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XXI. — Le mythe du politique

Le danger constant de décadence qui menace les cités, est un moyen indirect de prouver la nécessité du gouvernement des philosophes qui les arrête sur la pente. La vue sociale très pessimiste, qui se dégage de cette sorte de loi de dégradation des cités, n'est pas contre-balancée chez Platon par la croyance que la technique pohtique pourrait réaliser un progrès en sens inverse. Elle n'est équilibrée que par une croyance non raisonnée, mais tout à fait vivante, à la forme cycUque du devenir ; le devenir, en revenant sur lui-même, ramène à l'état primitif. Mais à cette croyance, Platon n'a nullement donné la forme philosophique et scientifique qu'il donne à la description du fait directement constaté de la décadence des gouvernements. Il lui donne la forme d'un mythe, celui qu'il expose dans le Politique, mythe destiné sans doute à mieux faire saisir la place précise et Hmitée de l'art pohtique dans une évolution dont Fensemble échappe pleinement aux prises de Fart rationnel. Platon imagine en effet que, dans l'âge heureux de Cronos, le soleil et les astres allant en sens inverse de leur sens actuel, tout le devenir des êtres était également de sens inverse, c'est-à-dire qu'il allait de la mort à la naissance au Heu d'aller de la naissance à la mort ; c'est dire que la terre produisait spontanément et sans le travail humain tous les fruits utiles à l'homme, et, en général, que chaque être arrivait sans effort à son point de perfection ; nul travail technique, donc nulle union pohtique ne sont alors nécessaires. Mais lorsque le soleil change le sens de son cours, lorsque, simultanément, les êtres arrivent lentement et difficilement, au miheu d'obstacles de toute sorte à leur achèvement, c'est alors que les techniques de tout genre et notamment la technique sociale sont nécessaires ; la plupart des arts sont des dons que les dieux font aux hommes pour les soutenir dans ces difficultés (268 e-275 b).

De là, la physionomie, assez particulière et nouvelle, que prend l'art social dans le Politique ; tout art humain manipule des choses changeantes, diverses, et dès lors, procède moins par règles générales que par des toxirs de main qtii s'adaptent aux circonstances. Il en est de même de l'art poUtique ;« les dissemblances entre les hommes et entre leurs actions, la complète absence d'immobihté dans les choses humaines se refusent à toute règle simple portant sur tous les cas et valables pour tous les temps » (294 b), aussi bien en matière d'art poHtique que dans les autres arts. Il s'ensidt que l'homme d'État, le technicien pohtique est une loi vivante, et qu'il est souverain absolu de la cité, comme le pâtre de son troupeau. Platon arrive ainsi à donner au pohtique un caractère providentiel et surhumain, germes lointains de la théorie du pouvoir dans l'empire romain et dans la papauté. Ici donc encore, on le voit, aucun espoir, fondé en raison, de progrès naturel, et le mythe substitué réguhèrement à la science partout oii il est question du retour à un état supérieur au nôtre (293-300).

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