De rinfinité. Dialogue, I, page
PHILOSOPHIE ITALIENNE. •— GAMPANBLLA. 229
Toutes ces idées, encore vagues chez Bruno et produites par inspiration plutôt que par méthode, contiennent en germe les systèmes opposés de Spinoza et de Leibnitz, ainsi que les principales doctrines de la métaphysique allemande. Mais Bruno diffère de Spinoza en ce qu'il admet que Dieu est une cause finale, agissant en vue d*un but, tandis qu'il n'y a point de but pour Spinoza. Bruno diffère aussi de Leibnitz, en ce qu*il semble identifier la substance du monde avec Dieu même. C'est un. mélange de panthéisme et de spiritualisme qui tantôt parait absorber l'individu dans l'être universel, tantôt répand Tuniversel dans les individus.
II. Gampan^lla. ^^ Dominicain et novateur comme Bruno, Campanella ne rompit point comme lui avec le christianisme ; malgré les persécutions qu'il subit, il demeure fidèle à TÉglise et rêve même la théocratie universelle (1). Sa philosophie offre un mélange confus des tendances du moyen âge et des tendances modernes.
La métaphysique de Campanella est fondée sur cette idée que les attributs essentiels de Dieu doivent se retrouver dans toutes ses œuvres. Dieu est l'absolu pouvoir, l'absolu savoir et Tabsolu vouloir : les êtres créés sont à leur tour pouvoir, perception et amour, à des .degrés divers, selon qu'ils sont plus ou moins éloignés du premier principe. Le sentiment, Tintelligence et la volonté existent donc dans tous les êtres, sans en excepter la matière inorganique. La nature morte elle-même n'est pas morte : tous les
1. Voici comment Campanella fait lui-même le récit de ses souffrances dans sa préface de V Athéisme vaincu. « J'ai été renfermé dans cinauante prisons et soumis sept fois à la torture la plus dure. La dernière fois, la torture a duré c|uarante heures. Garrotté avec des cordes très-serrées et eui me déchiraient les os, suspendu, les mains derrière le dos, au-dessus d'une pointe de bois aigu qui m'a dévoré la seizième partie de ma chair et tiré dix livres de sang, guéri par miracle après six mois de maladie, j'ai été plongé dans une fosse. Quinze fois, j'ai été mis en jugement. La première fois, quand on m'a demandé : «r Gomment donc sait-il ce qu'il n*a jamais appris? Â-t-il donc un démon à ses ordres? » J'ai répondu : Pour apprendre ce que je sais, j'ai usé plus d'huile que vous n'avez bu de vin... Oq m'a accusé d'être hérétique, moi qui ai écrit un livre contre les hérétiques de notre temps. Enfin, on m'a accusé de rébellion et d'hérésie pour avoir dit qu'il y a des taches dans le soleil, la lune et les étoiles, contre Âristote qui &it le monde éternel et incorruptible... C'est pour cela qu'ils m'ont jeté, comme Jérémie, dans le lac inférieur où il n'y a ni air ni lumière. » — Né en 1568, Campanella avait étudié à Cosenza, ville natale du savant Telesio, qui avait commencé à réformer la philosophie de la nature. Il mourut à Paris en 1639.
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êtres vivent, pensent et aiment Dieu. — C'était revenir à la conception de Platon qui plaçait en toutes choses de Tâme, de la pensée et du désir.
Ban^ssiCité du Soleil Campanella renouvelle, en les exagérant, les utopies de la République platonicienne ; communauté des biens et des femmes, réglementation de toutes choses par Tautorite et théocratie universelle. En somme, Campanella, eut plus d'ardeur que do méthode et plus de pressentiments que d'idées scientifiques. Quoique contemporain de Bacon et de Descartes, il est encore tout rempli de Tesprit du moyen âge. '