Ibid
PHILOSOPHIE SOCULÊ. — ROUSSEAU. 381
Rousseau au momeat môme où il décrivait la société future : il finit pourtant par s'en dégager.
Le contrat social, ajoute Rousseau, n'est pas moins favorable au fond à l'égalité qu'à la liberté. « Au lieu de détruire l'égalité ce naturelle, le pacte fondamental substitue au contraire une égalité (c morale et légitime à ce que la nature avait pu mettre d'inéga- « lité physique entre les hommes ; et, pouvant être inégaux en « force ou en génie, ils deviennent tous égaux par convention et a de droit. »
Une fois l'association dés individus constituée par le contrat social, sous le nom d'État, où résidera la souveraineté ? Avant le contrat, la souveraineté était inhérente à l'individu et se conjbndait avec sa liberté même ; après le contrat, la souveraineté réside dans la volonté de tous, dans la volonté universelle ou, comme dit Rousseau, générale^ au sens le plus absolu de ce mot. En d'autres termes, une nation ou association libre d'individus n'appartient qu'à elle-même ; elle est souveraine sur elle-même et doit se régler par des lois qui soient son œuvre. Cette volonté absolument générale n'est pas seulement celle du plus grand nombre ; car « la loi de la pluralité des suffrages est elle- « même un établissement de convention et suppose au moins une « fois l'unanimité. » La volonté générale est celle de tous, et, à vrai ilire, elle embrasse même les générations à venir ; car, si la vo^ lonté de ceux qui vivent aujourd'hui prétendait enchaîner d'avance la volonté de ceux qui naîtront demain, ce ne serait plus qu'une volonté particulière et passagère s'efforçant de se substituer par usurpation à la volonté universelle et durable.
La volonté universelle ainsi entendue doit toujours demeurer libre ou souveraine d'elle; c'est ce que Rousseau exprime en disant que la souveraineté de la nation est inaliénable. Un peuple {>eut bien dire : « Je veux actuellement ce que veut un tel « homme, ou du moins ce qu'il dit vouloir ; mais il ne peut pas <f dire : — Ce que cet homme voudra demain, je le voudrai « encore, puisqu'il est absurde que la volonté se donne des « chaînes pour l'avenir... Si donc le peuple promet simplement « d'obéir, il §e dissout par cet acte, il perd sa qualité de peuple : « à l'instant qu'il y a un maître^ il n'y a plus de souverain^ et a dès lors le corps politique est détruit (1). »