‹ Histoire de la PhilosophieChapitre 33 sur 126 · Caractère de la Philosophie Stoïcienne. — La · texte numérisé non relu

Caractère de la Philosophie Stoïcienne. — La

philosophie stoïcienne est i° philantr o pique : son but est de porter remède aux maux dont souffre l'homme. 2° Morale: tout chez elle est subordonnée à une grande et unique préoccupation qui est le bonheur. 30 Militante: le stoïcien résiste, lutte, se redresse contre le mal. Pour lui, le bonheur consiste dans la tension et Y effort, Hercule est son modèle. 40 Scnsualiste : rien n'existe qui ne soit sensible ; l'immatériel, l'incorporel, sont de pures abstractions. 50 Panthéiste : tout est Dieu. Force corporelle et raisonnable, Dieu pénètre l'univers et fait avec lui un être unique. 6° Dynamiste : le monde est la matière animée par la force. J° Cosmopolite : au dire de Sénèque, les stoïciens sont les fondateurs des droits du genre humain. Ils semblent avoir hérité de Yesprit universel qui animait le grand Alexandre dans ses conquêtes.

99. Logique Stoïcienne. — Les stoïciens font entrer dans la Logique, certaines questions qui, actuellement, ressortissent à la Psychologie. Ainsi la canonique stoïcienne traite de la théorie de la connaissance. Pour les stoïciens, comme pour les épicuriens, la connaissance vient des sens. Mais il ne faut pas confondre. Tandis que les disciples d'Epicure n'attribuent à l'esprit humain qu'un rôle purement passif, les stoïciens se plaisent à proclamer et à reconnaître Yêncrgie active de la raison. Pour ces derniers, notre connaissance est, pour ainsi

dire, formée de deux éléments qui sont la matière et la forme. La sensation joue le rôle de la matière, la réaction de l'âme remplit la fonction de la forme. A l'origine l'âme est comme une table rase, un feuillet blanc, sur lequel rien n'est écrit. L'objet extérieur fait sur l'âme une empreinte, comme le cachet sur la cire. C'est l'image de l'objet, c'est une simple représentation. C'est un phénomène passif. Mais à cette phase première succède la phase active proprement appelée connaissance et qui est le résultat de la réaction de l'âme, de l'exercice de son activité sur la représentation sensible. L'empreinte de l'objet dans l'âme provoque une tension de la volonté que l'on appelle assentiment. Seules les perceptions faciles à comprendre, ou mieux, les perceptions compréhensives, doivent mériter notre assentiment, parce que seules, elles sont de nature à nous faire connaître et elles-mêmes et la cause qui les produit en nous. Mais comment pouvons-nous connaître ces perceptions compréhensives ? A la force du choc que l'objet extérieur produit en notre âme. A son tour, la force du choc aura pour mesure le degré d'énergie avec lequel la volonté répond à l'impulsion venue du dehors. Cette troisième phase de la connaissance est appelée la compréhension. Plusieurs perceptions compréhensives, réunies ensemble, forment Vidée générale qui nous permet d'anticiper l'avenir. Enfin la coordination systématique des idées générales nous donne la science qui est la quatrième et la dernière phase. Zénon exprimait d'une façon typique la ligne de démarcation exis-

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tant entre les différents degrés de la connaissance. Il compare la simple représentation à la main ouverte, X assentiment à la main demi-fermée, la compréhension à la main fermée, la science à la main fermée et serrée fortement par l'autre main.

Quant à la certitude, elle existe pour les stoïciens. Toujours, ils l'ont défendue contre les sceptiques. Leur argument décisif contre le doute est le besoin pratique de représentations vraies auxquelles doit se conformer notre conduite. Quel est le critère de certitude ? Il est tout subjectif. C'est la force de conviction inhérente à une représentation, ou bien ce privilège qui rend une connaissance apte à provoquer notre adhésion invincible.

100. Physique Stoïcienne. — Comme il le fait pour la logique, Zénon traite en physique des questions qui concernent la méthaphysique. Les deux traits caractéristiques de sa physique, c'est le panthéisme et le matérialisme.

L'univers est la matière animée par la force. L'une ne peut pas exister sans l'autre. Pas de matière sans force, pas de force sans matière. La matière est passive, la force est active et prend le nom de Providence, de Destin. Ces deux éléments sont identiques dans leur essence. Or la force — corporelle et raisonnable — c'est Dieu. Dieu est donc un corps. Il est un feu subtil, éthéré qui pénètre tout. C'est un feu intelligent qui engendre tout avec ordre et méthode. Cette force corporelle, bien que raisonnable, se confond avec la fatalité et le destin. Chez les stoïciens, fatalité et destin sont

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synonymes. Ce destin est l'opposé du hasard, c'est une suite nécessaire de causes, dit Plutarque. Cependant, les stoïciens affranchissent la volonté humaine du joug de la nécessité.

Le monde n'est que la série successive des transformations de Dieu, l'univers n'est que le dévelopment de Dieu même qui est l'âme du monde. A ïa fin, le monde sera tout entier absorbé dans le feu général qui forme l'essence de Dieu. Mais Dieu est essentiellement actif ; de son sein nécessairement fécond, il tirera un monde nouveau qui parcourra les mêmes évolutions, et les choses se renouvelleront ainsi perpétuellement. C'est une palingénésie périodique.

Dans ces conditions, l'âme humaine est nécessairement une parcelle ou une détermination particulière de l'âme universelle dont le feu constitue l'essence. Au dire des stoïciens, les âmes sont un souffle chaud, un air chaud, ou une évaporation. L'âme est donc un corps comme le feu général dont elle émane, mais un corps actif.

L'immortalité de l'âme est-elle un dogme poulies stoïciens ? L'âme de chaque individu, dans l'incendie général qui, un jour, doit consumer le monde, s'évanouira pour être absorbée dans l'âme universelle qui seule ne peut pas périr. Continuera-t-elle à vivre ? Sur cette question les stoïciens sont loin d'être d'accord. Les uns se déclarent pour l'immortalité, les autres la nient.

101. Morale Stoïcienne. — Le stoïcisme est avant tout une philosophie morale. C'est à ce titre qu'il a

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mérité les hommages à peu près unanimes de la postérité. Pour les stoïciens, la question fondamentale, en morale, est celle du souverain bien ou du bonheur suprême de l'homme. Quelle est ia fin de l'homme sur cette terre ? Par quels moyens peut-il y arriver ? C'est ce qu'il s'agit de chercher.

Le but de la vie ou le souverain bien consiste à suivre la nature, à vivre conformément à la nature. Or la nature, c'est Dieu qui est la raison du monde. Suivre la nature, c'est imiter Dieu, c'est se conformer à la raison. Telle est la définition de la vertu. Celle-ci est donc le but ultime et dernier de la vie. Dans la vertu seule réside le souverain bien. Elle seule est Y honnête; et mérite le nom de bien ellemême ou tout ce qui en participe. Puisque la vertu est le souverain bien, elle se confond avec le bonheur. Cette théorie de la vertu a donné lieu à des conséquences, appelées par les philosophes, les parodoxes stoïciens. Enumérons les principaux : 1° La vertu doit être pratiquée pour elle-même ; étant le bien souverain, la fin ultime, elle ne peut être subordonnée à un autre bien. 2° 77 ne faut pas se préoccuper des actes; selon les stoïciens, il n'y a pas de fin supérieure à la vertu et différente d'ellemême. Donc, inutile de se préoccuper pour voir si tel acte est ordonné ou non à la fin ultime. Consêquemment, la valeur morale d'un acte est indépendante de sa nature ou de ses résultats. C'est l'intention, c'est la volonté de l'agent qui fait tout, " Notre bien et notre mal, dit Epictète, ne sont que dans notre volonté. " 3° Tout, hors la vertu,

est indifférent. Elle est l'unique bien. La vie, îa maladie, la santé, la mort, la richesse, ne sont ni des biens ni des maux. Rien n'est bon que la vertu, seul le vice est mauvais. 40 La vertu est une et indivisible. Le souverain bien n'admet pas de degrés. La vertu est comme la ligne droite, et une ligne est droite ou ne l'est pas. Donc pas de milieu entre le vice et la vertu. C'est dire que le sage a toute la vertu. Qui n'est pas vertueux est vicieux, qui n'est pas sage est insensé. Aussi bien, faut-il dire que le vice ne souffre pas de degrés. Toutes les fautes sont égales. 50 Le sage possède le bonheur parfait, puisqu'il est vertueux, et que la vertu, c'est le bonheur.

Si le sage est nécessairement heureux, il doit être exempt de toute passion, de toute perturbation, et les choses du dehors n'ont pas d'empire sur lui. Car, au dire de Zénon, la passion " est un mouvement irraisonnable et anti-naturel de l'âme, ou encore, un appétit immodéré ". Et le sage est étranger à ces mouvements désordonnés de l'âme.

Comment peut-il en être autrement? Le sage vît conformément à la nature, à la raison. Or la nature lui donne l'exemple de l'unité, de l'ordre. II doit donc réaliser l'harmonie dans ses pensées, dans ses paroles et dans ses actions. Pour cela — et c'est ici que l'on rencontre un trait caractéristique du stoïcisme — il lui faut dompter ses passions, ne pas se laisser vaincre, ni par les séductions, ni par les menaces du dehors, bref, il doit être maître de soi.

Après avoir réalisé l'ordre et l'unité en lui-même,

le sage s'appliquera à vivre en harmonie avec ses semblables. Le sequi natnram l'exige. Les hommes sont tous frères et égaux: homo res hominï sacra. L'esclavage est donc une injustice.

Enfin, le sequi natnram demande encore que le sage vive en harmonie avec la nature tout entière Et c'est pourquoi il doit se soumettre aux lois immuables et nécessaires qui la régissent. Il faut qu'il en accepte le joug.

102. Conclusion. — La morale stoïcienne a eu et a encore de l'influence sur certaines âmes avides de s'affranchir du joug des passions grossières. Mais qu'on n'aille pas la comparer à la morale évangélique. Celle-ci ne propose pas à l'homme un idéal impossible à atteindre ; et cet idéal, pour y arriver, elle lui donne les moyens suffisants. De plus, la morale stoïcienne a le grave inconvénient de renfermer la destinée de l'homme dans les étroites limites de la vie présente. Elle fait de l'homme un égoïste qui ne dépend que de lui, qui se concentre fièrement en lui-même, et qui, souvent, dans la réalité de la vie, est le jouet des plus viles passions.

Faut-il ajouter que le bonheur ne réside pas uniquement et complètement dans la vertu ? Il implique le bon état et la joie de l'être. Ce bon état, cette joie peuvent être le résultat, l'effet de la vertu, mais ils ne la constituent pas. De plus, sous prétexte de chasser tout ce qui est de nature à troubler la paix de l'âme, le stoïcisme blâme tout sentiment de pitié pour le malheur d'autrui. A l'en croire, la pitié est une sorte de tristesse et la tristesse est mauvaise.

103. Epicurisme et Stoïcisme. — I. Leurs ressemblances. i° Ce sont deux systèmes de morale, surtout. 2° Tous deux se sont préoccupés presque uniquement de rendre l'homme heureux, mais par des moyens différents.

IL Leurs différences. i° Epicure place le bonheur dans le repos, la détente du corps et de l'âme, Zénon le trouve dans la tension et Y effort. 2° Pour l'épicurisme, la nature signifie l'inclination au plaisir, pour le stoïcisme, c'est la raison. 30 Tandis qu'Epicure attribue à l'inclinaison des atomes la cause de l'ordre du monde, Zénon explique la nécessité inéluctable des événements en faisant appel à la raison divine. 40 Pour l'épicurisme, les dieux occupent des espaces vides appelés intermondes ; pour le stoïcisme, Dieu est intérieur, consubstantiel aux choses mêmes.

En résumé, le stoïcisme et l'épicurisme, par des voies différentes, aboutissent au même état d'âme : Y apathie. " L'apathie épicurienne et l'apathie stoïque expriment toutes les deux un fait, la décadance politique de la Grèce, mais elles l'expriment différemment. L'une s'abandonne elle-même et cède mollement aux circonstances pour n'en être pas fatiguée. L'autre y résiste avec énergie et fait un effort désespéré pour sauver la dignité de l'homme dans le naufrage de celle du citoyen et de l'Etat 1 ."

t. Denis, Histoire des théories et des idées morales dans l ''antiquité, t. I, p. 3^8.

ÉCOLE NÊO-PIvATONICIFNNE

104. Les précurseurs de l'Ecole néo-platonicienne.— L'école néo-platonicienne ou d'Alexandrie n'apparut que vers la fin du second siècle de notre ère. Mais bien longtemps avant, on en trouve quelques vestiges dans les travaux des philosophes ; elle eut ses précurseurs dans le nêo-pythagorisme et la philosophie grée o- judaïque.

Le nêo-pythagorisme, somme toute, n'est qu'un syncrétisme vague et indécis, fondé sur le platonisme, l'aristotélisme et le stoïcisme. C'est un système éclectique qui n'a de pythagoricien qu'une prédilection marquée pour les mathématiques, le symbolisme des nombres et le mysticisme.

Quant à la philosophie gréco- judaïque, elle n'est que l'assimilation des idées philosophiques de la Grèce et de l'enseignement religieux du peuple juif. De tous les peuples conquis par Alexandre, les Juifs seuls se sont assimilé la philosophie grecque. La fusion complète de la théologie judaïque et de la philosophie grecque a été l'œuvre de Philon le Juif.

105. Caractères généraux de l'Ecole néo-platonicienne. — i° Eclectique : c'est l'épithète dont est affublée l'école néo-platonicienne, dans l'histoire de la philosophie. Bien qu'elle se réclame surtout de Platon, on peut dire qu'elle est plutôt un syncrétisme assez original des différents systèmes de la philosophie grecque. 2° Ses tendances sont assez mystiques. Ses partisans sans cesse prêchent la nécessité de vaincre ses sens pour pouvoir s'unir à

Dieu, à l'Infini, le plus intimement possible. 30 Le panthéisme idéaliste est encore un de ses dogmes. D'après ce système, Dieu serait la source de la vie d'où, par émanation, jaillissent toutes les substances, voire la matière.

106. Ammonios Saccas fut le fondateur de l'école d'Alexandrie ou néo-platonicienne. S'il faut en croire Porphyre, il apostasia le christianisme. Un de ses beaux titres de gloire est d'avoir été le maître de Plotin, le plus célèbre représentant du néo-platonisme. Il mourut vers l'an 242 ap. J.-C.

107. Plotin (204-270 ap. J.-C). — Il était égyptien de naissance. Après avoir, pendant onze ans, suivi les cours de Saccas, il vint à Rome, où il enseigna jusqu'à sa mort. Ses œuvres furent réunies par Porphyre, sous le titre : les Bnnêades. C'est là qu'on trouve toute sa doctrine.

Toute la philosophie de Plotin, laquelle, d'ailleurs, est celle du néo-platonisme, se ramène aux trois points suivants: i° Au sommet de toutes choses est Y un, qui n'est ni l'être ni ^a pensée, mais plane audessus de tout être et de toute pensée. YJun, par nécessité de nature, donne naissance à Y esprit, siège des idées éternelles; Y esprit, à son tour, engendre Y âme universelle qui vivifie et organise toutes choses. C'est ce qu'on a appelé les hypostases ou la Trinité Alexandrine. Il ne faut cependant pas confondre la Trinité alexandrine avec la Trinité chrétienne. Celle-ci nous présente trois personnes égales, coéternelles, consubstantielles ; celle-là nous offre trois essences distinctes, trois dieux inégaux. 2° he mode

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de production de Y un, de Y esprit et de Y âme universelle est une émanation. De sorte que le monde existant est la résultante de trois phases succèssives de l'évolution divine. 30 Après être sorti de Dieu, le monde tend sans cesse à y rentrer en suivant les mêmes étapes. C'est ce qu'on a appelé la loi de résorption ou l'extase.

108. Porphyre (233-305), le successeur immédiat et le disciple le plus remarquable de Plotin, naquit à Tyr et mourut à Rome. Son rôle s'est surtout borné à développer la portée ascétique et religieuse du néo-platonisme. Ses ouvrages sont la Vie de Plotin et la Vie de Pythagore, Y Introduction aux catégories d'Aristote. U Arbre de Porphyre est resté célèbre.

109. Jamblique (275-333). — Avec Jamblique, le néo-platonisme rentre dans une nouvelle phase religieuse. Il cesse, pourrait-on dire, d'être une philosophie raisonnée, pour devenir une théosophie superstitieuse. Jamblique s'appelait pompeusement hiérophante.

110. Proclus naquit à Êyzance en 412, et mourut à Athènes en 485. Il est le fondateur du néo-platonisme athénien. Il résume toutes les phases successives de l'évolution néo-platonicienne. Au point de vue doctrinal, il tient le milieu entre Plotin et Jamblique. Après Plotin, il est le plus célèbre philosophe de l'école d'Alexandrie.

Vers l'année 529, par un édit spécial, Justinien ferma les écoles païennes de philosophie. Les derniers représentants du néo-platonisme allèrent chercher un refuge en Perse.

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