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LA PHILOSOPHIE ALLEMANDE AU DIX-HUITIÈACB SIÈCLE

c l'inutilité ne peut rien ajouter ni rien ôter à cette valeur (1). » C'est que la bonne Tolonté, étant libre, ne doit rien qu'à ellemême, et étant raisonnable, se trouve d*accord avec toutes les autres volontés raisonnables et libres comme elle. Tel est le bien absolu : il n'est pas vraiment distinct de la personne, il est la personne même. Les c choses » ont une valeur relative, qui peut se calculer et se comparer ; la a personne » raisonnable et libre a une valeur inestimable et incomparable, qui peut trouver des êtres égaux à elle-même, à savoir les autres personnes, mais non quelque chose de supérieur.

Puisque la volonté libre et raisonnable a une valeur absolue, c'est elle qui est l'objet même de la loi morale. — Ta dois vouloir être libre et raisonnable — , telle est la loi. Il y a plus. La volonté libre et raisonnable est en même temps le sujet soumis à la loi, puisque c'est à elle que la loi s'adresse. La loi morale commande la liberté à la liberté même ; ou plutôt, c'est la liberté qui se commande de demeurer libre en face des obstacles extérieurs ; elle est donc sa fin à elle-même et se fait à elle-mdnae sa loi ; par cette loi elle est vraiment libre. L'autorité et la liberté, le législateur et la loi, le sujet et l'objet, tout est donc ramené à l'unité. C'est ce que Eant appelle Vautonomie. Au contraire, toute morale qui fait dépendre la liberté d'une fin autre que la liberté même est une doctrine d'esclavage et de soumission à une loi étrangère : c'est une hétéronomie.

Du caractère absolu delà volonté libre, Kant déduit la première formule de la loi morale : « Agis de telle sorte que tu traites toujours la volonté libre et raisonnable, c'est-à-dire l'humanité, en toi et en autrui, comme une fin et non comme un moyen. »

Les autres hommes sont doués comme nous de volontés libres et raisonnables ; ils doivent donc être pour nous des fins et jamais des moyens ; c'est pour cela que l'esclavage est si odieux sous toutes ses formes. L"idéal dont la moralité poursuit la réalisation est donc une république des volontés libres et raisonnables dans laquelle chacune serait pour les autres une fin. Les volontés, se prenant pour fin réciproquement, réaliseraient ce que Kant appelle « la république des fins, » c'est-à-dire une cité parfaitement libre et parfaitement unie, dans laquelle chacun

1. Métaphysique des mœurs. Voirie passage en entier dans nos Extraits des Philosophes.

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