‹ Histoire de la philosophie européenne (volume 2)Chapitre 14 sur 83 · LA SPECULATION PYTHAGORICIENNE · texte numérisé non relu

LA SPECULATION PYTHAGORICIENNE

<et Ârchytas, qui fleurit à TareDte dans la seconde oioîtië de ce siècle? Le mystère dont l'ordre s'entoure dès le principe rend cette question tout a fait insoluble. Aristote lui-même semble être dans le doute à cet égard et ne parle guère que de la doctrine des pytlmgoriciens. Quoi qu'il en soit, l'impulsion première dans le sens de la spéculation arithmétique, connue sous le nom de philosophie pythagoricienne, est due au grand mathématicien de Samos, et, si la preuve positive et directe nous fait défaut, rien du moins ne nous empêche de revendiquer pour lui la primeur des doctrines exposées dans ce paragraphe.

Pythagore, d'origine ionienne comme Thaïes, naquit à Samos dans la première moitié du sixième siècle, et fut d'abord l'élève du théologien Phérécyde et peut-être d' Anaximandre le physicien. Suivant une tradition, qui manque, il est vrai, de garanties anciennes, il visita la Phénicie, l'Egypte, Babylone, où il s'initia à la spéculation théologique de l'Orient et à la géométrie, qui, dans cette patrie des mathématiques, avait atteint dès lors un haut degré de perfection. De retour en pays grec vers 520, plein d'idées de réforme religieuse, sociale, philosophique, il les réalisa à Crotone, dans la Grande-Grèce, par la fondation d'une sorte de confrérie, dont les membres professent des doctrines communes en morale, en politique et en religion*.

^ En comparant les doctrines, les tendances et l'organisation de cette confrérie, telle que nous la dépeignent les historiens néoplatoniciens (notamment Jamblique), et le monachisme bouddhiste, on est tenté presque (avec Alexandre Polyhistor et Clément d'Alexandrie) de faire de Pythagore Télève des brahmanes, voire même de l'identifier avec Bouddha. En effet, non seulement les noms (ïïuôcov, nuOoqf^pa; = inspiré, devin, et Bouddha = éclairé) se ressemblent au point qu'une philologie tant soit peu fantaisiste pourrait se permettre de traduire m>6aY<$petoç par a prédicateur du Bouddhisme », mais les doctrines pythagoriciennes et bouddhistes sont sensiblement les mômes. Dualisme, pessimisme, métempsycose, célibat, vie en commun suivant une règle sévère, examen de soi-même fréquemment répété, méditations, dévotions, défense des sacrifices sanglants et de la nourriture animale, bienveillance envers tous les hommes, véracité, fidélité, justice, tout cela se trouve de part et d'autre. Le silence relatif des auteurs plus anciens et surtout d'Aristote

Rien de certain sur la fin du philosophe. Son œuvre prospéra. Dépositaires de toute la science de l'époque, géométrie, astronomie, musique, médecine*, les pythagoriciens acquirent, au milieu d'une population dorienne plus arriérée que les Ioniens, une influence prépondérante. A Crotone, à Tarente, dans les républiques siciliennes, ils dominèrent jusque vers le milieu du cinquième siècle, où la démocratie victorieuse les expulsa en partie. Plusieurs d'entre eux se transportèrent soit à Thèbes, soit à Athènes, où leur influence, contrebalançant celle des sophistes, amena la réaction spiritualiste de Socrate et de Platon contre le matérialisme et le scepticisme, importés à la même époque de Sicile, de Thrace et d'Ionie.

La métaphysique ionienne procède de la physique, la métaphysique pythagoricienne est entée sur les mathématiques : elle revêt donc dès ses premiers pas un caractère tout différent. Ce qui intéresse les philosophes de Milet, c'est la matière et son perpétuel mouvement ;^ ce qui frappe Pythagoreet les pythagoriciens, c'est l'immatériel dans la matière, c'est l'ordre qui règne dans le monde, c'est l'unité, la proportion, l'harmonie dans ses contrastes, ce sont les rapports mathématiques qui se trouvent

sur la personne et la vie de Pythagore tendrait à confirmer Thypothège d«» l'identité du pythagorisme et du bouddhisme. Toutefois Texistence de Pythagore le mathématicien, antérieure de cinq siècles à l'ère chrétienne, est mise hors de doute par le témoignage d'Heraclite, d'Hérodote, etc., et d'autre part, l'expansion du bouddhisme vers l'Occident sous forme de manichéisme (c'est-à-dire monachisme) n'est pas antérieure au 3« siècle de notre ère. Tout s'explique peut-être, si nous distinguons entre le pythagorisme des historiens néoplatoniciens et le pythagorisme primitif et authentique : manquant de données précises et quelque peu abondantes sur la vie et l'œuvre du sage de Samos, peu scrupuleux d'ailleurs sur le choix de leurs sources et séduits ])ar certaines analogies, les biographes de Pythagore ont pu emprunter au dualisme perse et au pessimisme indien les traits essentiels de leur portrait de fantaisie.

1 Ces sciences, objet de l'enseignement pytliagoncien , s'appelaient les jia8»î{iaTa : de là le mot mathématiques, dont le sens primitif embrasse la totalité du savoir humain.

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