle Eau de Mille fleurs ^ ».
Il paraît que ce médicament dont l'usag-e venait d'Allemag-ne était un hydrag-og-ue et on lui prêtait quelques succès à Paris.
L'apothicaire devait avoir, à partir de 1772, dans son officine, des yeux d'écre visse, de Y Album Grœcum, des cantharides, du sang- de bouc desséché, qui d'après M. Lépinois ^, était capable de conférer des propriétés déterminées au liquide sang-uin. Les produits animaux auxquels ils attachaient le plus d'importance étaient certainement les bézoards. « On leur attribuait^ dit Guibourt, la propriété toute merveilleuse et si banale de résister à la malignité des humeurs, à la peste, aux venins, etc ^. »
Parmi les autres produits, comme l'Ivoire, les Œufs, le nid d'Hirondelle, le Sanglier, le Gastoreum, le Musc^ les poils de Lièvre, le Ver de terre, le Paon, la laine grasse de Brebis ^, la Grenouille, la Vipère, la Givette, etc., celui
1. Lemery. De l'urine de vache, de ses effets en médecine et de son analyse chymique (Histoire de L'Académie royale des Sciences, Année 1707. Paris, 1737). Mémoires, p. 33.
2. LÉPINOIS. Etude des principales préparations organothérapiques, p. 34. Coulommiers, 1899. (Tlièse de doctorat de l'Université de Paris, Pharmacie.)
3. Guibourt et Planchon. Histoire des drogues, t. 4, p. 103. Paris, 1874.
4. La lanoline moderne est donc un renouveau d'un usag-e ancien.
qui paraît le plus intéressant est l'Homme. Voici ce qu'on en dit :
Homo. V Homme.
Nosce te ipsiim. Le lait de femme, l'axonge, le crâne d'un homme mort de mort violente et non inhumé, et la Momie d'Eg-ypte sont utilisés.
Les Momies d'Egypte sont des cadavres humains conservés, desséchés par de l'Aloès, de la Myrrhe, de l'Asphalte et beaucoup d'autres espèces aromatiques et balsamiques. On les apporte rarement entières, mais divisées en portions. On doit choisir la Momie d'odeur non désagréable, amère, bitumineuse et de bon aspect.
Il paraît qu'on employait la momie comme antiseptique. Quant au crâne humain il était l'antidote de la dysenterie et son sel était propice pour les épilepsies.
Dans la Pharmacopée de 1773 on trouve, après la liste des Animaux,, celle des Minéraux, puis des définitions et avertissements qui se terminent par quelques pag'es intitulées De Preparationibus Medicamentorum où l'on voit la Corne de Cerf préparée, la Thérébentine cuite, etc.
Alors commence le chapitre i sur les opérations galéniques ; il se divise en
Article I. De Ptisanis, Decoctis et Jusculis. De Acetis, Vinis et Cerevisiis.
De Extractis.
De Mellitis, Syrupis et Looch.
De Rob, Conservis et Conditis, De Pulveribus.
De Trochiscis.