‹ Histoire de la PhilosophieChapitre 79 sur 126 · Doctrines philosophiques de Reid. — A la · texte numérisé non relu

Doctrines philosophiques de Reid. — A la

théorie des idées représentatives de Locke, Reid oppose le système de Yimmédiatisme, de Yintuitionnisme. Ce que nous percevons directement, avait enseigné Locke, ce ne sont pas les choses extérieures, mais les idées qui les représentent. Le philosophe écossais, au contraire, soutient que nous percevons ls choses extérieures directement, sans intermédiaire ; nous en avons l'intuition. L'idée représentative de Locke, indépendante et du sujet qui connaît et de l'objet connu, n'est qu'une pure abstraction. La perception extérieure, pour Reid, est une suggestion immédiate qui se ramène à trois éléments : la sensation, l'idée ou conception d'un objet extérieur, et la croyance irrésistible à l'existence de cet objet. Lorsque nous avons la sensation d'une chose, elle nous suggère immédiatement la conception ou Vidée d'un objet extérieur et la conviction invincible de son existence. " C'est une loi de notre nature, dit-il, que la conception de l'objet perçu et la croyance à sa réalité suivent constamment et immédiatement la sensation. "

A part Yimmédiatisme et Y intuitionnisme connus sous le nom de perception extérieure, il y a encore, chez Reid, la théorie du sens commun. S'il faut l'en croire, le sens commun est comme la racine, le fondement de toute philosophie. Pour lui, le sens

commun, c'est l'ensemble de ces jugements primitifs, de ces principes premiers, immuables, universels, implantés dans l'esprit de tout homme. Nous voyons par là qu'il n'accepte pas la théorie de la table rase. Et sur cet ensemble de jugements primitifs, de vérités a priori qui constituent le sens commun, lequel, à son tour, prend la place de la raison, est fondée la croyance invincible à la réalité du monde extérieur, de l'âme et de Dieu.

294. Appréciation. — La philosophie de Reid a un caractère superficiel. Elle se borne à recueillir une foule de faits intéressants, sans nous en ofïrir la synthèse. Pour s'être trop défié de la métaphysique et avoir tout ramené au bon sens, Reid enlève à son œuvre le cachet vraiment scientifique. Comme bien d'autres, il a été trop loin. Voulant combattre l'hypothèse des idées représentatives, il fait une guerre exagérée à toute supposition et déclare que toute philosophie doit être assise sur des principes qui sont évidents par eux-mêmes. La philosophie de Reid exerça une grande influence en France, au commencement du XIXe siècle. " A son école, dit M. Boutroux, se sont formés de solides ou brillants écrivains. . . toute une phalange de maîtres qui, par leurs écrits théoriques, polémiques, historiques, ont vaillamment soutenu après Cousin et Joufïroy, la cause du spiritualisme platonicien et cartésien 1. "

295. Dugald Stewart (1753-1828). — En rigueur de date, Stewart devrait être classé dans le XIXe

siècle. Mais on le place immédiatement après Reid, parce qu'il fut son plus fidèle et son plus célèbre disciple. C'est dire que Stewart continua Reid avec cette seule différence qu'il attache plus d'importance que son maître à l'association des idées. Il a fait la distinction entre les associations essentielles et les associations accidentelles. Les premières comprennent les associations de principe et de conséquence, de genre et d'espèce, de cause et d'effet, de substance et de mode, de moyen et de fin. Les deuxièmes contiennent les associations de contiguïté, de ressemblance, de contraste et de signification.

296. William Hamilton (1788- 1856) fut aussi un fervent adpte de l'Ecole Ecossaise, et pour cette raison, logiquement, il appartient au XVIIIe siècle. Il a été surnommé le Kantien de cette école, parce qu'il y a introduit le criticisme. En psychologie, il proclame que le relativisme est la loi essentielle de l'intelligence. Quand l'intelligence pense, elle établit une relation entre elle-même et ce qu'elle pense. Penser une chose, c'est la conditionner, c'est la limiter à celui qui la pense. Et donc, l'intelligence est soumise à la loi de la relativité. De cette loi il déduit que l'absolu, l'infini, sont inconnaissables. L'absolu, en effet, l'infini, sont illimités, inconditionnels. Et nous savons que connaître, c'est conditionner, c'est limiter. Par conséquent, il est contradictoire que l'absolu soit connu, c'est-à-dire que l'inconditionnel soit conditionné. Cependant il faut croire à l'absolu. En logique on attribue à Hamilton la théorie de la quantification du prédicat dans une proposition. Jus-

qu'à lui, seul, le sujet d'une proposition était soumis à la quantification. Quand on pense que Dieu est bon, on classe Dieu sous l'extension du prédicat bon, on délimite la partie du prédicat occupée par Dieu. Or, la logique a pour but d' " énoncer explicitement dans le langage, tout ce qui est contenu implicitement dans la pensée ". L'exposé et la critique des théories d'Hamilton ont été faits par Stuart Mill.

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