XIX. — L'unité sociale
Si le fondateur de la cité a, à sa disposition, par chance heureuse ou grâce à la providence des dieux, les caractères qu'il faut, il peut alors instituer une cité juste. Il suffit pour cela de réglementer l'activité des citoyens de telle manière que« chacun donne ses soins à une seule fonction, celle à laquelle il est naturellement apte, afin que chacun ayant son occupation propre ne soit pas multiple mais un, et qu'il puisse naître ainsi une cité une et non multiple» {République, 423 d). (Test ainsi, pjH" exemple, qu'une réglementation de la richesse sera nécessaire pour fixer l'artisan à son métier ; « un potier devenu riche voudra-t-il encore s'adonner à son métier ? Évidemment non ; il devient alors uH mauvais potier» (^21 d). Il ne faut pas davantage qu'il soit pauvre, au point de ne pas pouvoir se procurer les outils indispensables. De là résultent les lois si étranges concernant les gardiens de la cité ; tout y est subordonné à la nécessité de maintenir entre eux l'union parfaite. Le plus grand malheur pour la cité, c'est la division ; or, une des plus grandes causes de division, c'est le régime de la séparation de la cité en familles, d'oii il s'ensiiit que chacun a ses peines et ses plaisirs à part. La communauté des femmes, des enfants et des biens, c'est
(1) ^Tythe du Politique, 269 a sq.
la seiile manière de lier entre eux les gardiens ; tenus par la réglementation des pouponnières publiques dans l'ignorance des liens naturels de filiation, tous, selon leur âge, auront à l'égard de tous, les sentiments d'un fils ou d'un père (462 a sq. ; 464 d).
Comme d'autre part, la cité tient compte non pas des diflférences entre les personnes, mais seulement des différences entre leurs aptitudes, comme on définit le citoyen uniquement dans son rapport aux occupations, il suit qu'il ne faudra pas donner à la femme dans la cité une place difi'érente de celle de l'homme ; au point de vue social, il n'y a entre eux nidle dififérence ; il y aura des femmes artisans ; d'autres ont les passions généreuses du défenseur de la cité ; d'autres la sagesse des gardiens (454 b-457 b).
Enfin, si l'on ne considère que les fonctions, et non les sujets qui les accomplissent, la sociologie platonicienne se trouvera être, par une transformation très simple, une psychologie et une morale. Autant il y aura de fonctions dans la cité, autant il y aura de facultés dans l'âme individuelle ; à la fonction de l'artisan correspondent les désirs élémentaires de nourritui» ; à celle du soldat, la passion de la colère; à celle du gardien, Pintelligence réfléchie. Comme chacune de ces fonctions a sa vertu ou son excellence, la tempérance pour l'artisan, le courage pour le soldat, et la prudence pour le gardien, chaque faculté aura la sienne ; et, -comme la justice dans la cité consiste pour chacun à faire ce qui lui est propre, la classe supérieure ordonnant et la classe inférieure obéissant, la justice dans l'individu consiste aussi à maintenir chaque partie de l'ânae dans son rôle naturel. Ainsi, l'étude de la société nous permet de lire plus facilement dans l'âme de l'individu (453 a ; 443 e sc^