SPINOZA
libre, à vrai dire, n'y peut être renfermée. Le système repose donc sur ce postulat qu'il n'y a point de volonté libre. III. Là natdrë et l'homme. — La nature, telle que nous la connaissons, se développe en deux séries parallèles de phénomènes ou modes : les modes de la pensée et les modes de l'étendue. Chaque pensée correspond à un mouvement, chaque mouvement correspond à une pensée : ce sont deux faces inséparables d'une même existence. :— L'homme n'est pas dans la nature comme un empire dans un empire, mais comme une partie dans un tout. Le libre arbitre est inadmissible à priori, puisque tout découle de l'essence même de Dieu avec une nécessité absolue, et à posteriori, parce que le prétendu sentiment de notre liberté se réduit à 1 ignorance des causes qui nous poussent. L'homme n'est donc qu'un « automate spirituel. » Ses pensées et ses passions s'expliquent géométriquement. — Théorie géométrique des passions. Principe fondamental de cette théorie : a Toute chose, autant qu'il est en elle, s'efforce de persévérer dans son être. » Cet effort, quand il a conscience de soi, s'appelle le désir. — Ce qui satisfait le désir produit la joie, « cette passion par laquelle l'âme passe à une perfection plus grande. » Ce qui contrarie le désir produit la tristesse. Joie, tristesse et désir sont trois passions élémentaires d'où naissent toutes les autres. L'amour et la haine n'en sont que des dérivés. Caractère fatal que Spinoza attribue à tout amour. — Il reconnaît cependant que l'amour est plus grand quand l'être aimant est persuadé que l'être aimé est libre et librement bon. Spinoza reconnaît ainsi implicitement que la perfection véritable est la bonté libre, et conséquemment que la perfection véritable n'est point celle qu'il attribue à son Dieu et à son Univers.
IV. MOHALE DE Spinoza. — La morale de Spinoza est celle du déterminisme absolu. Spinoza rejette d'abord toute considération de causes finales. La nature n*a pas de but et n'agit pas pour une fin; elle est ce qu'elle
, ne peut pas ne pas être. Par conséquent, la perfection et l'imperfection consistant à atteindre ou à ne pas atteindre sa fin sont des notions tout humaines, qui n'expriment rien de réel. Le bien et le mal ne marquent rien de positif dans les choses considérées en elles-mêmes, et ne sont autre chose que des façons de penser. — Tout bien est relatif à nos désirs et se réduit à l'utile. L'utile est ce qui sert à nous procurer de la joie. — La morale n'est donc que la science de l'utilité véritable, la science du bonheur. — Le bonheur ne se trouve que dans le développement de la raison. La raison conçoit les choses sous ridée de l'éternité et elle communique à la joie qui l'accompagne un caractère d'immutabilité et de durée. La raison comprend aussi la nécessité des choses, et la conscience de cette nécessité est la liberté même : s'identifier à la nécessité éternelle ou à Dieu, voilà la vertu, — Comprendre la nécessité qui fait dériver de Dieu toutes choses, c'est aimer Dieu d'un amour intellectuel. — L'amour de Dieu ne fait qu'un avec la vie éternelle. « Nous sentons, nous éprouvons que nous sommes éternels. » — Cette éternité de l'âme ne doit pas être considérée comme un salaire de la vertu, mais comme identique à la vertu même. — Politique de Spinoza. — C'est celle de Hobbes perfectionnée. Dans l'état de nature, il n'y a pas d'autre droit que la force. La raison fait comprendre à l'homme que son plus grand intérêt est dans la société avec ses semblables. Le pacte social, fondement de la société, ne consiste pas, comme l'a cru Hobbes, dans une aliénation totale de la puissance individuelle. Cette aliénation, selon Spinoza, est impossible ; l'individu ne peut pas céder le pouvoir de penser ce- qui lui plaît. Là est le fondement de la liberté de penser. En ontre, le pouvoir social le plus fort n'est pas le despotisme d'un seul, mais le gouvernement fondé