ÉCOLE ÉCOSSAISE (XVIII» ET XIX« SIÈCLES
REID, STEWART, HAMJLTON.
Selon Thomas Reid (1710-1796), l'excès de la spéculation conduit au scepticisme et éloigne du sens commun (1). La vraie méthode, c'est d'appliquer l'observation aux faits intérieurs comme aux faits extérieurs, et de faire une <( histoire naturelle de l'âme » sous le nom de psychologie. Quant aux questions métaphysiques de cause, de fin, de substance, d'origine, on s'en rapportera sur ces points aux suggestions spontanées du sens commun. En un mot, Thomas Reid supprime la métaphysique, et réduit la psychologie à une étude empirique des phénomènes selon la méthode de Bacon. L'école écossaise n'est qu'une école descriptive, qui énumère des faits ou qui invoque des croyances générales sans faire la critique de ces prétendues « vérités du sens commun. »
Dugald-Stewart (1753-1828), dans ses Éléments de la philo- Sophie de l'esprit humain, continue la même tradition.
L'école écossaise ne s'élève qu'avec Hamilton à des vues systé-
1 . Recherches sur l'entendement humain d'après les principes du sens commun.
matiques, et cela presque de nos jours, sous l'influence de la philosophie kantienne.
Hamilton, s'inspirant de Kant et de Hume, exprime clairement le principe sur lequel repose l'étude exclusive de la psychologie empirique : c'est que l'absolu, objet de la métaphysique, est inconnaissable. « Relativité de la connaissance humaine », telle est la thèse soutenue par Hamilton. Par là il entend que, la pensée étant une relation de l'objet pensé au sujet pensant, Tobjet ne peut être connu que dans cette relation : l'objet connu par nous est donc toujours relatif à nous et ne peut jamais être absolu. Penser, dit Hamilton, c'est soumettre un objet à des conditions, à des déterminations, à des limites : « penser, c'est conditionner, c'est déterminer, c'est limiter » ; il est dès lors impossible de penser l'absolu, puisque ce serait soumettre l'inconditionné à des conditions, ne fût-ce qu'aux conditions de notre pensée même. Nous ne pouvons, en un mot, connaître un objet qu'en l'opposant à un autre objet ou à nous-mêmes.
C'est, ajoute Hamilton, cette impossibilité de concevoir une chose quelconque comme absolue qui nous fait chercher à toute chose des conditions dans les choses précédentes. Ce qui paraît commencer, nous voulons lui trouver une existence antérieure dans ce que nous appelons ses causes, et de là vient ce qu'on nomme le principe de causalité.
Au reste, malgré l'impossibilité d'une connaissance de l'absolu, Hamilton veut que l'on conserve la foi à l'absolu, pour des raisons purement morales et religieuses. Delà, sur laquestion de l'existence de Dieu, une sorte de scepticisme métaphysique, qui aboutit à une foi mystique plus ou moins aveugle (1).
1. Voir, sur la relativité des connaissances, nos Principes de Philosophie et notre Philosophie de Platon, Conclusion,