‹ Histoire de la philosophie médiévale (volume 2)Chapitre 111 sur 149 · CHAPITRE DEUXIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DEUXIEME

LA PmLOSOPHIE SCOLASTIQUE ART. 1. — NOTIONS GÉNÉRALES

321. Décadence de la philosophie scolastique. — La décadence de la scolastique suit de près son apogée. Les causes qui doivent la conduire à la ruine exercent sur elle une corrosion lente, mais ininterrompue, dont les étapes rappellent la marche même de sa croissance.

Ces causes sont d'ordre général, — les unes internes : l'épuisement même de la scolastique, — les autres externes : le relâchement des études et les envahissements progressifs des philosophies antiscolastiques.

P L'épuisement de la scolastique. a) Le manque d'originalité est le premier symptôme de cet épuisement. A partir du xiv® s., le nombre de ceux qui s'occupent de philosophie croit dans de colossales proportions ^). Les universités se multiplient et facilitent l'accès des études philosophiques (2°) ; des ordres entiers s'engagent dans la mêlée des controverses. Mais cette légion

1) En 1406, la Faculté des Arts de Paris compte à elle seule plus de mille magistri et de dix mille membres (supposita). Chart., t. III, p. 604.

de philosophes ne pensent plus par eux-mêmes. Ils obéissent à un mot d'ordre et s'incorporent dans quelque grande école qui inscrit au frontispice de sa demeure le nom d'un penseur illustre. Comme tous les écrivains des périodes de décadence» ils réduisent leur travail au commentaire de la pensée d'autrui (cf. p. 166).

A mesure que les écoles se ^multiplient , les individualités se font plus rares. Le xiii^ s. est un siècle de personnalités; le xiv^ et le xv"" s. sont des siècles de pensée impersonnelle. En dehors du « terminisme ^, on peut dire que la scolastique postérieure au xiii^ s. n'a pas trouvé de nouveaux modes de spéculation. Et encore, le terminisme est symptomatique de ruine ; car on voit apparaître dans son oeuvre un second phénomène de décomposition, qui ne tarde pas à envahir toute la scolastique, à savoir :

b) \1 altération de la synthèse doctrinale. Les théories nouvelles, telles que les propose G. d'Occam, s'allient mal, en plus d'un point, avec la synthèse scolastique, sans cependant être en contradiction avec ses principes organiques. Elles accusent, en effet, une faiblesse de structure, un manque d'harmonie dans l'ensemble. Les querelles passionnées du terminisme, du scotisme et du thomisme ont contribué, elles aussi, à troubler l'économie de la scolastique. Et l'on peut dire la même chose de ces sottes discussions dialectiques auxquelles on se livre, dans certains milieux, à l'exclusion de toute autre étude philosophique (cf. e). A mesure qu'on avance dans le temps, on voit s'altérer la pureté doctrinale qui fait, la force de la philosophie du xiii^ s.

c) Plus funestes encore que les innovations maladroites furent les ignorances coupables. G. d'Occam, ses premiers partisans et ses premiers adversaires connaissent les systèmes philosophiques du xiii^ s. Mais les générations suivantes ignorent de plus en plus les pensées essentielles de la scolastique, qu'ils combattent ou dont ils se glorifient. Parmi les nombreux promoteurs de nouveautés dangereuses aux xiv*" et xv^ s., on

Page 1