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chose arbitraire et comme une armure extérieure dont on puisse se dépouiller, car nous ne pouvons nous dépouiller de notre personnalité même ni renoncer à être respectés : le droit est inaliénable. La liberté enfin, principe du devoir et du droit, n'est pas une chose arbitraire, mais la condition ou plutôt l'essence même de la moralité : la liberté est inaliénable (1).
Outre que le contrat d'aliénation proposé par Hobbes et Grotius est immoral, il est contradictoire par essence. « C'est une c convention vaine et contradictoire, dit Rousseau, de stipuler « d'une part une autorité absolue, et de l'autre une obéissance (c sans bornes. N'est-il pas clair qu'on n'est engagé à rien envers c celui dont on a droit de tout exiger? Et cette seule condition, « sans équivalent, sans échange, n'entralne-t-elle pas la nullité « del'acte?» Lecontrat,en effet, n'ade valeur que comme échange; si l'un est tout et l'autre rien, iln'y a plus d'échange, il n'y a plus de contrat. Celui qui se priverait de ses droits par contrat se priverait par cela même du droit de contracter, et le contrat, aussitôt fait, serait défait : il se nierait en s'affîrmant. Il n'y aurait donc vraiment plus de contrat, et l'obligation d'en respecter les clauses disparaîtrait.
Rousseau montre ensuite que le contrat d'aliénation est injuste envers les autres hommes, dont on prétend confisquer le droit même de contracter. L'association humaine reçoit perpétuellement dans son sein de nouveaux associés : ce sont tous les enfants qui naissent ; on n'a pas le droit de leur imposer d'avance une servitude, par aucun contrat formel ou tacite, et dans quelque mesure que ce soit. — « Quand chacun pourrait « s'aliéner lui-même, dit Rousseau, il ne peut aliéner ses enfants; « ils naissent hommes et libres ; leur liberté leur appartient ; nul (C n'a le droit d'en disposer qu'eux. Avant qu'ils soient en âge de (( raison, le père peut, en leur nom, stipuler des conditions pour (( leur conservation, pour leur bien-être, mais non les donner (( irrévocablement et sans condition, car un tel don est contraire <( aux fins de la nature et pa^se les droits de la paternité (2). »
Telles sont les raisons d'où Rousseau conclut que le contrat
1. « Renoncer à sa liberté », dit Rousseau, t c'est renoncer à sa qualité d'homme, aux droits de Thumanité, même à ses devoirs. Une telle renonciation est incompatible avec la nature de Fbomme, et c'est ôter toute moralité à ses actions que d*ôter toute liberté à sa volonté. » Contrat social, livre I, chap. iv.