DEUXIÈME PÉRIODE DE LA SCOLASTIQOE
I. Ce furent les Arabes qui firent connaître en Occident les mo* numents principaux de la philosophie d'Aristote, dont on ne possédait encore que VOrganurrif envoyé de Gonstantinople à Charlemagne.
Les Arabes avaient traduit et commenté les écrivains grecs : leurs principaux philosophes péripatéticiens furent le médecin Avicenne (xi* siècle) et Averrhoès (xui* siècle). Les doctrines des Arabes furent transmises aux chrétiens par les Juifs venus d'Espagne, qui eux-mêmes avaient produit plusieurs philosophes distingués, principalement Maimonide (xni* siècle). On connut bientôt en Occident la Physique d'Aristote, sa Métaphysique^ ses Morales^ sa Politique^ avec les commentaires arabes. De là un flot dldées nouvelles et une puissante impulsion donnée aux esprits.
L'étude d'Aristote favorisait tout ensemble les recherches expérimentales sur la nature et les spéculations métaphysiques. On trouve ces deux tendances chez le dominicain Albert le Grand qui, à cause de sa science des choses naturelles, passe pour magicien ; mais bientôt prédomina, dans Tordre des Dominicains, le goût de la métaphysique et de la logique. Le plus illustre représentant de cet ordre fut saint Thomas d'Aquin, Tange de l'École, docior angelicus (1).
L'œuvre de saint Thomas est le plus puissant effort du moyen âge pour concilier dans un système encyclopédique deux éléments bien différents, la philosophie humaine et la philosophie divine, Aristote et le christianisme. Construire une science immobile et définitive, répondre d'avance à toutes les questions, fixer sur tous les points l'orthodoxie religieuse et l'orthodoxie philosophique, voilà le but de la Somme. Au fond, point d'idée vraiment ori-
1. 1225-1274. Né à Aquino, près de Naples, d'une famille noble, Thomas préfère à la vie seigneuriale les études religieuses et entre, malgré l'opposition de son père, dans Tordre de saint Dominique. Ses frères Tenlèveat au moment oii il veut quitter l'Italie pour se rendre à Paris; on le retient captif dans son château. Il s'échappe au bout de deux ans, et se rend à Cologne, oiî il devient disciple d'Albert le Grand.
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g:inale en métaphysique ; c'est une œuvre artificielle où n'éclate <)ue la puissance de coordination logique.
Le coté intellectuel et rationnel domine chez saint Thouas, plutôt que les notions de liberté et d'amour : c'est une philosophie de la raison, plutôt que de la volonté. Sur la question des idées, conciliant Aristote avec Platon, c'est-à-dire en réalité avec saint Augustin, il admet que les Idées universelles existent éternellement dans rintelligence divine et y expriment des possibilités éternelles des choses. Sur la question de la volonté, il essaie de concilier la liberté avec le déterminisme par sa théorie de la prémotio¥^fhysique ou prédétermination naturelle ; mais il semble qu*à la fin sa manière de concevoir le déterminisme exclut la liberté. Dieu veut et prtvoit toutes nos actions : il veut qu'elles soient telles et telles, mais en même temps il veut qu'elles soient libres. Par exemple Dieu veut que j'accomplisse librement telle action : mon action est doue voulue par Dieu telle qu'elle est, mais en même temps elle est youlue^libre, et elle Test réellement. Je suis ainsi mû d'avance naturellement, comme l'indiqua le terme de prémotion physique» je suis prédéterminé par Dieu» mais prédéterminé à agir librement de telle ou telle manière (1). *- Cette solution, en définitive, fait de nos volontés libres des volontés de Dieu, et il reste toujours à savoir comment nos actes peuvent être tout ensemble nécessaires et libres.
Saint Thomas n'ayant qu'une idée faible de la volonté, ne pouvait comprendre le véritable piiocipe de Tindividualité. Qu'est-ce qui constitue l'existence propre et distincte de chaque être 1 Ce grand problème était une conséquence inévitable de la question du réalisme et du nominalisme : pour découvrir la nature des idées universelles, on ne pouvait manquer de rechercher en même temps la nature des existences individuelles. Aussi le problème de l'individualité (ou individitaticm) finit par, acquérir une importance légitime, principalement & l'époque de saint Thomas et de Duns Scot. Selon saint Thomas, la forme^ des êtres, considérée indépendamment de toute matière^ est universelle : par .exemple, la pensée séparée de toute matière n'est plus telle ou telle •pensée, ni la pensée de tel ou tel être, mais la pensée universelle* 'Qu'est-ce donc qui constitue la distinction des individus ? — La matière, où la forme se manifeste, c'est-à-dire la limitation, les relations dans l'espace et dans le temps*