‹ Histoire de la philosophie européenne (volume 2)Chapitre 25 sur 83 · RÉACTION SCEPTIQUE — LE PYRRHONISME · texte numérisé non relu

RÉACTION SCEPTIQUE — LE PYRRHONISME

§ 20. Réaction sceptique. — Le Pyrrhonisme.

Aristote a élé à la fois zélé théoricien et dogmatique convaincu. Zenon et Épicure, quoique indifférents à la. science abstraite, en ont reconnu l'importance au point de vue de la vie: selon les stoïciens, qui sur ce point se distinguent des cyniques, elle nous apprend à reconnaître la Providence dans la nature et dans l'histoire, à nous incliner devant son autorité et à suivre ses inspirations; selon les épicuriens, elle nous délivre de la superstition et des préjugés spiritualistes qui empoisonnent l'existence; selon les uns et les autres, il existe un critérium de la vérité. En regard du dogmatisme péripatéticien, l'opposition sceptique, inaugurée par Démocrite et Protagoras, reparaît dans Pyrrhon d'Élis*, contemporain d'Aristote et lié d'amitié avec Alexandre-le-Grand. Lui aussi, comme les socratiques, comme Épicure et Zenon, ses contemporains plus jeunes, aspire à l'ataraxie; mais il doute que la métaphysique puisse nous la donner. Il n'y a pas, en effet, deux écoles de philosophie qui soient d'accord sur les questions essentielles. Loin donc de nous procurer le calme, source du vrai bonheur, la spéculation nous jette dans le trouble, dans l'incertitude, dans d'inextricables contradictions. Elle est inutile, parce qu'elle enfle et engendre des disputes sans fin; impossible, parce qu'en toutes choses on peut démontrer le pour et le contre {avriloyla, dvri&emç tojv 16y(ov). L'essence des choses est incompréhensible (dKatdXrjTtvoç). Le sage selon le cœur de Pyrrhon évite de se prononcer dogmatiquement, soit dans un sens soit dans l'autre, réserve le plus possible son jugement {inéxei.v, èitoxit) et se garde de la passion qu'engendrent les discussions. Il s'abstient de la négation absolue tout aussi bien que de l'affirmation catégorique et il se distingue

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à la fois des dogmatiques qui afiirment la connaissance et des sophistes qui en démontrent Timpossibilité.

Le médecin Timon *, admirateur et ami de Pyrrhon d'ÉIis, publia, entre autres écrits sceptiques, un poème satirique (ot ailXoi) où il met en relier les contradictions des métaphysiciens depuis Thaïes jusqu'à l'académicien Ârcésilas, et dont Eusèbe, dans sa Prœparatio evangelicaj nous a conservé des fragments. Sa doctrine se résume en trois points : l"" les philosophes dogmatiques ne sont pas en état de prouver leur point de départ, qui, par suite, demeure forcément à l'état d'hypothèse; 2"* il n'est pas possible d'avoir une connaissance objective des choses : nous savons ce qu'elles nous paraissent, nous ne saurons jamais ce qu'elles sont indépendamment de nos sens et de notre intelligence; 3** pour arriver au bonheur, il faut donc renoncer h des spéculations stériles et suivre, sans réserve, la loi de la nature.

Sous une forme piquante, le pyrrhonisme rappelait aux philosophes que le problème de la certitude est fondamental, et, à la faveur de la rivalité qui existait entre l'Académie et la jeune et dogmatique école stoïcienne, il ne tarda pas à s'installer dans la chaire de Platon. L'apparition du problème critique a inauguré l'âge de raison de la Grèce; sa réapparition, au lendemain de la mort d'Aristote, ouvre la période de décrépitude de la philosophie hellénique.

§ 21. Le Scepticisme académique.

En devenant sceptique, l'Académie ne fit qu'exagérer son principe et retourner en quelque sorte à son berceau. On se rappelle, en effet, que le scepticisme a été le point de départ de Socrate et de Platon. A cette évolution se rattachent les noms d'Arcésilas et de Carnéade, fondateurs de la moyenne et de la

1 Mullach, Timonis Phliasii fragmenta, p. 83 ss — Wachsmuth, De Timone Phliasio cœto'isque sillographis grœcis, Leipz., 1859.

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