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Histoire de la littérature anglaise, t. I, pp

ont prouvé depuis longtemps que, durant ces quelques siècles, la trame de la pensée n'a jamais été interrompue. Et des auteurs de haute envergure ont bel et bien démontré que la scolastique, à elle seule, forme une synthèse, constitue un mouvement d'idées, pour le moins aussi intéressant et aussi digne d'attention que les plus belles théories de

I antiquité.

Il est donc admis que, depuis l'édit de Justinien (VIe s.) jusqu'à la Renaissance (XVe s.), il y eut une philosophie digne de ce nom, et appelée scolastiquc. Comme toute philosophie, la scolastique peut se définir: une science qui cherche les causes ou les principes derniers des choses. Mais ce n'est là qu'une définition commune, générique. Il faut y ajouter une différence spécifique qui donnera à la scolastique son caractère distinctif. Et encore, dire que la scolastique est la " fille " des écoles du moyen âge, ce n'est pas la spécifier, la distinguer des autres. Car. à part elle-même, il y eut à cette époque d'autres systèmes philosophiques.

Quelques auteurs la caractérisent par les problèmes qu'elle a soulevés : encore là, la définition n'est pas spécifique, parce que bien des philosophes ont discuté les mêmes questions que les scolastiques.

II serait préférable, au lieu des problèmes, de prendre leurs solutions. Ce qui distingue une science, c'est plutôt la manière dont elle traite et résout les questions, que les questions elles-mêmes. Et donc, pour avoir une définition spécifique, intégrale de la scolastique, il est nécessaire de connaître

comment elle a résolu les grands problèmes qui intéressent l'humanité. C'est répéter ce que nous disions au commencement de ce paragraphe: il n'est pas facile de donner une définition de la scolastique. Pour cela, il nous faut pénétrer son contenu, passer en revue ses théories fondamentales, les qualifier, les distinguer des théories opposées ou étrangères. Cette revue ne peut entrer dans le cadre d'une définition. Elle est précisément l'objet de cette seconde partie de la philosophie médiévale.

De tout ce qui précède, cependant, nous pouvons déduire une définition descriptive de la scolastique, définition que nous concrétons dans la proposition suivante : la philosophie scolastique est un système de philosophie professée dans la plupart des écoles du moyen âge, et qui, par ses solutions fermes, raisonnées, approfondies des grands problèmes que soulève l'explication de l'ordre universel, a dominé durant toute cette époque, et mérite une place à part dans l'histoire de la pensée humaine.

135. Caractères de la Philosophie scolastique. — La scolastique est i° une philosophie autonome, c'est-à-dire une philosophie proprement dite, distincte de la théologie. La majorité des historiens ne voient dans la scolastique qu'une simple apologétique du dogme. Cette méprise, nous semble-t-il, vient de ce que les grands docteurs du moyen âge étaient à la fois et philosophes et théologiens. Maïs il ne faut pas oublier que. comme philosophes, ils faisaient appel aux lumières de la raison, et que, comme théologiens, ils utilisaient le témoignage di-

vin et se servaient surtout de l'argument d'autorité. Certes, ils reconnaissaient à la philosophie un rôle de science auxiliatrice, ils la subordonnaient à la théologie; mais cette subordination n'a rien d'avilissant : la philosophie et la théologie gardent chacune les principes qui les guident dans leurs investigations, bien que ces principes ne puissent venir en contradiction réelle. 2° Originale : on a dit et on dit encore que la scolastique est une contrefaçon de la philosophie grecque, et principalement du péripatétisme. C'est là un préjugé accrédité par la Renaissance. Que la philosophie scolastique se réclame du péfipatétisme, cela est incontestable. Et tous admettent qu'aucun ancien ne jouit, au moyen âge, d'un prestige égal à celui d'Aristote. Est-ce une raison, pour cela, d'enseigner — comme l'ont fait certains historiens — que la scolastique est un vulgaire plagiat de l'aristotélisme ? Doit-on écrire que les philosophes du moyen âge ont suivi le Stagirite " comme une chèvre suit une chèvre dans les sentiers de la montagne " ? Combien nombreux sont encore aujourd'hui ceux qui croient à de pareilles affirmations ! Sans doute, les scolastiques ont commenté Aristote, mais, tout en le commentant, ils l'ont contrôlé, car il n'est pas infaillible. Est-il nécessaire d'ajouter que la théorie de la matière et de la forme, a été corrigée et complétée par la philosophie du moyen âge. Il y a loin entre l'idéologie, la théodicée, la doctrine des causes efficientes, de l'immortalité personnelle et de la béatitude, dans les écrits d'Aristote, et la manière de

voir des scolastiques sur les mêmes questions. Quant aux théories empruntées de toutes pièces, la scolastique les soumet à une réaction, les fait passer dans un moule, leur imprime un caractère qui en fait des doctrines précises. Elle les prend, ces matériaux d'emprunt, elle les pose dans des cadres nouveaux, elle leur donne une forme indépendante et originale. Ce n'est pas le chauvinisme ou un culte exagéré pour tel ou tel philosophe de l'antiquité qui guide les scolastiques dans leurs emprunts au passé, mais la recherche de la vérité pour elle-même. Et, comme s'exprime l'un d'eux, " ils montent sur les épaules des géants de l'antiquité pour découvrir une plus vaste portion de l'horizon intellectuel 1 ". 30 Modérée, c'est-à-dire, dans ses solutions, elle évite les extrêmes. Comme nous aurons l'occasion de le constater, la voie qu'elle suit est toujours la voie mitoyenne, elle se tient dans un juste milieu. C'est une des preuves de sa valeur et de sa vérité, selon l'adage, in medio virtus, et irritas, aussi. 40 Respectueuse du dogme : la vérité révélée ne se démontre pas intrinsèquement, elle dépasse les forces de la raison. Nous devons l'admettre parce que Dieu a parlé; et son témoignage est infaillible. La philosophie scolastique admet le dogme, respecte le fait révélé, elle l'accepte comme au-dessus et non contre la raison. Cependant, elle enseigne que la raison

1. " Nos esse quasi nannos gigantium humeris insidentes, ut possinius piura Us remofiora videre. " — La traduction a été empruntée à M de Wulf , dans son Introduciio?i à la

Philosophie néo-scolastique, p. 108.

doit se rendre compte si Dieu a réellement parlé, c'est-à-dire, elle fait la démonstration extrinsèque de la vérité révélée. Ce respect pour la vérité divine lui a été d'un grand secours et l'a empêchée de tomber dans une foule d'erreurs grossières qui ont marqué l'histoire d'autres systèmes. ^° Rationnelle, non pas qu'elle se fonde sur la seule raison, en excluant toute autorité, mais parce qu'elle est conforme à la raison. Elle en a toujours revendiqué les droits, et sans cesse elle démontre que les vérités rationnelles, c'est-à-dire du domaine de la raison pure, ne sont pas contraires aux vérités de la foi, mais plutôt, se concilient avec elles. 6° Objective : la réalité, voilà son point d'appui. Le vague, le conjectural, cet idéal, pur concept tiré de l'esprit, rien que de l'esprit, qui fait l'objet de la philosophie actuelle, elle n'en veut pas. L'universel, elle l'abstrait des choses extérieures où il existe en puissance et d'une manière fondamentale, y0 Synthétique, c'est-à-dire que les problèmes abordés par la scolastique, les solutions qu'elle donne, s'enchaînent admirablement ensemble, forment un tout compact et harmonieux, une synthèse à nulle autre comparable qui, aujourd'hui encore, attire les regards des savants et les sympathies de tous les philosophes dignes de ce nom. C'est à cette construction solide, c'est à cette charpente inébranlable, que la scolastique, à travers les âges, doit son triomphe. Les tempêtes de toutes sortes n'ont jamais pu l'abattre. Et aujourd'hui elle jouit d'un regain de vie que se plaisent à reconnaître même ceux qui lui sont encore les plus hostiles.

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