Conv,, p. 207, 208, sqq
PLATON. DIALECTIQUE DBS SENTIMENTS. / Oé
vie. II n'est pas un seul êlre qui échappe à cette pi^is^ce. -^ de Tamour, pas même les plus vils animaux. Âussitâtingiu'ils aiment, quelle force divine les arrache à leur égoïsmeVift^vi- " duel et les pousse à se dévouer pour l'objet de leur amouK;^/]^ . ^ : ^ o' les voyant, Thomme se reconnaît lui-môme, comme dans uke^!:!-^ image imparfaite, mais encore touchante, de sa propre person* nalité ; ou plutôt il reconnaît, en eux comme en lui, quelque chose de supérieur à lui-même, quelque chose qui vient d'en haut. Ce désir qui tourmente la Nature, est-ce encore la Vénus terrestre ? n'est-ce pas déjà la Vénus du ciel ?
Cependant, il y a une fécondité plus belle que la fécondité selon le corps : c'est celle de Tâme. L'âme aussi engendre pour acquérir rimmortalité ; mais cette immortalité est celle de la gloire, et les productions qu'engendre l'âme, ce sont ses vertus. Voilà le véritable amour qui enflammait Âdmète, et Achille, et Codrus. Les grandes âmes recherchent des âmes qui leur ressemblent, pour s'unir à elles par des liens invisibles et impérissables. Leur lien est plus intime que celui de la famille, et leur affection bien plus forte, puisque leurs enfants sont plus beaux et plus immortels. Considérez, en effet, quels enfants Lycurgue a laissés à Sparte, sa patrie, Solon à Athènes, Homère et Hésiode à l'humanité ! « De tels enfants leur ont valu des temples ; mais les enfants des hommes, issus d'une femme, n'en ont jamais fait élever à personne. »
Pénétrons maintenant avec Platon dans les « suprêmes mystères » de l'amour du bien. Il va découvrir à nos yeux cette échelle dialectique dont le premier degré touche à la terre, et le dernier au royaume des Dieux. Pour s'élever de l'un à l'autre, l'amour doit suivre une marche régulière et sûre comme celle de l'intelligence : celle-ci avait besoin de points d'appui et s'élevait de vérité en vérité jusqu'à la vérité suprême ; l'amour, lui aussi, s'élèvera de beauté en beauté jusqu'au principe absolu d'où toute beauté découle.
Ce qui attire d'abord l'admiration de l'âme, ce sont les belles formes, les belles couleurs, les beaux sons, en un mot la beauté physique, surtout celle du corps humain. En l'apercevant, dit Platon, une émotion soudaine s'empare de nous, sans que nous puissions en dire la cause, sans que nous puissions comprendre la transformation inattendue qui s'accomplit dans notre être. A la vue de l'objet aimé, nous demeurons frappés d'étonnement et de joie
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comme si nous le reconnaissions : c'est la « réminiscence. » Il semble que nous retrouvions un bien trop longtemps perdu et presque oublié, mais dont l'absence nous causait une incessante inquiétude. Et ce n'est pas là une apparence trompeuse : la beauté est vraiment, notre bien, et uous l'avons jadis possédée. Mêlées au chœur des bienheureux, nos âmes à la suite de Jupiter avaient contemplé dans la vie antérieure le plus magnifique des spectacles, celui des Idées ou essences éternelles, parmi lesquelles brille la Beauté. « Tombés en ce monde, nous Tavons reconnue plus distinctement que toutes les autres, par l'intermédiaire du plus lumineux de nos sens. La vue, en effet, est le plus subtil des organes du corps, et cependant elle n'aperçoit pas la sagesse I » De quel ineffable amour la sagesse emplirait nos âmes si son image se présentait à nos yeux aussi distinctement que celle de la beauté 1 « Mais, seule, la beauté a reçu en partage d'être à la fois la chose la plus manifeste comme la plus aimable (1). » A la vue d'un visage qu'elle éclaire d'un de ses rayons, l'âme frémit, ses souvenirs s'éveillent, quelque chose de ses anciennes émotions lui revient ; puis elle contemple cet objet aimable et le révère à l'égal d'un dieu ; et si elle ne craignait de voir traiter son enthousiasme de folie, elle sacrifierait à l'objet bien-aimé comme à l'image d'un dieu, comine à un dieu même (2).
Mais ce serait confondre l'image avec la réalité, le reflet avec la lumière, l'objet qu'on aime pour ce qu'il tient d'un autre avec celui qu'on aime pour lui-même. La beauté qui réside dans un corps n'est-elle pas sœur de la beauté qui réside dans les autres ? ne faut-il pas ramener toutes ces beautés éparses à un seul et même type qui les contient dans son unité : la beauté sensible ? Une fois pénétrée de cette pensée, l'âme dépouille sa passion de ce qu'elle a d'exclusif, et admire la beauté des formes partout où elle brille à ses regards. Alors elle s'aperçoit que ce qui donne aux formes leur grâce, c'est qu'elles expriment au sein de la matière les qualités de l'âme. N'est-ce pas la vie, le mouvement, la riche variété et en même temps l'ordre et l'unité, que nous ?idmirons dans^les corps? Et d'où viennent la vie et l'unité, sinon de l'âme, principe du mouvement et de l'harmonie î Élevez-vous -donc de l'effet à la cause, et que votre amour s'attache, non à la beauté du corps, mais à celle de l'âme. Puis reconnaissez de non-